Bruno Le Maire s’écharpe avec les parlementaires sur l'avenir du nucléaire

De vifs échanges ont eu lieu à l'Assemblée nationale sur la baisse de la production d’électricité nucléaire entre les députés de gauche (NUPES) et le ministre de l’Économie, présent dans l'hémicycle à l'occasion du vote du projet de loi de finance rectificative.

Euractiv France
Debate on the Finance bill at the National Assembly in Paris
Dans la nuit de mardi à mercredi, les députés ont adopté le projet de loi de finance rectificative. Dans le texte renvoyé devant le Sénat est actée la « nationalisation » d’EDF, du moins le principe d'une offre d'achat publique de l'État des 16% de capital restant pour 9,7 milliards d’euros. [CHRISTOPHE PETIT TESSON / EPA-EFE]

De vifs échanges ont eu lieu à l’Assemblée nationale sur la baisse de la production d’électricité nucléaire entre les députés de gauche (NUPES) et le ministre de l’Économie, présent dans l’hémicycle à l’occasion du vote du projet de loi de finance rectificative.

Dans la nuit de mardi à mercredi (26-27 juillet), les députés ont adopté le projet de loi de finance rectificative. Dans le texte renvoyé devant le Sénat est actée la « nationalisation » d’EDF – ou du moins le principe d’une offre d’achat publique de l’État des 16% de capital restant pour 9,7 milliards d’euros.

Cependant, le résultat n’a pas été chose aisée à avaler, surtout pour la gauche.

Dans les faits, la production nucléaire est en berne. La France accuse d’importantes importations d’électricité : jusqu’à 10 GW sur une seule journée, comme en attestent les chiffres de RTE. Un comble pour un pays qui est, d’habitude, exportateur net.

Plus de la moitié du parc à l’arrêt

Actuellement, une trentaine de réacteurs sont à l’arrêt. Certains pour maintenance, 12 pour des problèmes corrosions. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient de valider la stratégie de contrôle mis en place par EDF.

Certains pâtissent également de la météo. Les températures caniculaires qui traversent la France menacent en effet leur refroidissement.

Mais pour « assurer la sécurité du réseau électrique » en cette période critique, l’ASN a prolongé, vendredi dernier (22 juillet), une dérogation temporaire aux règles de mise à l’arrêt prévues pour de telles situations. Les centrales de Golfech, Saint-Alban, Blayais et Bugey pourront ainsi fonctionner jusqu’au 7 août 2022.

Quels que soient les effets des maintenances et autres arrêts forcés, le parc nucléaire a tout de même assuré plus de la moitié de la production électrique au cours du mois, démontre RTE.

Performance notable en conjonctures de crises, même si, à l’accoutumée, les réacteurs assurent 60 à 70% des besoins en électricité du pays. 

Néanmoins, l’été est propice à une consommation d’électricité moindre qu’en hiver. Le véritable test pour le réseau est donc à prévoir cet hiver chargé d’incertitudes.

En outre, EDF vient de présenter ses résultats financiers pour le premier semestre : 5,3 milliards d’euros de pertes, liées notamment aux problèmes énumérés ci-dessus.  

Débat houleux à l’assemblée

Il n’en fallait pas plus pour chauffer à blanc les bancs de la gauche à l’Assemblée nationale, lors des débats sur le projet de loi de finances rectificative. Écologistes et autres Insoumis s’en sont donnés à cœur joie contre l’énergie atomique, fustigeant l’irresponsabilité du gouvernement.

Ainsi de Julien Bayou, député Europe Écologie Les Verts (EELV) de Paris et cadre du parti qui répète « à tous ceux qui confondent la réalité et leurs lubies », que « le nucléaire ne fonctionne pas ».

Ce à quoi le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, présent dans l’hémicycle, rétorque que « parfois, l’idéologie vous aveugle », car « si le nucléaire ne fonctionnait pas, nous aurions des débats dans la nuit et à la chandelle ».

La veille, lundi (25 juillet), sur France Inter, comme Jean-Luc Mélenchon avant lui, le député La France insoumise (LFI) du Nord Adrien Quatennens, signalait « l’intermittence » supposée de l’énergie atomique. Non « de fait », certes, mais « de circonstance » reconnaît-il, puisqu’en raison du réchauffement climatique « ce qui n’était pas intermittent hier, va le devenir de plus en plus ».

Le cadre LFI en profite pour rappeler que « la France est aujourd’hui le pays le plus en retard sur ses objectifs en matière de renouvelable » au sein de l’Union européenne.

À ce sujet, le député LFI de l’Essonne, Antoine Léaument, a profité de son temps de parole pour asséner que le coût du programme « Grand Carénage » de prolongement de la vie des centrales représenterait le même budget que pour la construction de 33 à 76 parcs éoliens en mer. Or, leur « puissance installée serait supérieure à la production installée du nucléaire français », assure-t-il. 

Ce à quoi le député Rassemblement National (RN) de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, répond que « les éoliennes terrestres, les panneaux solaires ne seront jamais rentables face au nucléaire », remarquant qu’il « aura fallu que le marché européen de l’électricité atteigne des montants historiques pour que les éoliennes commencent à rapporter ».

Rentabilité renouvelable

En ce sens, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) dévoilait le 18 juillet son évaluation des charges de service public de l’énergie à compenser par l’État pour l’année 2023.

Résultat : les énergies renouvelables (EnR) rapporteront de l’argent à l’État en 2023. Une situation qui s’explique par le prix actuellement très élevé du mégawattheure (MWh), dans la mesure où, lorsque les prix sont supérieurs au prix du tarif de rachat fixé par l’État, les exploitants reversent la différence aux pouvoirs publics.

De quoi pousser certains observateurs à revendiquer la rentabilité des EnR, en particulier de l’éolien, premier contributeur à ces résultats positifs, mais surtout inédits. 

« La France rallume ses centrales à charbon alors que dans le même temps 4,7 GW de projets éoliens et 3 GW de projets solaires sont actuellement bloqués en instruction. », réagissait ainsi la présidente de l’association France Energie Eolienne, Anne-Catherine Tourtier.

Le gouvernement a d’ores et déjà annoncé un projet de loi d’accélération du développement des énergies renouvelables pour la rentrée.