Bataille de chefs d'État autour de la candidature de Jean-Claude Juncker

Plusieurs leaders européens, dont David Cameron, ne veulent pas de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. Mais la chancelière allemande le soutient clairement désormais, tout comme François Hollande.

EURACTIV.fr / Reuters
Cameron and Hollande. Both leaders oppose Juncker.
Cameron and Hollande. Both leaders oppose Juncker.

Plusieurs leaders européens, dont David Cameron, ne veulent pas de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. Mais la chancelière allemande le soutient clairement désormais, tout comme François Hollande.

Après David Cameron et le hongrois Viktor Urban la semaine dernière, le président du Conseil italien a fait part ce week-end ses interrogations sur la candidature de Juncker à la tête de la Commission.

« Juncker est ‘un’ nom avancé pour la présidence de la Commission mais ce n’est pas ‘le’ nom », a déclaré Matteo Renzi lors d’une conférence économique à Trente, dans le nord de l’Italie.

Le président du Conseil italien a ajouté que l’ancien premier ministre luxembourgeois n’avait pas de majorité garantie pour être assuré d’avoir le poste, pas plus qu’un droit automatique à l’obtenir. Le dirigeant n’a jamais caché que pour lui, le programme politique comptait plus que la personne choisie au final.

La fronde contre Juncker, menée par David Cameron, a aussi les faveurs de la Suède, du Danemark ou des Pays-Bas.

Le chantage de David Cameron

Le premier ministre britannique, David Cameron, a pour sa part averti ses partenaires qu’il ne pourrait pas garantir le maintien de son pays dans l’UE si Jean-Claude Juncker obtenait la présidence de la Commission, a rapporté le magazine allemand Der Spiegel.

Le président de la Commission est choisi par les dirigeants européens mais ce choix doit être avalisé par le Parlement européen, où les eurosceptiques ont marqué des points lors des élections de la semaine dernière.

>> Lire : Les eurosceptiques arrivent en force au Parlement européen

Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui a obtenu le plus grand nombre d’élus, a choisi l’ancien premier ministre luxembourgeois comme candidat.

En marge du sommet européen de Bruxelles mardi dernier, selon le Spiegel, David Cameron a souligné les risques d’un tel choix pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union.

Pour David Cameron, la désignation de Jean-Claude Juncker, qu’il considérerait comme trop « fédéraliste », risque de déstabiliser son gouvernement face à la poussée des eurosceptiques de l’UKIP. Cette décision pourrait le contraindre à avancer le référendum sur le maintien dans l’UE prévu d’ici la fin 2017.

Et il est fort probable qu’un tel scrutin aboutirait à la victoire des adversaires de l’Union, ajoute l’hebdomadaire allemand.

« Un homme des années 1980 ne peut résoudre les problèmes des cinq prochaines années », aurait dit David Cameron à ses partenaires à Bruxelles.

Dans un article que publie dimanche le Bild am Sonntag, Jean-Claude Juncker exhorte les dirigeants européens à ne pas céder aux pressions d’une minorité.

Spéculation en série outre-Rhin

« L’Europe ne peut tolérer le chantage », dit-il, affirmant avoir le soutien d’une large majorité de dirigeants conservateurs et socialistes européens. L’ancien premier ministre du Luxembourg se dit « optimiste sur le fait d’être choisi comme président de la Commission d’ici la mi-juillet ».

Selon le Bild am Sonntag, le président français, François Hollande, ne voudrait pas non plus de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission. Il souhaiterait que le poste revienne à un Français, en l’occurrence son ancien ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici.

Une hypothèse jugée farfelue du côté de l’Elysée, où l’on rappelle que la logique de François Hollande n’a pas évolué. « Puisque le PPE est arrivé en tête il est logique qu’il soit le premier à tenter de former une majorité » assure un conseiller à EURACTIV.

La candidature de Pierre Moscovici à autre chose qu’un poste de commissaire pour la France n’est pas d’actualité selon la présidence.

La chancelière Angela Merkel, qui s’était montré hésitante lors du sommet du 27 mai, a en revanche consolidé sa position en déclarant clairement à Regensburg vendredi. « Je mènerai désormais toutes les négociations dans l’esprit que Jean-Claude Juncker devienne président de la Commission »a-t-elle précisé.