Bosnie-Herzégovine : l'absence de réforme électorale avant un scrutin clé divise la Croatie et la Commission européenne

La Croatie a qualifié d’« illégitimes » les prochaines élections en Bosnie-Herzégovine, exprimant son mécontentement suite à l'absence d'une réforme électorale en Bosnie voisine. La Commission a elle répété qu’elles étaient essentielles pour l'avenir européen de ce pays.

EURACTIV Croatie avec EURACTIV.com
Visit of Olivér Várhelyi, European Commissioner, to Croatia
Le commissaire chargé de la Politique de voisinage et de l’Élargissement, Oliver Varhelyi (à gauche), et le ministre croate des Affaires étrangères, Gordan Grlic-Radman, lors d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Zagreb, en Croatie, le 25 avril 2022. [<a href="https://audiovisual.ec.europa.eu/en/photo-details/P-057510~2F00-09" target="_blank" rel="noopener"> EC - Audiovisual Service/Denis Lovrovic</a>]

La Croatie a qualifié d’« illégitimes » les prochaines élections en Bosnie-Herzégovine, exprimant son mécontentement suite à l’absence d’une réforme électorale en Bosnie voisine. La Commission européenne a quant à elle répété qu’elles étaient essentielles pour l’avenir européen de ce pays fragile des Balkans.

« Sans une réforme électorale, les prochaines élections, basées sur la loi électorale existante, seraient illégitimes et l’ingénierie électorale se poursuivrait au détriment des Croates de Bosnie-Herzégovine », a déclaré Gordan Grlić-Radman, ministre croate des Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse lundi 25 avril.

Il s’est exprimé après avoir rencontré le commissaire européen chargé de la Politique de voisinage et de l’Élargissement, Olivér Várhelyi, qui était à Zagreb dans le cadre d’une visite éclair annoncée publiquement le jour même.

Le plus grand parti croate de Bosnie, le HDZ, et son dirigeant Dragan Čović, qui, bien que revendiquant le soutien de la majorité des Croates, n’est pas un membre actuel de la présidence tripartite du pays représentant les Bosniaques, les Croates et les Serbes, a fait pression pour une réforme électorale dans le pays, avec le soutien de Zagreb.

Le HDZ refuse de reconnaître l’actuel représentant croate à la présidence, Željko Komšić, affirmant qu’il a été élu grâce aux votes des Bosniaques, qui sont une majorité dominante dans la Fédération bosniaque-croate, qui constitue la moitié de la Bosnie d’après-guerre. L’autre est la république serbe, et les deux sont largement autonomes vis-à-vis du gouvernement central.

Alors que des élections générales sont prévues en octobre 2022, les Croates craignent de perdre de précieux sièges aux différents niveaux de gouvernance du pays. M. Čović et le HDZ ont exigé une refonte de la loi électorale afin de renforcer la position des Croates lors des élections.

Cependant, Bruxelles et Washington n’ayant pas réussi à faire progresser les négociations entre les trois groupes ethniques à Sarajevo, la réforme électorale sera probablement mise en suspens jusqu’après les élections.

Parallèlement, la Croatie, membre de l’UE, a fait pression sur les institutions européennes et les membres du bloc au nom des Croates de Bosnie, mais sans grand succès jusqu’à présent.

La Croatie veut « un État stable et fonctionnel dans lequel les trois peuples constitutifs exercent leurs droits politiques légitimes, un pays qui progresse de manière constante sur son parcours européen et finit par rejoindre l’Union européenne », a déclaré le ministre, rapporte Hina.

« Ce qui est maintenant indispensable, c’est la poursuite de l’engagement conjoint de l’UE et des États-Unis pour donner l’impulsion nécessaire à l’achèvement des négociations afin de permettre la tenue d’élections libres », a déclaré M. Grlić-Radman.

Parallèlement, M. Várhelyi a indiqué que la période cruciale pour la Bosnie-et-Herzégovine, en 2021, au cours de laquelle il y avait une chance de rectifier certains aspects de la loi électorale et de la réforme constitutionnelle, avait hélas été perdue.

Il estime que les élections d’octobre doivent être libres et équitables, avec une représentation égale des trois peuples constitutifs, ce qui, selon lui, est la clé de la stabilité à long terme de la Bosnie-Herzégovine.

« Le boycott ou le refus de reconnaître le résultat des élections ne nous mènera nulle part », a-t-il déclaré.

Le commissaire s’est dit très déçu de l’absence de progrès sur le front de la politique intérieure en Bosnie-Herzégovine, qui nécessite « un climat interne constructif ».

« Nous n’avons pas vu de progrès sur le front de la politique intérieure et c’est vraiment très décevant », a déclaré le commissaire européen.

Il a fait remarquer que les lacunes concernant la modification de la loi électorale et la réforme constitutionnelle ont des répercussions sur l’avancement même des discussions sur l’obtention par la Bosnie-Herzégovine du statut de candidat à l’UE, et a répété qu’il était important que la Bosnie-Herzégovine remplisse les 14 critères exigés par l’Union européenne pour entamer les négociations d’adhésion.

La Bosnie Herzégovine a déposé une demande d’adhésion à l’UE en février 2016 et la Commission a adopté son avis sur cette demande en mai 2019, identifiant 14 priorités clés que le pays devrait remplir avant d’ouvrir les négociations d’adhésion. Peu de progrès ont été réalisés depuis lors et la Bosnie n’est toujours pas un candidat officiel à l’UE.