Appel d’offres nucléaire en République tchèque : rien n’est acquis pour le sud-coréen KHNP

Le constructeur nucléaire sud-coréen KHNP a entamé des négociations exclusives avec les autorités de République tchèque pour la construction de deux réacteurs nucléaires dans le pays, mais les contestations déposées par EDF et l'Américain Westinghouse pourraient rebattre les cartes.

/ Euractiv.com
Nuclear power station Dukovany, Vysocina region, Czech republic
Nuclear power station Dukovany, Vysocina region, Czech republic [Getty images]

Le constructeur nucléaire sud-coréen KHNP a entamé des négociations exclusives avec les autorités de République tchèque pour la construction de deux réacteurs nucléaires dans le pays, mais les contestations déposées par EDF et l’Américain Westinghouse pourraient rebattre les cartes.

Les rencontres entre les officiels sud-coréens et tchèques devraient se multiplier ces prochains mois. Une délégation venue de Prague vient d’atterrir dans la péninsule coréenne mardi 3 septembre pour une visite de trois jours. Une autre, menée par le ministre des Affaires étrangères Jan Lipavský s’y rendra du 8 au 10 septembre, a confirmé son service de presse à Euractiv.

L’agence de presse sud-coréenne Yonhap rapporte également qu’un envoyé spécial tchèque se rendra dans le pays au début du mois prochain pour explorer les possibilités de coopération industrielle. Mi-juillet, KHNP a été sélectionné comme soumissionnaire privilégié par le gouvernement tchèque et l’énergéticien public ČEZ, pour construire deux nouveaux réacteurs à la centrale nucléaire de Dukovany, dans le sud du pays.

La finalisation des contrats est prévue pour mars 2025 et les réacteurs attendus pour 2036. En entamant ces négociations exclusives avec Séoul, les autorités tchèques ont donc écarté EDF et Westinghouse de la procédure d’appel d’offres.

Des protestations contre l’offre coréenne

Westinghouse et EDF ont cependant décidé de réagir et ont entamé des procédures auprès de l’agence tchèque anti-monopole.

Le constructeur américain avance que la technologie de réacteurs AP-1000 proposée par KHNP ne peut être exportée sans accord de Washington. Cette technologie utilise en effet des licences appartenant à Westinghouse et « seule Westinghouse a le droit légal d’obtenir l’approbation requise du gouvernement américain pour exporter sa technologie », affirme-t-elle, dans un communiqué publié fin août.

De son côté, EDF « cherche à s’assurer que le processus d’appel d’offres adhère aux principes du commerce équitable et de la transparence ».

L’entreprise française argue que la structure de l’offre et la garantie de ne pas dépasser le prix de 8,65 milliards d’euros par réacteur, bien qu’il soit relativement bas, sont de nature à engager les finances publiques sud-coréennes en cas de gonflement de l’enveloppe envisagée.

En outre, l’APR-1000 n’est pas encore certifié en Tchéquie et KHNP ne dispose d’aucun précédent de rentabilité sur une telle technologique, explique sur X Maxence Cordiez, ingénieur nucléaire et expert associé en énergie auprès de l’Institut Montaigne.

Pour ČEZ cependant, la formulation d’objections devant l’agence tchèque anti-monopole n’est pas autorisée, car l’appel d’offres est mené dans le cadre d’une « exception de sécurité » permettant de contourner la loi tchèque sur les marchés publics.

L’agence concernée a annoncé mardi qu’elle était en train d’étudier les recours.