Au Parlement européen, un lobby iranien bien implanté

Au Parlement européen, les lobbyistes les plus présents ne sont ni les constructeurs automobiles allemands ni les géants de la chimie, mais un groupe d’opposition iranien : le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI).

EURACTIV.com
European Parliament’s plenary session in Strasbourg
Parlement européen de Strasbourg. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

Au Parlement européen, les lobbyistes les plus présents ne sont ni les constructeurs automobiles allemands ni les géants de la chimie, mais un groupe d’opposition iranien : le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). Ancien acteur de la révolution de 1979 contre le shah soutenu par Washington, ce mouvement a depuis perdu la lutte pour le pouvoir face aux mollahs.

Leurs représentants sont omniprésents dans les cafeterias du Parlement européen, à Bruxelles comme à Strasbourg. Ils y rencontrent régulièrement les députés européens, dont un certain nombre leur accordent un soutien politique.

Alors que les tensions entre Israël et l’Iran se transforment en conflit ouvert, le long travail d’influence du CNRI auprès des eurodéputés semble porter ses fruits. Cette semaine, à Strasbourg, le mouvement a rassemblé plusieurs figures politiques de premier plan lors de plusieurs évènements très suivis pour plaider en faveur d’un changement de cap pour l’Iran.

Maryam Radjavi, présidente du mouvement, a appelé à un changement de régime dans une salle bondée de députés européens du groupe Renew (libéraux), du Parti populaire européen (PPE, centre-droit) et du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE, extrême droite).

« La seule solution à ce conflit est le renversement du régime par le peuple iranien et la résistance iranienne », a déclaré Maryam Radjavi devant une assemblée où l’on pouvait apercevoir l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt et l’ancien Taoiseach irlandais Enda Kenny.

Elle a appelé à des élections libres et équitables et à la transformation de l’Iran en une République démocratique. Un discours qui a bien été accueilli par le public européen.

Mais le conflit en cours avec Israël pourrait aussi conduire à un renforcement de la vigilance sur les activités du CNRI au sein des institutions européennes. Le groupe est enregistré comme lobbyiste au Parlement avec un budget déclaré de moins de 10 000 euros par an, l’essentiel de son travail étant assuré, affirme-t-il, par des bénévoles.

À Téhéran, le régime iranien considère toujours le CNRI comme une organisation terroriste. Et même en Occident, les positions sont loin d’être unanimes. La branche armée du mouvement, l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI ou MEK), a été inscrite sur les listes terroristes du Royaume-Uni jusqu’en 2008, de l’UE jusqu’en 2009 et des États-Unis jusqu’en 2012.

Le CNRI assure que ces classements étaient motivés par la volonté des Occidentaux d’apaiser le régime de Téhéran et rejette toute accusation de terrorisme.

Depuis lors, le groupe a noué des liens étroits avec le Parti républicain américain et aurait établi des liens financiers avec le parti d’extrême droite espagnol Vox, par l’intermédiaire d’Alejo Vidal-Quadras, ancien député européen du PPE et cofondateur de Vox.

L’OMPI a combattu aux côtés de l’armée irakienne de Saddam Hussein contre l’Iran dans les années 1980 et est accusé d’avoir perpétré des attentats terroristes en Iran. L’OMPI affirme avoir renoncé à la violence et être entièrement financé par des Iraniens, y compris des personnes vivant en Iran qui risquent leur vie pour soutenir la résistance.

Dans l’hémicycle européen, certains élus appellent à la prudence. La Française Nathalie Loiseau (Renew) milite depuis des années pour exclure le CNRI du Parlement, estimant qu’il recourt à des « pratiques douteuses » pour rencontrer les députés européens.

« Parce qu’ils s’opposent au régime odieux au pouvoir à Téhéran, ils sont accueillis à bras ouverts à Strasbourg et à Bruxelles », a expliqué Nathalie Loiseau à Euractiv cette semaine. « Pourtant, l’ennemi de mon ennemi n’est pas toujours mon ami », a-t-elle prévenu.

La Suédoise Abir Al-Sahlani (Renew) a également fait pression pour qu’ils soient bannis des locaux de l’UE. « C’est une milice fondée sur des valeurs antidémocratiques », a-t-elle confié à Euractiv, qualifiant leur soutien en Iran de marginal, au mieux.

Si le CNRI mène actuellement une campagne intense à Bruxelles, le contexte géopolitique pourrait vite en modifier la portée. Face à un régime iranien fragilisé par les frappes israéliennes, la véritable capacité d’influence du mouvement à exercer une influence sur le terrain en Iran sera bientôt mise à l’épreuve.

Pendant ce temps-là, en Iran

Les ministres des Affaires étrangères allemand, français et britannique devraient tenir des pourparlers sur le nucléaire avec leur homologue iranien vendredi 20 juin à Genève, selon l’agence Reuters. La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Kaja Kallas, y participera également.

Une source diplomatique allemande a déclaré que les pourparlers étaient coordonnés avec les États-Unis et visaient à convaincre l’Iran de fournir des garanties qu’il n’utilisera son programme nucléaire qu’à des fins civiles.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]