Climat: l'idée d'une contribution pollueur-payeur refait surface

Face aux parcours semé d’embûches du Fonds vert pour le climat, des chercheurs du World Ressources Institute formulent une série de propositions. A commencer par l’indexation du montant des contributions aux émissions de CO2 passées et présentes de chacun.      

EURACTIV.fr

Face aux parcours semé d’embûches du Fonds vert pour le climat, des chercheurs du World Ressources Institute formulent une série de propositions. À commencer par l’indexation du montant des contributions aux émissions de CO2 passées et présentes de chacun.

C’est un concept simple, mais efficace : celui du pollueur-payeur. Malgré la panoplie de fonds, institutions, banques internationales désormais impliquées dans le financement de la lutte contre le changement climatique, l’idée n’a jamais été appliquée à la problématique du changement climatique. Deux chercheurs proposent que cela change, en commençant par le Fonds vert pour le climat, une structure en mal de financement.

En raison du désengagement américain, le Fonds vert qui concrétise l’engagement des pays du Nord à financer l’adaptation et la lutte contre le changement climatique dans les pays du Sud est sous-financé : les États-Unis n’ont réglé qu’1 milliard de dollars sur les 3 milliards qu’ils avaient promis.

Il affronte aussi des problèmes de gouvernance majeurs, alors que la composition paritaire Nord/Sud  de son conseil d’administration tend à mener à des débats sans fin.

Des problèmes qui pourraient être résolus si le fonds bénéficiait de visibilité sur ses ressources, ce qui apaiserait les tensions en son sein. Pour cela, les chercheurs proposent une équation intégrant le niveau de PIB et les émissions de CO2 cumulées et par tête.

« Ce critère n’est pas encore usité. Mais il présente l’avantage d’apporter de la transparence et de l’objectivité : les montants abondés au fonds le seraient sur la base de données objectives » ,explique Jacob Waslander, auteur du rapport et fin connaisseur du Fonds vert, puisqu’il a été à son conseil d’administration.

Le spécialiste propose d’appuyer les calculs sur les émissions de CO2 cumulées entre 1850 et 1990, mais aussi les émissions des six dernières années, rapportées au PIB.

Une addition plus salée pour l’Amérique du Nord et l’Australie

Selon cette hypothèse, les contributions passées de certains pays au Fonds vert semblent faibles : le Canada a contribué à hauteur de 277 millions lors du premier appel de fonds, et devrait compenser en donnant 824 millions. Quand aux États-Unis, qui s’étaient engagés sur 3 milliards de dollars sur un total de 10,3, ils devraient monter à 4,6 milliards. L’Australie devrait de son côté régler 400 millions supplémentaires.

À l’inverse, l’Allemagne, la France, le Japon, la Suède, la Suisse, le Japon ou le Royaume-Uni ont relativement trop contribué par rapport à leurs émissions passées : ils sont qualifiés de « Leaders du climat » en raison de leur position moteur dans la discussion.

Une autre hypothèse pourrait être de faire contribuer les membres du G20, ce qui inclurait la Chine, la Russie et l’Arabie Saoudite par exemple, qui ne sont pas aujourd’hui contributeurs.

Une gouvernance problématique

Sur les questions de gouvernance, qui bloquent le fonctionnement du fonds, le WRI suggère de conserver la parité Nord/Sud qui fait l’originalité de ce fonds, qui est « terriblement importante pour les pays en voie de développement, et qui fait partie de la dynamique des négociations climatiques » assure Jacob Waslander.

« Le point de vue du Tchad et du Mali ont tout autant de valeur sur la question climatique que celui de pays du Nord », estime le spécialiste.

En l’absence de consensus, il préconise néanmoins un système de vote dans lequel une majorité minimale au sein de chaque groupe, nord et sud, serait requise pour adopter des décisions.