Belgique : le gouvernement menacé par des désaccords sur Gaza

La coalition de cinq partis au pouvoir en Belgique se déchire au sujet de Gaza — entre passes d’armes politiques, un Premier ministre en vacances et un débat parlementaire houleux prévu jeudi 14 août.

Euractiv France
Informal meeting of EU foreign affairs ministers – Gymnich in Warsaw
Maxime Prévot, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement. [EPA/Leszek Szymanski]

Depuis plusieurs semaines, les partis du gouvernement fédéral belge s’écharpent sur la situation à Gaza — une querelle qui menace désormais les fondations d’une coalition déjà fragile.

Formée au terme d’intenses tractations qui ont duré plus de 200 jours, la fragile coalition composée de la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, CRE), du Mouvement réformateur (MR, Renew), et des partis Les Engagés, Vooruit (S&D) et des Christen-Democratisch en Vlaams (CD&V, PPE) semble à présent menacée.

Les partis de la coalition dite « Arizona » tentent de s’accorder depuis plusieurs semaines sur une position concernant la guerre à Gaza. Un sujet explosif tant les positions de ces partis divergent sur les sanctions à appliquer à Tel-Aviv, la reconnaissance de la Palestine et la qualification du conflit en cours de génocide.

La Belgique a récemment participé à des largages d’aide humanitaire sur Gaza, une initiative critiquée par certains membres de la coalition, qui la jugent au mieux insuffisante.

Parallèlement à cela, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot (Les Engagés), a également déclaré la semaine dernière que la Belgique soutiendrait la suspension partielle d’Israël du programme Horizon Europe de l’UE.

Mais ces quelques mesures constituent les seuls points d’accord au sein du gouvernement fédéral sur Gaza.

Face aux blocages persistants, le président des socialistes flamands (Vooruit), Conner Rousseau, a jeté un pavé dans la mare en déclarant fin juillet sur la VRT que si « quelqu’un » pouvait « prouver » que renverser le gouvernement belge permettrait d’« aider la population à Gaza », il le ferait « immédiatement ». Il a également averti que son parti pourrait ne pas soutenir la coalition lors de tous les votes s’il ne pouvait pas défendre sa propre position sur le conflit.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, avait vivement réagi à ces déclarations, expliquant à RTL que « les Belges ne comprendraient pas qu’on mette le pays dans l’embarras […] pour des questions internationales ». Et d’ajouter que si des mesures devaient être prises, elles devaient l’être au niveau de l’UE, en concertation avec les États-Unis. « Si aujourd’hui uniquement l’Union européenne agit, et bien les contrats iront vers des entreprises américaines » et le conflit ne prendra pas fin, selon lui.

La commission des Relations internationales de la Chambre (la chambre basse du parlement fédéral) se réunira en urgence jeudi 14 août à ce sujet. Au cours de la session, les députés pourront poser des questions au vice-Premier ministre Maxime Prévot, chargé des affaires étrangères, européennes et de la coopération au développement.

Un Premier ministre absent

Les Engagés, le CD&V et Vooruit réclament la tenue d’un conseil des ministres avant la réunion de la commission, dans l’espoir de rallier le MR, farouchement opposé à la reconnaissance d’un génocide, et la N-VA, restée jusqu’ici muette sur la question. Ils souhaitent également que la Belgique se dirige vers l’adoption de sanctions contre Israël.

Mais le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) est en vacances jusqu’à dimanche prochain et, selon La Libre, il n’a pas l’intention d’écourter sa pause ni de convoquer une réunion virtuelle pour ce dossier.

CD&V, Vooruit et Engagés souhaitent par ailleurs une reconnaissance de l’État palestinien, ce à quoi le MR et la N-VA s’opposent.

Dans un post sur X le 25 juillet, Maxime Prévot déclarait que « l’accord de gouvernement prévoit la reconnaissance de la Palestine », ajoutant que la question n’était pas tant de savoir si elle aurait lieu, mais quand. Il annonçait aussi qu’il présenterait une proposition au gouvernement avant l’assemblée générale de l’ONU de septembre pour parvenir à un consensus.

Un silence « assourdissant »

Lundi 11 août, Els Van Hoof (CD&V), présidente de la commission des relations internationales, a vivement dénoncé le silence politique entourant la guerre Israël-Gaza dans une interview accordée au Standaard. « Le silence sur Gaza, même de la part du Premier ministre, est assourdissant. »

Selon elle, il est important que la Belgique agisse parallèlement à l’UE. Elle a rappelé que « tout pays a l’obligation de faire un effort pour prévenir un génocide », et que ceux qui ne le font pas se rendent complices par inaction. « Si le génocide est reconnu par un tribunal international par la suite, votre pays peut être tenu responsable », a-t-elle poursuivi, en référence à la convention de 1948 sur le génocide.

Bien qu’il serait « préférable » d’appliquer des sanctions au sein de l’Union européenne, elle a déploré le fait que la N-VA « se cache » derrière l’UE pour « ne rien faire ». Elle estime également que le parti nationaliste flamand se cache derrière le MR « pour ne pas prendre position ».

« Ne rien faire quand un génocide est en cours, c’est aussi un choix », a-t-elle conclu.

Même si la séance en commission de jeudi ne devrait pas déboucher sur une avancée décisive, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot devrait reconnaître l’absence de consensus au sein de la coalition. Quoi qu’il en soit, la réunion promet des échanges animés.