Après presque deux ans, Bruxelles a enfin un gouvernement

Un accord de coalition a finalement été conclu à l'issue d'intenses négociations « à huis clos ». Le gouvernement s'efforcera de redresser les finances désastreuses de la région capitale.

EURACTIV.com
People walk through a park in the city center in Brussels,
Des gens se promènent dans un parc du centre-ville de Bruxelles, en Belgique. [Stephen J. Boitano/LightRocket via Getty Images]

Pendant 614 jours, Bruxelles a été une source d’irritation publique et politique, la région autonome de la capitale n’ayant pas réussi à former un gouvernement. Mais après près de 20 mois d’impasse, les chefs de parti ont finalement mis de côté leurs divergences et ont annoncé jeudi soir un accord de coalition, mettant ainsi fin à la plus longue formation gouvernementale de l’histoire belge.

Le nouveau gouvernement comprend sept partis – trois francophones et quatre néerlandophones – reflétant la structure institutionnelle particulièrement complexe de la capitale. Contrairement aux autres régions de Belgique, la Flandre et la Wallonie, Bruxelles exige une double majorité dans les deux groupes linguistiques pour gouverner. Le camp francophone sera représenté par le Mouvement réformateur (MR) libéral, le Parti socialiste (PS) et les centristes Les Engagés. Le camp néerlandophone sera représenté par les Verts (Groen), les socialistes (Vooruit), les libéraux (Open Vld) et les chrétiens-démocrates (CD&V).

Cet accord met fin à des mois de négociations dans l’impasse après l’échec de tentatives répétées pour sortir de l’impasse politique, tant entre les communautés linguistiques qu’au sein même de celles-ci. Le processus a repris son cours le dimanche 8 février lorsque Georges-Louis Bouchez, leader du MR, a proposé un « conclave » qui a effectivement enfermé les parties négociatrices dans un bâtiment à partir du mardi, avec l’engagement de rester jusqu’à ce qu’un accord soit conclu.

Cette tactique de pression a fonctionné. Deux jours d’intenses discussions ont permis d’aboutir là où les efforts précédents avaient échoué.

Au cœur des négociations se trouvait la détérioration des finances de la région capitale. En l’absence d’un gouvernement opérationnel pour approuver un nouveau budget, la dette a continué d’augmenter, dépassant désormais les 16 milliards d’euros. Si toutes les parties reconnaissaient que le déficit était insoutenable, de profondes divisions sur la manière de le résorber avaient longtemps empêché la conclusion d’un accord de coalition.

Cette impasse a alimenté une frustration généralisée. Les habitants de Bruxelles ont organisé des manifestations contre ce qu’ils considèrent comme de l’incompétence politique, accusant les partis de prendre la ville en otage dans leurs luttes partisanes. La colère a été exacerbée par le fait que les ministres du gouvernement précédent ont continué à percevoir leur salaire malgré l’impasse prolongée.

Les dirigeants nationaux n’ont pas été moins alarmés. Le Premier ministre Bart De Wever a décrit la situation comme une tache sur la réputation du pays qui aggrave les finances déjà fragiles de la Belgique. Le pays fait l’objet d’une procédure de déficit excessif de l’UE depuis juillet 2024, qui l’oblige à stabiliser ses finances publiques par des réformes structurelles.

Un problème très belge

La structure fédérale de la Belgique laisse le gouvernement national largement impuissant à intervenir directement dans les affaires régionales de Bruxelles. Il ne peut imposer de limites de dépenses à la capitale, qui a pu vivre au-dessus de ses moyens ces dernières années.

Le problème est aggravé par le système belge des « douzièmes provisoires », qui permet de maintenir les services publics en fonction en débloquant chaque mois un douzième du budget de l’année précédente, ajusté en fonction de l’inflation. Dans la pratique, cela permet aux déficits de s’accumuler tout en réduisant l’urgence de former un nouveau gouvernement. Certains observateurs ont même émis l’hypothèse que Bruxelles pourrait fonctionner sans gouvernement jusqu’aux prochaines élections en 2029.

Une formation aussi longue est très inhabituelle pour la région. Si les gouvernements fédéraux belges sont réputés pour leur lenteur à se former – le record de 2011 était de 541 jours –, les administrations bruxelloises se sont traditionnellement constituées beaucoup plus rapidement. Mais le résultat fragmenté des élections de juin 2024 a dispersé les voix entre les différents partis, imposant une coalition difficile à gérer. Pour obtenir la majorité au sein du collège néerlandophone, quatre partis ont dû fournir les neuf députés nécessaires ; le collège francophone nécessite au moins 37 sièges.

De Wever et d’autres ont depuis appelé à une réforme institutionnelle afin d’éviter une paralysie similaire à l’avenir.

Les détails complets de l’accord de coalition n’ont pas encore été publiés, et les postes ministériels devraient être discutés vendredi. Néanmoins, plusieurs éléments essentiels ont déjà été dévoilés.

Plus important encore, les partis se sont engagés à équilibrer le budget régional d’ici la fin du mandat en 2029, un objectif ambitieux compte tenu de l’ampleur du déficit. Les économies devraient provenir en partie de la fusion des administrations régionales, tandis que l’impôt sur le revenu des personnes physiques sera réduit de 1 %, ce qui suggère que la coalition espère associer la consolidation budgétaire à un allègement modeste pour les résidents.

Le plan de mobilité de la région, Good Move, devrait être renommé et recentré sur l’amélioration de la fluidité du trafic, selon Bruzz. Cette question était une priorité particulière pour les Verts flamands, qui, dans le gouvernement précédent, avaient défendu l’extension des infrastructures cyclables et la réduction du nombre de voitures dans le centre-ville. Les tarifs préférentiels sur le réseau de transports publics STIB-MIVB resteront inchangés.

S’exprimant lors d’un sommet des dirigeants européens dans la campagne belge, M. De Wever a déclaré qu’il restait « sceptique » quant à la crédibilité financière de l’accord.

« Ce qui m’intéresse le plus, c’est la restructuration », a-t-il déclaré. « Bruxelles a complètement déraillé financièrement. Y a-t-il une restructuration crédible – oui ou non ? »

La capacité de la nouvelle coalition à mener à bien cette restructuration – et à restaurer la confiance dans la gouvernance de la capitale de facto de l’Europe – définira la politique bruxelloise pour les années à venir.