Charles Michel appelle à une « union de l’énergie » en réponse à la crise

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé les États membres de l’UE à « réaliser une avancée décisive » et à agir de manière plus collective à l’approche d’un sommet européen consacré à la crise énergétique qui aura lieu la semaine prochaine.

Euractiv.com
epa10173634 President of the European Council Charles Michel attends a news conference after a meeting with the German Chancellor Olaf Scholz (not pictured) at the Chancellery in Berlin, Germany, 09 September 2022.  EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE
Selon Charles Michel, la nouvelle union de l’énergie européenne doit reposer sur quatre objectifs : réduire la consommation d’énergie ; assurer la sécurité de l’approvisionnement et la diversification des sources d’énergie, y compris les énergies renouvelables ; réformer le marché de l’électricité de l’UE pour faire baisser les prix ; et renforcer le marché unique de l’UE pour éviter les déséquilibres. [<a href="https://webgate.epa.eu/id/57917139" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE</a>]

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a appelé les États membres de l’UE à « réaliser une avancée décisive » et à agir de manière plus collective à l’approche d’un sommet européen consacré à la crise énergétique qui aura lieu la semaine prochaine.

En lançant une guerre contre l’Ukraine, Vladimir Poutine a également tiré un véritable « missile énergétique » sur l’Europe, écrit Michel dans un texte d’opinion publié lundi (10 octobre). Les dirigeants européens doivent, selon lui, réagir en établissant une « union de l’énergie », qui constitue « un pilier essentiel de la souveraineté de l’UE ».

La crise énergétique a révélé les failles d’une Union composée de 27 « réserves privées » d’énergie, a déclaré l’homme politique en faisant référence à la politique énergétique, qui relève encore largement de la compétence des États membres.

Sans nommer explicitement le bouclier énergétique allemand controversé de 200 milliards d’euros, le président du Conseil européen, qui préside les réunions au sommet des dirigeants des Ving-Sept, a mis en garde contre les mesures non coordonnées au niveau national pour soutenir les ménages et les entreprises face à la crise.

« Une Union de l’énergie résiliente n’apparaîtra pas comme par magie à partir de 27 mix énergétiques nationaux. Nous devons les rendre compatibles », a-t-il écrit.

L’appel de M. Michel a davantage d’unité au niveau européen intervient avant le sommet européen des 20 et 21 octobre prochains, au cours duquel les dirigeants discuteront de la réponse de l’UE à la crise.

L’Espagne, la Belgique et l’Italie figurent parmi les pays qui ont ouvertement critiqué Berlin lorsqu’elle a adopté son bouclier énergétique de 200 milliards d’euros il y a près de deux semaines. Vendredi dernier (7 octobre), une réunion des dirigeants européens à Prague a été marquée par le mécontentement suscité par le plan allemand, certains étant simplement irrités, d’autres étant totalement indignés.

L’épreuve de force a mis en évidence les profondes divisions entre Berlin et ceux qui, dans l’Union européenne, ne peuvent se permettre de telles largesses budgétaires et souhaitent une plus grande solidarité au niveau européen.

Depuis lors, l’Allemagne a subi des pressions pour qu’elle accepte d’émettre conjointement des titres de créance en réponse à la crise. Toutefois, ces appels ont jusqu’à présent été rejetés à Berlin, bien que le chancelier allemand Olaf Scholz ait laissé entendre qu’il serait ouvert à la possibilité de prêts, et non de subventions.

Depuis le début de la crise énergétique, les gouvernements du bloc ont dépensé près d’un demi-billion d’euros en soutien financier aux ménages et aux entreprises. Cependant, ces programmes, bien que nécessaires, sont en contradiction avec les objectifs énergétiques à long terme de l’UE, qui visent à atteindre des émissions nettes nulles d’ici à 2050.

Ils créent également des « déséquilibres » sur le marché unique européen entre les États qui disposent de la marge de manœuvre budgétaire nécessaire pour se permettre des mesures de soutien et ceux qui n’en ont pas, écrit M. Michel.

« Notre chemin vers le zéro émission net reposait, entre autres, sur une large disponibilité de gaz à un prix abordable. Cette situation nous oblige à réévaluer la manière dont nous réalisons notre transition à long terme vers la neutralité climatique », qui est également la stratégie de croissance de l’UE.

Selon Charles Michel, la nouvelle union de l’énergie européenne doit reposer sur quatre objectifs : réduire la consommation d’énergie ; assurer la sécurité de l’approvisionnement et la diversification des sources d’énergie, y compris les énergies renouvelables ; réformer le marché de l’électricité de l’UE pour faire baisser les prix  ; renforcer le marché unique de l’UE pour éviter les déséquilibres.

Pour faire face à cette crise, les Européens doivent réagir comme ils l’ont fait lors de la crise de la Covid-19 et « mettre les ressources en commun », estime M. Michel.

« Nous devons maintenant faire de même dans le secteur de l’énergie et mettre en place cette véritable Union de l’énergie », a-t-il déclaré, exhortant les États membres de l’UE à « affronter les tabous entourant les compétences nationales et européennes » en matière d’énergie.

« Il est temps de réaliser une avancée décisive. »

Un fonds européen pour l’énergie

Les parallèles entre la crise de la Covid et celle de l’énergie ne peuvent toutefois pas aller plus loin, estime le groupe de réflexion économique Bruegel.

Même si une sorte de « fonds européen pour l’énergie » peut être « d’une importance critique » pour prévenir les déséquilibres entre les États membres dans la lutte contre la crise énergétique, l’approche doit être différente cette fois-ci, affirme-t-il dans un texte publié mardi (11 octobre) sur son site web.

« Pour cette crise, la ‘solidarité’ ne signifie pas nécessairement plus de dépenses. Cela signifie plutôt moins de consommation d’énergie », souligne Bruegel, qui avertit que les régimes de subventions nationales adoptés jusqu’à présent ont eu tendance à pousser la demande d’énergie et l’inflation à un moment où les réserves sont rares.

« La principale mesure de la solidarité ne devrait pas être de savoir si un État membre de l’UE est prêt à soutenir financièrement d’autres pays, mais s’il conçoit son propre plan de soutien avec des incitations à réduire la consommation d’énergie, s’il agit pour débloquer toutes les options d’approvisionnement en énergie et s’il partage l’énergie rare avec les pays voisins en cas d’urgence. »

De ce point de vue, le bouclier énergétique de l’Allemagne, dont le montant s’élève à 200 milliards d’euros, pourrait devenir un instrument de solidarité s’il permet de réduire la demande énergétique du pays, conformément aux récentes recommandations de sa commission d’experts, affirme Bruegel.