Après une audition difficile, la nomination de Jessika Roswall au poste de commissaire à l’Environnement menacée
La commissaire suédoise désignée à l’Environnement, Jessika Roswall, n’a pas su convaincre les eurodéputés de son expertise environnementale lors de son audition mardi 5 novembre. La décision concernant l’approbation de sa candidature a été reportée à ce mercredi 6 novembre.
La commissaire suédoise désignée à l’Environnement, à la Résilience en matière d’eau et à l’Économie circulaire compétitive, Jessika Roswall, n’a pas su convaincre les eurodéputés de son expertise environnementale lors de son audition mardi 5 novembre. La décision concernant l’approbation de sa candidature — qui devait avoir lieu dans la foulée — a été reportée à mercredi 6 novembre, 14 h 30.
Alors que des eurodéputés du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) ont confié à Euractiv qu’ils saluaient l’accent qu’elle avait mis sur l’économie circulaire et sur la mise en œuvre de politiques telles que la loi controversée sur la restauration de la nature, ils reconnaissent également qu’elle « n’est pas une experte » et qu’il y a « une marge de manœuvre pour améliorer ses connaissances ».
Un eurodéputé du groupe libéral Renew Europe se demande si Jessika Roswall est « suffisamment compétente ou engagée ». Les Verts ont quant à eux salué l’engagement de la Suédoise en faveur de l’économie circulaire, mais se montrent eux aussi prudents.
« Dès qu’elle doit quitter un terrain familier [économie circulaire, bioéconomie], elle perd le fil. Les questions sont souvent simplement ignorées et des généralisations sont faites », a affirmé l’eurodéputée écologiste Jutta Paulus sur X.
Des sources des groupes politiques ont confié à Euractiv que bien qu’ils n’aient pas été impressionnés par la performance de Jessika Roswall, membre des Modérés de Suède (Parti populaire européen, PPE), ils pourraient approuver la Suédoise pour éviter d’éventuelles représailles contre les commissaires de leurs propres groupes.
Dans un enregistrement vidéo du PPE après la session, le coordinateur du groupe pour les questions d’environnement, Peter Liese, a expliqué qu’il était très important d’avoir un commissaire à l’Environnement issu du parti de centre-droit, car cela permettrait de collaborer avec les agriculteurs et l’industrie, « contrairement aux anciens commissaires à l’Environnement ».
Lettre de mission
Lors de son audition, Jessika Roswall s’en est tenue à la lettre de mission qu’elle a reçue de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et a semblé particulièrement à l’aise avec le thème de la compétitivité.
La Suédoise a également semblé plus à l’aise sur le sujet de l’économie circulaire, qui, selon elle serait sa façon de contribuer à la compétitivité européenne.
Par ailleurs, Jessika Roswall a ramené bon nombre de ses réponses à la mise en œuvre et à l’application correctes des lois européennes existantes. Son mantra était qu’il était « temps de passer du papier à la réalité ».
La gestion de l’eau s’est avérée être le sujet le plus sensible de la session, de nombreux eurodéputés citant les inondations de la semaine dernière à Valence, qui ont causé la mort de plus de 210 personnes au moment de la publication de cet article.
La commissaire désignée a qualifié ces inondations de « tragédie pour l’Espagne [et] pour l’Europe » et a déclaré qu’il s’agissait d’un exemple d’évènements « uniques en leur genre » devenant « la nouvelle normalité ».
La Suédoise a fait le lien entre l’évènement et la stratégie européenne de résilience en matière d’eau, qu’Ursula von der Leyen l’a chargée de mettre en place durant son mandat.
Jessika Roswall a aussi dû répondre à plusieurs questions sur la manière dont elle comptait s’attaquer aux produits chimiques nocifs. Bien qu’elle ait refusé de répondre à la question de Lynn Boylan (La Gauche) sur les récentes conclusions de la Médiatrice européenne concernant un cas de « mauvaise administration » de la Commission dans ce dossier, elle a promis de « travailler rapidement » sur la révision du règlement REACH, bloquée depuis longtemps.
Mais c’est tout ce qu’elle a pu promettre sur les produits chimiques. Elle a refusé à deux reprises de préciser un calendrier pour l’interdiction des PFAS, surnommés « polluants éternels », et ne s’est pas non plus engagée à les interdire.
Lynn Boylan a également interrogé Jessika Roswall sur l’interdiction des exportations de produits chimiques dangereux déjà interdits dans l’Union européenne (UE), promise pour 2020 et absente de ses réponses écrites aux questions posées par les eurodéputés avant l’audition.
La responsable politique suédoise a avancé que la Commission « évalue les options juridiques » pour cette interdiction d’exportation au niveau de l’UE.
La Suède, un élément central des discussions
La Suède, d’où est originaire Jessika Roswall, a occupé une place importante lors des auditions.
Elle a fait référence à plusieurs reprises aux connaissances qu’elle a acquises dans son pays natal, avec sa vaste couverture forestière et sa population de loups.
Cependant, certains eurodéputés ont craint que le bilan environnemental du gouvernement suédois, dont elle était membre, ne soit plutôt un handicap pour elle.
Au cours de l’audition, la candidate s’est engagée à faire « tout son possible » pour mettre en œuvre la loi de l’UE sur la restauration de la nature, mais l’eurodéputé suédois Jonas Sjöstedt (La Gauche) a déclaré que le « recul historique » du gouvernement suédois rendrait désormais très difficile pour Stockholm d’atteindre les objectifs prévus par cette loi.
Jessika Roswall a demandé à l’hémicycle de lui accorder leur « confiance pour être commissaire, pas l’ambassadrice de la Suède auprès de l’UE ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]