Bruxelles prône la « retenue » face à l’escalade de Donald Trump sur le Groenland

La Commission européenne a appelé lundi 19 janvier à la « retenue » dans les négociations avec les États-Unis sur l’avenir du Groenland, après que Donald Trump a réitéré sa menace de s’emparer par la force de ce territoire danois autonome.

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European leaders attend Ukrainian President Zelenskyy’s meeting with Trump at the White House
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [Getty Images/Présidence ukrainienne_Anadolu]

« Notre priorité est de dialoguer, pas d’aggraver la situation », a déclaré Olof Gill, porte-parole adjoint de la Commission, aux journalistes. « Parfois, la forme de leadership la plus responsable est la retenue, et le leadership responsable est ce qui caractérise la présidente [de la Commission européenne Ursula] von der Leyen et, en fait, l’Union européenne dans son ensemble. »

Ces déclarations interviennent alors que les institutions européennes multiplient les démarches pour dissuader le président américain de toute tentative d’annexion. Samedi 17 janvier, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 25 % à plusieurs États membres de l’UE s’ils refusaient ce qu’il a présenté comme un « rachat total et complet » de l’île arctique riche en ressources minières.

Le président américain a également réitéré sa menace de s’emparer du territoire lundi matin, invoquant la nécessité d’éliminer une prétendue « menace » d’invasion russe — une affirmation contestée par la plupart des experts militaires.

« Depuis 20 ans, l’OTAN répète au Danemark qu’il doit “éliminer la menace russe du Groenland” », a écrit Donald Trump sur son réseau social, Truth Social. « Malheureusement, le Danemark n’a rien pu faire à ce sujet. Le moment est venu, et cela sera fait ! »

L’UE n’utilise pas son « bazooka commercial »

Quelques heures avant ces déclarations, les ambassadeurs de l’UE n’ont pas réussi à s’accorder sur l’activation de l’« instrument anti-coercition », le fameux « bazooka commercial » de l’UE, contre Washington.

Son activation requiert une majorité qualifiée : au moins 15 États membres représentant 65 % de la population de l’Union.

Son utilisation est vivement soutenue par la France, mais contestée par l’Italie, la Pologne et de nombreux pays de l’Est de l’UE, qui craignent que Washington ne riposte en retirant son soutien militaire à l’Ukraine ou à l’OTAN.

Le vice-chancelier allemand Lars Klingbeil a également soutenu le recours à l’instrument anti-coercition lundi matin. Mais le chancelier Friedrich Merz, dont le parti, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), est en coalition avec le Parti social-démocrate (SPD) de Lars Klingbeil, n’a pas encore publiquement soutenu cette initiative. Il devrait s’adresser aux journalistes plus tard ce lundi.

Un responsable européen a confirmé lundi que les dirigeants de l’UE discuteront du Groenland — et plus globalement des relations avec les États-Unis — lors d’un Conseil européen extraordinaire ce jeudi 22 janvier.

Interrogé pour savoir si la Commission soumettrait officiellement l’invocation de l’instrument anti-coercition au vote des capitales de l’UE en cas de soutien suffisant des États membres, Olof Gill a répondu que Bruxelles « dispose d’outils et est prête à réagir si les droits de douane menacés sont imposés ».

« L’instrument anti-coercition est-il de nouveau sur la table ? Il n’a jamais quitté la table », a-t-il affirmé.

L’UE imposera 92 milliards d’euros de droits de douane à Washington ?

Olof Gill a également déclaré qu’« aucune décision » n’avait été prise concernant le dégel d’un paquet de mesures de rétorsion visant 92 milliards d’euros de produits américains, qui avait été préparé mais jamais mis en œuvre lors des négociations commerciales avec les États-Unis l’année dernière.

Ce paquet de mesures entrera automatiquement en vigueur le 7 février, à moins que Bruxelles ne renouvelle sa suspension, a précisé le porte-parole.

Magnus Lund Nielsen a contribué à la rédaction de cet article.