Au Parlement, les centristes s’opposent aux projets d'infrastructure gaziers de l’UE

Alors que le Kremlin poursuit sa guerre en Ukraine, la délégation Renaissance du Parlement européen s'oppose à la liste des Projets d'Intérêt Commun  qui réserve 13 milliards d'euros pour des projets d'interconnexion gaziers en Europe.

Euractiv France
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Les eurodéputés ont soutenu une résolution plus tôt ce mois-ci demandant aux dirigeants de l’UE d’accepter de modifier les traités par le biais d’une Convention. [[Alexandros Michailidis / Shutterstock]]

Alors que le Kremlin poursuit sa guerre en Ukraine, la délégation Renaissance du Parlement européen, affiliée au parti du président français Emmanuel Macron, s’oppose à la liste des Projets d’Intérêt Commun (PIC) qui réserve 13 milliards d’euros pour des projets d’interconnexion gaziers en Europe.

Lors d’une conférence de presse jeudi 3 mars, Pascal Canfin, député Renaissance et président de la commission Environnement du Parlement européen, a été très clair sur la position de sa délégation : elle s’opposera, dans sa majorité, à la 5ème liste des Projets d’Intérêt Commun dans le domaine de l’énergie, proposée par la Commission européenne, qui intègre notamment plusieurs dizaines de projets gaziers.

« La délégation française Renaissance votera contre cette liste » a indiqué le député. « Une majorité du groupe Renaissance s’y opposera », et « si d’autres groupes politiques comme les socialistes, les verts et la gauche s’y opposent aussi au Parlement européen », cela pourrait mener « vers une objection » à la liste, a-t-il ajouté.

Les PIC sont des infrastructures énergétiques transfrontalières qui bénéficient d’une procédure d’autorisation accélérée et d’un accès aux financements européens.

La cinquième liste, présentée en novembre par la Commission européenne, comprend 98 projets au total dont 67 relatifs au transport et au stockage d’électricité et 20 dans le secteur du gaz.

Mais dans le contexte actuel d’invasion de l’Ukraine par la Russie, la question de l’indépendance énergétique de l’UE vis-à-vis du gaz russe est au coeur des réflexions, alors que 40 % de l’approvisionnement gazier de l’Union provient de Russie. 

Si « l’inquiétude n’est pas de mise à très court terme » rassure Pascal Canfin, à plus long terme, « l’enjeu majeur est de s’assurer que les investissements » de l’UE sont « parfaitement alignés avec les deux objectifs stratégiques que l’on poursuit », à savoir « la neutralité climat » et le « zéro dépendance avec la Russie ». 

Des discussions à venir 

Or, pour la délégation Renaissance, cette 5ème liste n’est absolument pas conforme aux objectifs de l’UE. D’un point de vue écologique, les gazoducs, les terminaux GNL et les installations de stockage actuellement compris sur la liste produiraient plus d’émissions que l’Autriche et le Danemark réunis, selon l’ONG Global Witness. 

Interpellé en novembre dernier par des députés européens à ce propos, Mechthild Wörsdörfer, la directrice générale adjointe au département de l’énergie de la Commission européenne, avait déclaré que « pour certains pays ou régions où il y a encore beaucoup de charbon, nous avons choisi d’inclure le gaz comme solution transitoire temporaire. Évidemment, à moyen et à long terme, nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut encore diminuer cette part. »

Un argument qui ne convainc pas Pascal Canfin. « La liste ne répond ni à notre objectif climatique, ni à notre objectif géopolitique d’autonomie stratégique sur le plan énergétique », c’est pourquoi « elle ne peut pas être votée en l’état » et « doit donc être rejetée ». 

A elle seule, la délégation Renaissance ne pourra pas empêcher le vote favorable à la liste. Mais les socialistes seraient en train de revoir leur position. Des discussions devraient avoir lieu cette semaine dans chaque groupe. « Je vais commencer à lancer l’offensive, en quelque sorte, pour obtenir une majorité contre cette liste » a annoncé Pascal Canfin.

Le groupe Renaissance invite dores et déjà la Commission à « intégrer la nouvelle donne géopolitique » et à mettre dans sa liste « de nouveaux projets qui seraient issus des nouvelles priorités » de l’UE.

Le vote du Parlement Européen sur les PIC aura lieu jeudi 10 mars, alors que les chefs d’Etats des 27 se réuniront pour un Sommet à Versailles pendant lequel ils aborderont le sujet de l’énergie au regard de l’actualité entre la Russie et l’Ukraine.

[Edité par Frédéric Simon]