Audition des commissaires : la confirmation de Raffaele Fitto en suspens
Lors de son audition par les eurodéputés, l'Italien Raffaele Fitto a été ce mardi 12 novembre interrogé sur ses positions politiques lorsqu'il était ministre de Giorgia Meloni, et sur sa stratégie concernant la politique de cohésion de l'Union européenne (UE).
Lors de son audition par les eurodéputés, l’Italien Raffaele Fitto a été mardi 12 novembre interrogé sur ses positions politiques lorsqu’il était ministre de Giorgia Meloni, et sur sa stratégie concernant la politique de cohésion de l’Union européenne (UE). La confirmation de sa nomination devrait encore attendre.
Raffaele Fitto, ministre sortant des Affaires européennes du gouvernement de la Première ministre Giorgia Meloni, est au centre d’une intense controverse depuis sa nomination au poste de vice-président exécutif de la nouvelle Commission.
Les forces de centre gauche du Parlement européen reprochent à Ursula von der Leyen d’avoir accordé un poste de cette importance à un représentant du groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), qui ne l’avait pas soutenu lors du vote de juillet.
Lors de son audition de mardi, Raffaele Fitto a donc saisi toutes les occasions qui se présentaient à lui pour réaffirmer son engagement en direction de l’Union européenne (UE) et des objectifs portés par la Commission, minimisant son rôle aux cotés de Giorgia Meloni.
« Je veux éviter d’entrer dans un débat sur des positions politiques personnelles, car je considère qu’il est évident que nous [les commissaires] n’allons pas représenter les intérêts des États membres et de leurs partis politiques », a-t-il déclaré. « Je suis venu ici pour représenter la Commission et je confirme mon engagement absolu à promouvoir les intérêts de l’UE. »
Reste que les eurodéputés n’ont pas manqué d’attaquer le candidat Fitto sur cette question, le coordinateur de la commission parlementaire pour le Développement régional (REGI) Vladimir Prebilič détaillant par exemple les antécédents du politicien italien en matière de politique intérieure.
Vladimir Prebilič et Valentina Palmisano (La Gauche) ont ainsi fustigé les « échecs » de Raffaele Fitto à prendre clairement position sur les débats qui concernent l’État de droit à Bruxelles, mais aussi à soutenir NextGenerationEU, le programme de 648 milliards d’euros dont l’Italie a été l’un des principaux bénéficiaires suite de la pandémie de Covid-19.
Raffaele Fitto était ainsi l’un des six eurodéputés italiens à s’être abstenus lors du vote du Parlement pour débloquer ce programme (également appelé facilité pour la reprise et la résilience/FRR) en 2020, et Fratelli d’Italia s’était abstenu lors de trois votes en 2020 et 2021.
Ce mardi, cependant, le commissaire désigné italien a déclaré : « Si je devais voter demain matin sur cette question, je voterais pour ».
Une déclaration qui fait suite à ses nombreux messages expliquant que son rôle au sein de la Commission était très différents de son rôle au Parlement : « Je suis ici pour une question différente », a-t-il déclaré, ajoutant « [qu’] il est difficile d’extrapoler une déclaration d’un débat qui a eu lieu il y a des années » et de la lier à son rôle futur au sein de la Commission.
Raffaele Fitto a aussi mis en avant sa loyauté envers l’article 2 du traité de Lisbonne, qui établit les principes fondateurs de l’UE que sont la démocratie et l’État de droit. « L’État de droit est une valeur fondatrice de l’UE et je n’ai aucune difficulté à la partager et à la réaffirmer », a-t-il ajouté.
Une priorité claire : cohésion, cohésion, cohésion
La candidat italien a parallèlement beaucoup insisté sur ses projets concernant la politique de cohésion de l’Union, qui représente environ un tiers de son budget et dont la réforme a été ces derniers mois au coeur de discussions épineuses.
Raffaele Fitto a confirmé qu’il chercherait à réformer la stratégie de cohésion de l’UE en liant l’allocation des fonds aux réformes structurelles nationales. « Il est nécessaire de s’inspirer d’autres instruments », a déclaré le candidat italien. « L’évaluation à mi-parcours de la FRR montre qu’il a été très efficace pour soutenir les priorités clés de l’UE ».
« Mais [l’évaluation] a également montré que l’implication des gouvernements régionaux pouvait être améliorée », a-t-il concédé, promettant de travailler avec le nouveau commissaire au Budget et à l’Administration publique — le Polonais Piotr Serafin — « pour améliorer [l’utilisation de la FRR] d’ici 2026 ».
Alors que les coordinateurs de groupe s’interrogent sur la future approche de l’Italien vis-à-vis des gouvernements régionaux — et alors que les régions européennes s’opposent à la centralisation de l’allocation des fonds de l’UE — Raffaele Fitto a expliqué que les acteurs locaux ne seraient pas court-circuités.
« Le rôle de la cohésion est de faire tomber les barrières entre [les parties prenantes de l’UE] et les acteurs locaux — il est donc essentiel que cela se produise », a-t-il déclaré.
Toujours en suspens
Malgré le bruyant soutien des partis de droite lors de l’audition de l’Italien, sa confirmation pourrait encore se heurter à une opposition significative lorsque les coordinateurs des groupes se réuniront pour décider de son sort. Initialement prévue après l’audition, la réunion a été reportée et devrait se tenir ce mercredi 13 novembre ou même la semaine prochaine.
Selon des sources parlementaires, la confirmation de Raffaele Fitto est liée à celle de la candidate espagnole Teresa Ribera (Socialistes et Démocrates européens), et potentiellement à celles du Français Stéphane Séjourné (Renew Europe) et du Hongrois Olivér Várhelyi (Patriotes pour l’Europe). Les eurodéputés doivent décider du sort d’Oliver Várhelyi ce mercredi.
[Édité par Laurent Geslin]