Chute du gouvernement, Mercosur : les agriculteurs appellent à la désobéissance civile
Après la chute du gouvernement Barnier, les agriculteurs redoutent que la vacance du pouvoir ne favorise la conclusion politique de l'accord entre l'Union européenne (UE) et le Mercosur et ils espèrent que l'Élysée saura faire pression sur Bruxelles. En signe de protestation, la FNSEA appelle à refuser les contrôles de l’État dans les fermes.
Après la chute du gouvernement Barnier, les agriculteurs redoutent que la vacance du pouvoir ne favorise la conclusion politique de l’accord entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur et ils espèrent que l’Élysée saura faire pression sur Bruxelles. En signe de protestation, la FNSEA appelle à refuser les contrôles de l’État dans les fermes.
Au lendemain de la chute du gouvernement, les agriculteurs français se retrouvent orphelins des négociations menées depuis un an avec les exécutifs de Gabriel Attal et de Michel Barnier.
« À compter de ce soir, aucun contrôleur ne pourra franchir le seuil de nos fermes tant que les promesses [du gouvernement] ne sont pas honorées », a assuré Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA lors d’un meeting en Dordogne, mercredi 4 décembre.
Pour le chef du premier syndicat agricole français, c’est la seconde fois après la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, que les promesses du gouvernement sont repoussées. Dans le même temps, la crise agricole s’intensifie.
Une instabilité d’autant plus dommageable que la conclusion politique de l’accord UE-Mercosur pourrait intervenir lors du sommet qui se tient ce weekend à Montevideo. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen est arrivée en Amérique du Sud jeudi 5 décembre, et se dit prête à signer l’accord.
Ces tensions interviennent alors la campagne pour les élections professionnelles agricoles qui se tiendront en janvier 2025 a officiellement débuté ce mercredi.
L’appel à la désobéissance civile initié par la FNSEA tombe aussi le jour où la Commission européenne lance le Conseil européen de l’agriculture et de l’alimentation, une plateforme de dialogue permanente pour les agriculteurs, les acteurs de la chaîne alimentaire et les institutions.
Les députés sous pression
Le refus des partis de gauche et d’extrême droite de valider les projets de loi de finance pour 2025 devrait provisoirement priver l’agriculture française des 400 millions d’euros prévus dans le budget, selon le syndicat.
Le gouvernement Barnier semblait de plus décidé à faire avancer les mesures de simplification administratives annoncées le 30 novembre par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.
D’autres dispositifs étaient également prévus, comme l’indexation des retraites sur les 25 meilleures années, la suppression de la hausse de la fiscalité sur le gazole non routier, et des aides à la trésorerie.
La chute de l’exécutif met également en sursis la grande loi d’orientation agricole promise en février dernier par Gabriel Attal, et qui était censée répondre à la colère des agriculteurs.
La FNSEA a donc appelé à faire pression sur les députés de l’Assemblée nationale. « On a besoin que très tôt on nous dise ce qu’on veut faire de l’agriculture […] On ne peut pas reporter encore de six mois les éventuelles décisions », a souligné Arnaud Rousseau sur France bleu, jeudi 5 décembre.
« La censure du gouvernement laisse dans le désarroi les agriculteurs qui avaient repris espoir avec les premières mesures annoncées par Annie Genevard », commente sur X l’eurodéputée Céline Imart, membre des Républicains (PPE).
L’eurodéputée de la France insoumise Manon Aubry (La Gauche) rejette quant à elle la faute sur le gouvernement qui n’a pas, selon elle, su entendre les revendications du secteur. Elle rappelle sur X que la loi de finances « prévoyait une baisse de 8 % du budget » pour le monde agricole.
Emmanuel Macron, dernier rempart contre le Mercosur
« L’accord Mercosur, ce n’est pas cette semaine que Macron aurait dû le bloquer : cela fait 7 ans qu’il est au pouvoir et il n’a rien fait ! », poursuit Manon Aubry.
Faute de gouvernement, le président français semble pourtant être le seul à pouvoir encore s’opposer à l’accord avec le Mercosur. « La France sera impuissante au pire moment qui soit : celui d’une potentielle conclusion de l’accord avec le Mercosur en fin de semaine », estime ainsi Céline Imart.
Jeudi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a affirmé qu’une conclusion politique était « en vue », selon l’AFP.
Alors que la FNSEA a interpellé le président de la République pour s’opposer au texte en l’état, la Coordination rurale, second syndicat agricole français, a lancé jeudi 5 décembre des actions pour bloquer, dans les Ardennes, la frontière entre la France et la Belgique.
Plus de 200 personnes étaient aussi réunies devant la Grand Palais à Paris, à l’appel de la Confédération paysanne, afin de dénoncer les mauvaises conditions de travail des agriculteurs.
[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]