Au Forum économique mondial, Ursula von der Leyen envoie des signaux à la Chine et à Donald Trump

Ce mardi à Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a critiqué les distorsions commerciales chinoises et a rappelé aux Américains leur interdépendance avec l'Europe.

EURACTIV.com
World Economic Forum annual meeting in Davos
epa11841559 President of the European Commission, Ursula von der Leyen, delivers a speech during the 55th annual meeting of the World Economic Forum (WEF) in Davos, Switzerland, 21 January 2025. The World Economic Forum annual meeting brings together entrepreneurs, scientists, and corporate and political leaders in Davos and takes place from January 20 to 24. EPA-EFE/LAURENT GILLIERON

Ce mardi à Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a critiqué les distorsions commerciales chinoises et a rappelé aux Américains leur interdépendance avec l’Europe.

Donald Trump, qui a pris ses fonctions à la Maison-Blanche lundi, a promis d’imposer des droits de douane à plusieurs des principaux partenaires commerciaux des États-Unis, dont l’Europe.

Dans les jours précédant son investiture, les importations de vins et de fromages européens ont explosé, les Américains s’efforçant de constituer des stocks avant que les droits de douane ne soient appliqués.

Lors du Forum économique mondial, qui se tient cette semaine à Davos, en Suisse, le contraste entre la façon dont Donald Trump et Ursula von der Leyen abordent le protectionnisme chinois était frappant.

Sans le nommer, la présidente de la Commission a fait écho à la rhétorique protectionniste du nouveau président américain, en déclarant que des millions d’emplois américains dépendaient du commerce européen.

Faisant référence au « choc chinois » — l’augmentation des exportations chinoises lorsque le pays a rejoint l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001—, Ursula von der Leyen a déclaré qu’« aujourd’hui, certains parlent d’un deuxième choc chinois — à cause de la capacité de surproduction soutenue par l’État ».

L’année dernière, en réponse aux subventions accordées par Pékin aux véhicules électriques chinois pour réduire artificiellement le coût de leurs exportations et nuire à la concurrence étrangère, la Commission a augmenté les droits de douane sur ces produits.

« Beaucoup pensent — y compris en Chine — qu’il serait dans l’intérêt à long terme de la Chine de gérer de manière plus responsable ses déséquilibres économiques », a-t-elle déclaré la présidente de l’institution européenne. « Il est temps d’établir une relation plus équilibrée avec la Chine, dans un esprit d’équité et de réciprocité. »

« Prête à négocier » avec Donald Trump

Au lieu d’évoquer le projet du président américain d’ériger des barrières commerciales avec l’Europe, Ursula Von der Leyen a rappelé ce que représentent pour les Américains les relations commerciales des États-Unis avec le vieux continent.

« Aucune autre économie au monde n’est aussi intégrée que la nôtre », a-t-elle déclaré. « Les entreprises européennes emploient aux États-Unis 3,5 millions d’Américains, et un autre million d’emplois américains dépendent directement du commerce avec l’Europe. »

Elle a également souligné l’interdépendance des chaînes d’approvisionnement européennes et américaines pour la production d’avions et de médicaments, tout en mettant en avant l’importance de l’Europe en tant que marché d’exportation pour les biens et les capitaux américains.

« L’Europe importe deux fois plus de services numériques des États-Unis que de toute la région Asie-Pacifique. Les deux tiers des actifs américains à l’étranger se trouvent en Europe. Et les États-Unis fournissent plus de 50 % de notre GNL [gaz naturel liquéfié] », a déclaré la présidente de la Commission européenne. « Les enjeux sont considérables pour les deux parties. Notre première priorité sera donc de nous engager rapidement, de discuter des intérêts communs et d’être prêts à négocier ».

« Instrumentalisation » des chaînes d’approvisionnement

Dans son discours, Ursula von der Leyen a opposé le regain de protectionnisme à l’enthousiasme pour la mondialisation qui prévalait au début du siècle.

« Ce siècle a commencé avec de grandes espérances. Il y a 25 ans, l’ère de l’hypermondialisation approchait de son apogée. Alors que les chaînes d’approvisionnement se mondialisaient, des centaines de millions de personnes sortaient de la pauvreté, en particulier en Inde et en Chine. »

En référence aux préoccupations actuelles sur l’impact des réseaux sociaux sur la démocratie, elle a également noté que « la technologie était considérée comme une force incontestable de prospérité et de paix ».

Si le monde d’aujourd’hui est hyperconnecté, plus qu’il ne l’a jamais été, « il a aussi commencé à se fracturer selon de nouvelles lignes », a-t-elle déploré. « Les institutions commerciales internationales ont souvent eu du mal à relever les défis posés par la montée en puissance d’économies non marchandes qui rivalisent selon un ensemble de règles différent » — un clair clin d’œil à la Chine.

« Nos chaînes d’approvisionnement sont parfois instrumentalisées, comme le montre le chantage à l’énergie exercé par la Russie », a-t-elle ajouté. « Et les interconnecteurs mêmes qui nous rassemblent, comme les câbles sous-marins, sont devenus des cibles. »

Un super-réseau européen modernisé

Le discours de Davos a également été l’occasion pour Ursula von der Leyen de présenter le « plan d’action pour une énergie abordable » de la Commission, prévu pour le 26 février.

Ce nouveau plan visant à réduire les prix de l’énergie « éliminera les derniers obstacles à notre Union de l’énergie », a annoncé la présidente de la Commission.

Il est nécessaire de « mieux connecter nos systèmes énergétiques propres et à faible teneur en carbone », a-t-elle ajouté. « Notre compétitivité dépend du retour à des prix de l’énergie bas et stables. »

Pour ce faire, Ursula von der Leyen a chargé son commissaire à l’Énergie, Dan Jørgensen, de mettre à jour les règles de gouvernance qui définissent la manière dont les États membres de l’UE gèrent collectivement le réseau électrique du bloc.

D’ici 2030, les États membres de l’UE devraient recevoir 15 % de leur demande horaire d’électricité de leurs voisins, selon une étude réalisée en 2013 à la demande de la Commission. L’institution estime qu’un réseau européen pleinement intégré permettrait d’économiser entre 12 et 40 milliards d’euros par an.

L’année dernière, les États membres de l’UE se sont engagés à adopter une vision que la ministre belge de l’Énergie, Tinne van der Straeten, a appelée le « super-réseau européen ».

Un nivellement par le bas

La présidente de la Commission a également évoqué la concurrence mondiale pour l’accès aux « matières premières, aux nouvelles technologies et aux routes commerciales mondiales ».

« Il est possible que nous continuions à voir un recours fréquent aux outils économiques, tels que les sanctions, les contrôles des exportations et les droits de douane, qui sont destinés à sauvegarder la sécurité économique et nationale. […] Mais il est important que nous trouvions un équilibre entre l’impératif de préserver notre sécurité et la possibilité d’innover et d’accroître notre prospérité », a-t-elle déclaré.

« Dans cet esprit, nous devrons travailler ensemble pour éviter un nivellement par le bas au niveau mondial ».

[AB/AM]