Bruxelles propose aux États d’interdire le thon rouge
La Commission européenne a présenté aux ministres européens de la Pêche un projet de décision pour inscrire le thon rouge à l’annexe 1 de la Cites.
La Commission européenne a présenté aux ministres européens de la Pêche un projet de décision pour inscrire le thon rouge à l’annexe 1 de la Cites.
La Commission européenne a proposé aux Vingt-Sept, lundi 22 février, de soutenir l’interdiction du commerce international du thon rouge. «Nous n’avons d’autre choix que d’agir maintenant et de proposer une interdiction du commerce international de cette espèce», a déclaré le commissaire en charge de l’Environnement, Janez Potocnik.
Son homologue chargée de la Pêche, Maria Damanaki, a affirmé pour sa part que l’objectif de la Commission européenne était de «garantir un avenir durable aux pêcheurs». «Les stocks de thon rouge doivent être sains, et il est évident pour tous que la surpêche n’est pas la meilleure manière de procéder», a-t-elle ajouté.
La décision sera définitivement prise à Doha (Qatar), lors de la prochaine réunion de la Cites du 13 au 25 mars. Si les 27 suivent la Commission européenne, ils y défendront l’interdiction. Car il reste encore aux États membres à avaliser ce mandat de négociations.
La France veut attendre 18 mois
Au sein de l’Europe, deux blocs de pays s’affrontent. D’un côté, les pays du Nord de l’Europe sont globalement pour l’interdiction. De l’autre, les pays pêcheurs, parmi lesquels Chypre et Malte, sont très opposés à l’inscription du thon rouge à l’annexe 1 de la convention de Washington (ou Cites), qui répertorie des espèces menacées. Entre les deux, l’Espagne et l’Italie, bien que figurant parmi les pays pêcheurs, ont accepté d’appuyer l’inscription du thon rouge à l’annexe 1, sous conditions.
Le 3 février, la France avait annoncé, quelques jours après l’Italie, qu’elle demanderait l’inscription du thon rouge à l’annexe 1. Mais elle avait accompagné cette annonce de la volonté de ne voir appliquer cette décision que dans 18 mois. Un temps jugé nécessaire pour tenir compte de nouvelles données scientifiques. En septembre 2010, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta) doit notamment publier une nouvelle étude sur le sujet.
La Commission, quant à elle, veut aller un peu plus vite que la France. Elle a proposé un délai de douze mois avant que la décision soit effectivement appliquée.
Pêche artisanale
Les 175 pays de la Convention devront se prononcer à la majorité des deux tiers. Tous les Européens devraient voter dans le même sens, s’ils respectent la discipline de vote communautaire traditionnelle. Mais l’interdiction compte un opposant de poids : le Japon, qui est destinataire de 80% du commerce mondial de ce poisson.
En France, la pêche au thon rouge concerne environ 200 bateaux. 28 d’entre eux capturent en effet 90% du quotas français, soit près de 1800 tonnes de poisson. Seuls ces gros pêcheurs seraient concernés par l’interdiction. Les 180 restant sont des pêcheurs artisanaux. La Commission européenne promet de les autoriser à approvisionner le marché de l’UE avec des captures provenant des eaux des États membres. Si c’est le cas, les pêcheurs auront le droit de vendre leur thon rouge sur leurs propres marchés nationaux, mais pas de l’exporter.