« Les gouvernements européens traversent une période très difficile », selon Gayle Smith

Gayle Smith est la directrice de l’ONG One. Elle a également été conseillère de Barack Obama et Joe Biden en développement. EURACTIV France a eu l’occasion de s’entretenir avec Gayle Smith lors de son passage à Paris dans le cadre du Forum sur la Paix.

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Gayle Smith est la directrice de l’ONG One. [Photo fournie par One]

Gayle Smith est la directrice de l’ONG One. Elle a également été conseillère de Barack Obama et Joe Biden dans l’aide au développement. EURACTIV France a eu l’occasion de s’entretenir avec Gayle Smith lors de son passage à Paris dans le cadre du Forum sur la Paix.

EURACTIV France. Vous avez assisté au Forum sur la Paix à Paris vendredi et samedi (11 et 12 novembre). Quelles sont, selon vous, les priorités du moment ?

Gayle Smith. Il y a deux grandes questions à l’ordre du jour.

La première est la pandémie de Covid-19. Elle n’est pas terminée. Nous devons désormais nous concentrer sur l’inégalité de la réponse mondiale : plus un pays est riche, plus ses citoyens ont accès aux vaccins.

D’un point de vue scientifique, épidémiologique et sanitaire, ce n’est pas la bonne façon de gérer une crise sanitaire mondiale. De plus, nous ne sommes pas préparés aux futures pandémies.

La deuxième question est l’impact économique de la pandémie combiné au changement climatique, à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et à l’augmentation des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

Les gouvernements européens traversent une période très difficile. Les citoyens ont des exigences croissantes et légitimes. L’instabilité générale est un problème.

Quelle analyse faites-vous de l’aide aux réfugiés ukrainiens de la part des 27 ?

L’Europe a apporté son soutien aux réfugiés ukrainiens dès le début de la guerre. C’était ce qu’il fallait faire. Mais le défi qui attend les 27 est énorme : il y a un exode énorme de réfugiés en provenance d’Ukraine, et maintenir la solidarité est très coûteux.

Nous devons reconnaître que le monde vit un moment particulier. Nous devons donc augmenter la quantité d’argent que nous mettons sur la table pour aider les personnes partout dans le monde.

Face à un afflux massif de réfugiés, quelles devraient être les priorités ?

Les réfugiés ont besoin de soins de santé. Par exemple, ils doivent être vaccinés. Il faut également qu’ils aient accès à leur traitement, notamment ceux qui souffrent de maladies chroniques, comme le diabète. De plus, les femmes enceintes requièrent une attention toute particulière.

Le logement est évidemment aussi une priorité, tout comme le soutien psychologique. Les réfugiés vivent des choses que beaucoup d’entre nous ne peuvent même pas imaginer.

Enfin sur le long terme, comment aider une population de réfugiés, sans qu’elle soit totalement dépendante d’un pays pendant des années ?

En 2021, l’aide publique au développement a augmenté de moins de 5%…

Ce n’est pas suffisant. La demande d’aide au développement a augmenté de façon spectaculaire à la suite de la pandémie, des multiples crises humanitaires dans le monde, et de l’avènement du changement climatique.

Nous avons donc plus de crises, mais moins de moyens pour l’aide au développement. Par conséquent, si nous n’augmentons pas l’offre, nous devrons faire des choix.

Lorsque j’étais dans l’administration Obama, nous avons élaboré la première directive politique sur l’aide au développement mondial.

Le soutien le plus fort que nous avons eu au gouvernement est venu du ministère de la Défense. Selon lui, plus nous investissons pour la stabilité géopolitique, moins il y a de risques que des conflits émergent et que des populations soient obligées de se déplacer.

L’augmentation du budget de la défense est fréquente, c’est compréhensible. Mais nous ne pensons pas l’aide au développement de la même manière. Nous devons être plus stratégiques et aussi augmenter le budget de l’aide au développement.

Vous avez déclaré au début de l’entretien qu’il fallait lutter contre les inégalités d’accès au vaccin dans le monde. La levée des brevets sur les vaccins est-elle la solution idéale ?

D’un point de vue technique, la propriété intellectuelle ne permettrait pas, dans l’immédiat, de vacciner plus de personnes. Si un pays n’a pas les usines et les capacités de production, il sera toujours dépendant, même s’il obtient des brevets.

Mais, nous devons vivre un monde où tout le monde a accès aux vaccins. Cela ne peut pas dépendre de l’endroit où l’on vit, car les maladies ne connaissent pas les frontières.

Lorsque Joe Biden a annoncé notre soutien à une dérogation temporaire pour les brevets, j’y étais très favorable. Nous avons besoin d’un mécanisme qui, en cas de pandémie, se déclenche automatiquement pour s’assurer que l’accès aux vaccins est élargi à tous.

La deuxième partie, qui est très importante, est la diversification de la production mondiale. Aucun vaccin contre le Covid, à l’exception d’une usine en Afrique du Sud, n’est produit dans les pays en voie de développement.

Dans quelle mesure est-il possible de faire avancer les choses sur ce sujet ?

Les ONG et les défenseurs doivent continuer à faire du bruit sur ce sujet. L’industrie pharmaceutique doit également se mobiliser. Je comprends son business, et le fait qu’elle soit conçue pour faire du profit. Mais les laboratoires peuvent faire beaucoup plus. Les vaccins sont un bien public. Il doit y avoir plus d’action de leur part.

Ensuite, les dirigeants politiques sont également en mesure de décider d’où vient l’argent et comment il est investi. Ils peuvent ainsi encourager le secteur privé à utiliser son leadership politique pour conduire ce type de changement, et en faire une priorité.