Allemagne : un haut responsable de l’AfD condamné pour avoir utilisé un slogan nazi
Un tribunal allemand a condamné mardi (14 avril) une figure importante du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), pour avoir utilisé un slogan nazi. Un évènement qui fait tache, alors que le parti tente de se débarrasser de son image extrémiste.
Le tribunal régional de Halle, en Allemagne, a imposé mardi (14 avril) une amende de 13 000 euros à une figure importante du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD, Identité et Démocratie/ID), pour avoir utilisé un slogan nazi. Un évènement qui fait tache, alors que le parti tente de se débarrasser de son image extrémiste.
Björn Höcke, l’un des deux présidents de l’AfD en Thuringe, un Land de l’est de l’Allemagne (Saxe-Anhalt), a utilisé la phrase « Alles für Deutschland » (Tout pour l’Allemagne), un slogan des sections d’assaut (Sturmabteilung) du Parti national-socialiste d’Adolf Hitler, lors de trois apparitions publiques différentes.
Or, en Allemagne, l’usage de ce slogan, ainsi que d’autres symboles associés au nazisme, est interdit par le code pénal. M. Höcke, ancien professeur d’histoire, a déclaré ignorer cette interdiction.
« Vous êtes un homme éloquent et intelligent qui sait ce qu’il dit », a affirmé le juge Jan Stengel lors du jugement, ajoutant que l’accusé avait « mis à rude épreuve » le principe de la liberté d’expression.
M. Höcke comparaissait pour un évènement en particulier, qui s’est déroulé en 2021, lors d’un meeting du parti dans la ville de Mersebourg. Lors de ce meeting, il avait déclaré : « Tout pour notre patrie, tout pour la Saxe-Anhalt, tout pour l’Allemagne ! »
Le fait que l’homme politique ait utilisé ce slogan à d’autres reprises a été utilisé comme preuve de son usage délibéré de la phrase, ce qui a été l’une des grandes questions du procès.
L’amende de 13 000 euros qui lui a finalement été imposée est non définitive et la décision peut encore faire l’objet d’un appel.
Normalisation du discours de l’extrême droite
Selon Hendrik Cremer, spécialiste de l’AfD à l’Institut allemand des droits de l’Homme, en choisissant ces mots, M. Höcke « signale à ses plus fervents partisans que son programme est effectivement basé sur le national-socialisme ».
Toutefois, l’expert a également mis en garde contre les déclarations de l’homme politique allemand, qui « visent à modifier le discours de la société dans son ensemble en brisant délibérément les tabous et en faisant des positions d’extrême droite la norme ».
Le procureur a requis une peine avec sursis pour Björn Höcke, ce qui lui imposerait une période durant laquelle il devrait éviter toute infraction, sous peine de se voir emprisonné.
« Björn Höcke a redonné vie à un slogan souvent oublié et l’a rendu socialement acceptable », a déclaré le procureur général.
Tentative de dédiabolisation compromise
L’AfD a récemment été mêlée à plusieurs scandales, ce qui souligne la difficulté pour le parti d’extrême droite de se présenter comme une alternative politique de droite en Allemagne.
Récemment, les têtes de liste de l’AfD pour les Européennes de juin ont été impliquées dans une affaire présumée de financement russe.
Autre coup dur pour le parti, ce lundi (13 mai), le tribunal administratif supérieur de Rhénanie-du-Nord–Westphalie a autorisé l’agence allemande de renseignement intérieur à maintenir le groupe politique « sous surveillance ».
Parallèlement à cela, les efforts du parti pour se distancer de manière crédible des positions d’extrême droite ont entraîné une baisse de sa popularité.
Selon une récente enquête INSA pour le Bild am Sonntag, l’AfD a atteint son niveau le plus bas dans les sondages depuis un an. Depuis le début de l’année, le parti a perdu 6 % des intentions de vote, tombant à 17 %.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]