Bornes électriques : la France réinvestit dans leur déploiement pour mieux coller aux objectifs européens

Le gouvernement français a annoncé vendredi (27 octobre) de nouveaux financements pour le déploiement des bornes de recharge pour véhicules électriques afin de rattraper le rythme de développement prévu par la réglementation européenne AFIR.

Euractiv France
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Les logements collectifs ne représentent pas moins de 36 % des émissions de gaz à effet de serre dans l'Union Européenne. Ils jouent donc un rôle majeur pour aider cette dernière à atteindre ses objectifs en matière de décarbonation. [Owlie Productions / Shutterstock]

Le gouvernement français a annoncé vendredi (27 octobre) de nouveaux financements pour le déploiement des bornes de recharge pour véhicules électriques afin de rattraper le rythme de développement prévu par la réglementation européenne AFIR.

À horizon 2030, la France compte disposer de plus de 400  000 bornes de recharge pour véhicules électriques sur son réseau routier, dont 50 000 bornes rapides.

Actuellement, le réseau public compte plus de 110 000 bornes, ce qui classe la France au deuxième rang des pays les mieux équipés d’Europe, derrière les Pays-Bas et devant l’Allemagne.

En 2022, 3 000 bornes ont été installées chaque mois, dont 15 % de chargeurs haute puissance. C’est un rythme dix fois supérieur à celui de 2019, note Clément Molizon, délégué général de l’Avere-France, association française des acteurs de la filière de la mobilité électrique, invité vendredi (27 octobre) à prendre la parole lors d’un évènement au ministère de la Transition énergétique française.

En prenant en compte les bornes de recharge installées chez les particuliers et en entreprise, le parc français atteint les 1,7 million de bornes.

Mais pressée par la réglementation européenne sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs (AFIR), la France doit toutefois accélérer le mouvement.

Cette réglementation prévoit qu’une borne de recharge rapide doit être installée sur le réseau tout les 60 km d’ici fin 2025 pour les véhicules légers et sur la moitié du réseau avant fin 2027 pour les poids lourds.

De plus, la puissance cumulée des points de recharge ouverts au public doit atteindre au moins 1,3 kW par véhicule électrique et 0,8 kW par hybride rechargeable.

Nouvelles mesures

À cette fin, le gouvernement a dévoilé vendredi de nouvelles mesures de facilitation du déploiement de bornes de recharge, tant d’un point de vue planificateur que financier, avec 200 millions d’euros supplémentaires sur la période 2024-2027, en plus des 320 millions déjà injectés sur la période 2016-2023 pour le programme Advenir de soutien au développement public et privé.

Le ministère a également annoncé une nouvelle aide de 68 millions d’euros pour le développement de projets de bornes de recharges rapides et ultras rapides — puissance supérieure à 50 kW.

Également annoncée, l’augmentation à venir du crédit d’impôt pour l’installation de bornes à domicile, qui passera de 300 à 500 euros par borne.

Néanmoins, au rythme actuel de déploiement des bornes électriques, le réseau « va tout de suite être insuffisant », prévient Sébastien Jumel, directeur Développement, Innovation et Numérique chez Enedis, le gestionnaire du réseau de distribution d’électricité.

Rythme de déploiement

Dès la fin de l’année 2023, le parc de véhicules électrifiés (électriques et hybrides rechargeables) légers français comptera 1,5 million d’unités, dont 650  000 électriques, relève le gouvernement.

Une multiplication par 10 est attendue d’ici à 2035, pour répondre notamment aux ambitions européennes de fin de vente des véhicules thermiques à échéance 2035.

Par conséquent, le parc de bornes de recharge doit pouvoir accompagner la transition du parc automobile.

Pour le moment, seules 2 % des bornes ont connu des problèmes de saturation, explique Anne-Florie Coron de la direction générale française des infrastructures, des transports et des mobilités (DGITM). Mais déjà les axes routiers européens clés sont touchés. L’aire d’autoroute de Montélimar par exemple, joignant le nord et le sud de la France, est touchée, complète M. Jumel.

Rien que sur cette aire, la puissance installée devra être plus de dix fois celle actuellement proposée, précise-t-il.

En outre, l’Union française de l’électricité (UFE), fédération française des énergéticiens, rappelle que « si la quantité de bornes de recharge est primordiale, l’enjeu de déployer les bonnes bornes, aux bons endroits, avec la bonne puissance et un niveau de qualité de service l’est tout autant ».

À ces fins, la question du dimensionnement du réseau électrique devient central.

Réseau

Selon les acteurs de la filière, le problème ne viendrait pas tant des besoins en électricité pour faire fonctionner le futur parc de bornes de recharge puisqu’ils devraient représenter qu’environ 5 % (35 TW) des capacités électriques installées (615 TW) à horizon 2035 projetées par RTE, avance M. Jumel.

Plutôt, le problème viendrait des moyens de gestion de la demande.

« Il y a donc un très gros enjeu de pilotage de la charge », note l’expert d’Enedis.

Dans cette logique, la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, insiste sur la nécessité de développer un système de « véhicule to grid ». Autrement dit, de faire en sorte que les batteries des véhicules électriques puissent échanger avec le réseau pour renvoyer, au besoin, de l’électricité vers le réseau.

Sur ce sujet, l’Allemagne « est extrêmement en avance », assume la ministre, pour qui la réponse réside également dans le développement de véhicules plus légers, plus abordables et moins complexes.

Suite à l’annonce des subventions publiques supplémentaires, le ministre des Transports, Clément Beaune, a tenu à assurer que le gouvernement ne s’arrêtera pas là.  » C’est le moment de montrer que les véhicules électriques sont faits pour tout le monde ».

À terme, le reste à charge pour un véhicule électrique pourrait atteindre environ 12  000 euros, précise Mme Pannier-Runacher, soit une différence franchissable pour passer du thermique vers l’électrique, assume-t-elle.

[Édité par Frédéric Simon]