Israël, la Grèce et Chypre relancent les pourparlers trilatéraux alors que la Turquie affiche ses ambitions régionales

Au-delà de l'énergie, la réunion tripartite s'est concentrée sur les préoccupations communes concernant le rôle régional d'Ankara.

EURACTIV.com
UK Carrier Strike Group on Operation Highmast
Vue des avions de combat F-35 de la Royal Air Force participant à un ravitaillement en vol à partir d'un RAF Voyager au-dessus de la côte sud de l'Angleterre, alors qu'ils rentrent au Royaume-Uni depuis le HMS Prince of Wales vers la base RAF Marham après leur déploiement de huit mois avec le Carrier Strike Group (CSG25), connu sous le nom d'opération Highmast. [Yui Mok/PA Images via Getty Images]

Les dirigeants d’Israël, de Grèce et de Chypre se sont réunis lundi à Jérusalem pour la première fois depuis deux ans, alors que les trois capitales s’inquiètent à nouveau des ambitions régionales de la Turquie.

Cette reprise est suivie de près à Ankara, où les responsables craignent que le trio ne modifie l’équilibre régional des pouvoirs.

L’énergie était au cœur de l’ordre du jour de la réunion de lundi, les médias grecs rapportant que cette visite s’inscrit dans le cadre de la stratégie plus large du président américain Donald Trump en Méditerranée, axée sur des projets de longue date.

Cette réunion intervient quelques jours avant que Chypre n’assume la présidence tournante du Conseil de l’UE le 1er janvier, moment où la Turquie devrait geler ses relations avec le bloc. Ankara, qui occupe environ 37 % de l’île depuis 1974, ne reconnaît pas la République chypriote.

Le moment est également délicat à Gaza, où la deuxième phase d’un plan de paix – qui devrait inclure le désarmement du Hamas – approche. Le Hamas est désigné comme une organisation terroriste par l’UE et bénéficie du soutien politique de la Turquie, ce qui ajoute une tension supplémentaire aux relations régionales et européennes d’Ankara.

Pendant la guerre entre Israël et le Hamas, Athènes et Nicosie ont largement gardé un profil bas, résistant aux appels de certaines capitales européennes en faveur d’une ligne plus dure envers Tel-Aviv sans pour autant se ranger ouvertement du côté d’Israël. Les responsables israéliens auraient été frustrés par l’opinion de la Grèce selon laquelle la réponse d’Israël aux attaques du Hamas du 7 octobre était disproportionnée.

Ces trois pays ont renforcé leur coopération ces dernières années, principalement dans le domaine des projets énergétiques. La Turquie s’est opposée à tous ces projets, en particulier à un projet d’interconnexion électrique sous-marine reliant leurs réseaux électriques, arguant qu’aucune décision énergétique ne peut être prise en Méditerranée orientale sans le consentement d’Ankara.

Les différends de longue date entre la Grèce et la Turquie concernant la délimitation des zones maritimes en mer Égée restent également sans solution, dans une région qui recèlerait d’importantes réserves de gaz et de pétrole.

Opposition à la demande de la Turquie concernant les F-35

Au-delà de l’énergie, la défense figurait en bonne place à l’ordre du jour.

Athènes et Tel-Aviv se sont toutes deux opposées à la demande persistante de la Turquie d’acquérir des avions de combat américains F-35, qui lui conféreraient un avantage géostratégique significatif dans la région.

« Nous préférerions que la Turquie ne reçoive pas de F-35 des États-Unis », a déclaré en novembre l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter.

Israël utilise déjà des F-35, tandis que la Grèce a signé des contrats pour en acheter, mais ses avions ne sont pas encore opérationnels. De plus, Tel-Aviv a fermement rejeté la demande de la Turquie de déployer des troupes comme garantie à Gaza.

Les relations personnelles entre Trump et le président turc Recep Tayyip Erdoğan ont alimenté les spéculations sur un éventuel dégel, mais les discussions sur le retour de la Turquie dans le programme F-35 sont au point mort. La pression sur Ankara s’est accrue après que Washington a désigné certaines factions des Frères musulmans comme organisation terroriste, une décision que Erdoğan a critiquée publiquement.

Les préoccupations turques

Les responsables turcs avertissent qu’une coopération militaire plus étroite entre la Grèce, Israël et Chypre pourrait marginaliser la Turquie.

Le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a accusé la Grèce de prévoir de déployer des systèmes de défense aérienne de fabrication israélienne sur des îles démilitarisées, une affirmation qu’Athènes rejette. « Ces îles ne devraient pas être armées en vertu des traités, et nous prenons des mesures à ce sujet », a-t-il déclaré, avertissant Athènes et Tel-Aviv qu’elles « ne devraient pas nourrir d’attentes excessives ».

Au niveau de l’UE, la Turquie conserve son influence grâce à la migration, puisqu’elle accueille plus de quatre millions de réfugiés.

Ankara s’est également offusquée d’avoir été écartée de l’initiative européenne SAFE en matière d’approvisionnement en matière de défense, une décision soutenue par la Grèce et Chypre, mais contestée par des pays tels que l’Allemagne et plusieurs États membres de l’Est, qui estiment que la Turquie devrait être intégrée dans le cadre de sécurité européen au sens large.

La Turquie ne se préoccupe pas outre mesure de sa participation au programme SAFE, a déclaré M. Güler, avertissant qu’Ankara « ferait entendre sa voix à un moment critique », alors que plusieurs pays européens sont confrontés à des pénuries de munitions et d’armes.