Autorisation des tomates bio sous serres chauffées : un alignement avec l’UE qui divise la filière
Suite à une récente décision du Conseil d’État, les légumes d’été bio cultivés sous serres chauffées pourront être vendus toute l’année. Une aberration écologique pour les uns, un nécessaire alignement sur les pays de l’UE pour d’autres.
Suite à une récente décision du Conseil d’État, les légumes d’été bio cultivés sous serres chauffées pourront être vendus toute l’année. Une aberration écologique pour les uns, un nécessaire alignement sur les pays de l’UE pour d’autres.
Il est désormais possible d’acheter des tomates bio françaises toute l’année. Mercredi 28 juin, le Conseil d’État a mis fin à l’interdiction de commercialiser les légumes d’été issus de serres chauffées (tomates, courgettes, poivrons, aubergines et concombres) entre le 21 décembre et le 30 avril.
L’interdiction de la seule commercialisation en hiver avait été actée en 2019 à l’issu d’un compromis, pour empêcher les producteurs bio de contrevenir à la saisonnalité des productions.
Mais pour certains producteurs et coopératives cela alimentait une concurrence déloyale de la part des autres pays européens.
« Les importations de tomates – hollandaises, belges, espagnoles – ont augmenté, et de nombreux jeunes n’ont pas pu s’installer en bio ces dernières années », regrette auprès d’EURACTIV Jean-Michel Delannoy, président de la Fédération française de la coopération fruitière, légumière et horticole (Felcoop).
Selon le président d’environ 200 coopératives, les producteurs bio ont dû réduire leur production, ou vendre en conventionnel, sans pour autant abandonner les serres chauffantes.
C’est cette « distorsion de concurrence » qui a poussé le Conseil d’Etat à lever l’interdiction fin juin. La plus haute juridiction administrative a également avancé que les autorités françaises n’étaient pas « compétentes » pour interdire la commercialisation de produits biologiques si cela ne contrevient pas au règlement européen.
« La France était jusqu’à présent le seul pays de l’Union à interdire la commercialisation de légume bio, alors que nous sommes dans une compétition européenne », souligne Jean-Michel Delannoy.
« C’est une question d’habitabilité de nos territoires face au changement climatique », rétorque Philippe Camburet, président de la fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) qui nie la surtransposition des règles européennes. Selon lui, il est possible d’avoir une « une position ferme et franche » face aux importations massives, preuve en est la récente fermeture des frontières par le gouvernement pour les cerises traitées avec un insecticide interdit en Europe.
« C’est une grande déception, la décision du Conseil d’État a une ampleur symbolique dans un contexte de changement climatique, tout cela pour se mettre dans le rang européen et répondre à des enjeux marketing », ajoute-t-il.
Extension de la saison estivale
Pour les représentants du bio, cette autorisation de commercialiser des produits bio hors saisons va à l’encontre des grands principes du règlement européen qui encadre le label. Celui-ci recommande en effet de « respecter les systèmes et cycles naturels » et « une utilisation responsable de l’énergie » dans toutes les étapes de production des aliments bio.
Selon l’ADEME, une tomate produite sous serre chauffée émet 8 fois plus de CO2 qu’une tomate cultivée en terre. « C’est quatre fois plus de CO2 qu’une tomate importée », ajoute Philippe Camburet.
« La décarbonation des serres est inévitable, mais nécessite du temps et des investissements pour trouver de nouvelles sources d’énergie« , reconnaît Jean-Michel Delannoy. Selon lui, ces serres ont un autre point positif : elle permettent de réduire les pesticides, le chauffage tuant les microbes et certains ravageurs.
Dans un communiqué de presse, la Confédération paysanne s’insurge du non-respect des cycles saisonniers, une « aberration » en agriculture biologique et conventionnelle. Les représentants du bio considèrent également que cela réduit également la diversité des cultures en prenant la place des légumes de saison.
« Les producteurs français ne sont pas assez fous pour produire des tomates au mois de décembre, il faut arrêter les caricatures », se défend Jean-Michel Delannoy qui rappelle que les serres sont chauffées pour produire des tomates seulement aux mois de mars et avril.
Philippe Camburet craint toutefois que cette nouvelle possibilité ne généralise la consommation de tomates de plus en plus tôt dans l’année, du fait de l’extension permanente de la saison estivale.
« Le danger est de voir s’installer une bataille entre un bio low-cost avec un impact carbone catastrophique et un bio qui respecte les saisons et répond à des valeurs de transition qui s’imposent. Mais je compte sur le bon sens des consommateurs », conclut le président de la Fnab.