Aznar plaide pour un retour aux principes fondateurs du pacte de stabilité

Selon l’ancien premier ministre espagnol, le changement des règles du pacte est en grande partie à l’origine de la crise actuelle.

EURACTIV.fr

Selon l’ancien premier ministre espagnol, le changement des règles du pacte est en grande partie à l’origine de la crise actuelle.

L’Europe n’a pas besoin d’un gouvernement économique. Cette idée, éloignée des discours actuels, est défendue par l’ancien premier ministre espagnol, José Maria Aznar. Invité par le Center of Political and Foreign Affairs, mercredi 2 juin à Paris, il a estimé que l’Union européenne, qui disposait déjà de cinq dirigeants, n’avait pas besoin d’une « bureaucratie supplémentaire ». 

Selon M. Aznar, pour fonctionner correctement à nouveau, la zone euro doit opérer une réforme structurelle et revenir aux fondamentaux du pacte de stabilité et de croissance. “La zone euro marchait bien avant que l’Allemagne et la France ne décident de changer les règles”, a-t-il déclaré en évoquant la réforme “désastreuse” de 2005. 

A l’époque, les États membres, sous la pression de Paris et Berlin, ont effectivement décidé de modifier les règles du pacte de stabilité et de croissance. Les clés de voute du pacte, c’est-à-dire des déficits et des dettes publiques en dessous de seuils fixés respectivement à 3% et à 60% de leur PIB, ont été maintenues. 

Mais, depuis cinq ans, les États membres peuvent échapper à une procédure de déficit excessif dès lors qu’ils se trouvent en situation de récession. Cette exemption n’était jusqu’alors accordée qu’aux États frappés par une crise de croissance sévère, entraînant une perte supérieure ou égale à 2 points de PIB. La décision d’engager une procédure de déficit excessif n’est prise qu’après examen d’un certain nombre de « facteurs pertinents », susceptibles d’entraîner la suspension de la procédure, et les délais ont également été allongés. A l’époque, l’Espagne s’était opposée à la modification du pacte. Contrairement à l’Allemagne et à la France, la croissance du pays était alors vigoureuse. 

Selon l’ancien premier ministre, la zone euro a donc simplement besoin d’appliquer les règles telles qu’elles avaient été prévues au départ, tout en se coordonnant « un peu mieux ». “Il faut accompagner l’euro de règles claires garantissant une discipline fiscale applicable par tous les autres”, a également indiqué M. Aznar.

Outre le dévoiement du pacte de stabilité, l’incapacité de l’UE à mettre en place la stratégie de Lisbonne, qui visait à faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde en 2010, serait à l’origine de la crise, a expliqué M. Aznar. “Le leadership politique pour développer les réformes a fait défaut. Et nous sommes tombés dans la complaisance”, a-t-il ajouté, dans une allusion à peine voilée au manque de capacité de la Commission européenne a contraindre les États à mettre en place les politiques nécessaires. Alors que l’UE prépare sa stratégie pour 2020, l’ancien premier ministre a insisté sur la nécessité pour l’Europe de mettre en route la réforme des marchés du travail et de la filière énergétique, seules manières pour l’Union de devenir compétitive sur le plan international, estime-t-il.

L’avenir de l’UE passe aussi, selon lui, par des réformes structurelles importantes au sein des États membres. Il a ainsi fait allusion à la réforme des retraites, actuellement discutée en France. 

L’ancien premier ministre a enfin montré quelques réserves sur les objectifs du plan de 750 milliards d’euros décidé par les États membres pour prévenir toute défaillance d’un pays et rassurer les marchés. Dans le cas de la Grèce, M. Aznar estime que les États auraient mieux fait de restructurer la dette et d’utiliser l’argent du fonds pour recapitaliser les banques françaises et allemandes exposées à la dette grecque. “Les leaders européens se sont laissés emporter par la panique”, a jugé l’ancien premier ministre espagnol. 

Reste que, selon lui, la décision de mettre en place ce fonds envoie un faux message aux membres de la zone euro. Si ce plan semble dire que les Européens “ne laisseront jamais tomber aucune économie”, certaines, comme l’Italie, ou l’Espagne, sont “impossibles à sauver”, a-t-il expliqué. Avant de rappeler que son pays, dont la note a été dégradée par deux agences de notations au mois de mai, a aujourd’hui un déficit de 12%, une dette équivalente à 60% du PIB mais à 250% en cumulé d’endettement public et privé. Le taux de chômage s’élève à 20%, 50% des jeunes de moins de 25 ans étant touchés.