Commission européenne : derniers marchandages autour de l'audition de Raffaele Fitto
Ce mardi 12 novembre se tient à Bruxelles la dernière journée d’auditions des commissaires désignés devant le Parlement européen, sans doute la plus importante, puisque qu'elle concerne les six candidats aux vice-présidences exécutives de la Commission, et alors que les groupes du Parlement s'activent en coulisses pour abattre leurs dernières cartes.
Ce mardi 12 novembre se tient à Bruxelles la dernière journée d’auditions des commissaires désignés devant le Parlement européen, sans doute la plus importante, puisque qu’elle concerne les six candidats aux vice-présidences exécutives de la Commission, et que les groupes du Parlement s’activent en coulisses pour abattre leurs dernières cartes.
Le report du vote des coordinateurs de groupe du Parlement sur le candidat hongrois au portefeuille de la Santé et du Bien-être animal, Olivér Várhelyi (Patriotes pour l’Europe), du lundi 11 novembre au mercredi 13 novembre, semble avoir eu des répercussions sur le sort des candidats aux vice-présidences exécutives, dont le vote de confirmation pourrait être repoussé à mercredi, d’après nos informations.
Selon des sources parlementaires, les réunions des coordinateurs concernant l’Italien Raffaele Fitto (Fratelli d’Italia/Conservateurs et Réformistes européens, CRE) et l’Espagnole Teresa Ribera (Socialistes et Démocrates du Parlement européen, S&D), ainsi que potentiellement le Français Stéphane Séjourné (Renew Europe), pourraient être reportées après l’évaluation du candidat hongrois — une sorte de « prise d’otage » politique.
Le 6 novembre dernier, la candidate belge Hadja Lahbib (Renew) avait été la cible d’une manœuvre similaire, lorsque le Parti populaire européen (PPE) avait gelé son approbation pour garantir la confirmation de sa protégée Jessika Roswall. La situation a finalement été résolue par un accord entre les trois mouvements qui forment la majorité au Parlement européen.
Les blocages de cette dernière journée d’auditions pourraient mettre les socialistes européens au centre du jeu. Ces derniers craignent que des critiques trop fortes contre Raffaele Fitto n’entraînent des réactions négatives à l’égard de Teresa Ribera, la dernière candidate à être auditionnée.
Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D, s’est ainsi opposée lundi à une « évaluation [commune] des commissaires désignés » Raffaele Fitto et Teresa Ribera, qu’elle juge « inacceptable ».
« Il y a eu un accord entre le PPE et les socialistes — […] et [ce pacte] doit être respecté », a-t-elle déclaré.
Raffaele Fitto en ligne de mire
Selon des sources au sein des S&D, la décision d’Ursula von der Leyen d’accorder au commissaire désigné italien un rôle de vice-président est en train « d’aliéner les groupes démocratiques qui l’ont élue en premier lieu », et crée une frustration au sein des S&D et des députés du centre gauche, frustrés qu’un poste aussi important aille à un parti qui n’avait pas soutenu la présidente de la Commission en juillet.
Les qualifications et le CV de Raffaele Fitto ne sont pas remis en question — et de nombreuses sources de centre gauche reconnaissent son orientation politique « modérée » — mais, selon eux, le problème réside dans « l’acte politique » même d’Ursula von der Leyen.
Les discussions au sein du groupe tournent donc autour de la possible rétrogradation du rôle de l’Italien de vice-président à commissaire. Les sociaux-démocrates souhaitent aussi des garanties quant à la confirmation de leur candidate espagnole.
« Pour nous, c’est clair : pas de vice-présidence à l’extrême-droite italienne », a affirmé le chef de la délégation française S&D Raphaël Glucksmann le 4 novembre.
« Ensemble, ils résisteront, ensemble, ils tomberont », a réagi Fulvio Martusciello, chef de la délégation italienne du PPE, en réponse à Raphaël Glucksmann dans un communiqué de presse publié peu de temps après.
« Raphaël Glucksmann et son équipe continuent de menacer Raffaele Fitto avec une arme vide, oubliant que l’audition de Teresa Ribera est prévue après celle de Raffaelle Fitto », continue Fulvio Martusciello.
De son côté, Renew devrait adopter une approche plus « pragmatique » concernant le commissaire désigné italien, tout en adoptant une position plus dure à l’égard du candidat hongrois, en soutenant éventuellement l’appel visant à le priver de certaines priorités clés de son portefeuille, selon des sources parlementaires.
Raffaele Fitto a une longue carrière politique, tant au niveau national qu’au niveau européen — il a obtenu son premier mandat d’eurodéputé en 1999 avec le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia (PPE). Après un second passage au Parlement en 2014, il s’est séparé de Forza Italia en 2015 et a rejoint en 2019 Fratelli d’Italia de la Première ministre italienne Giorgia Meloni.
En 2022, l’Italien a quitté son siège d’eurodéputé à Bruxelles pour revenir sur la scène politique nationale en tant que ministre des Affaires européennes, de la Cohésion et du Plan de relance — un rôle qui lui a valu de vives critiques en début d’année, lorsqu’il a été accusé, aux côtés de Giorgia Meloni, d’avoir utilisé la révision nationale des fonds de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR) de l’Union européenne (UE) pour réduire la capacité des collectivités locales à dépenser l’argent de Bruxelles.
Dans ses réponses écrites aux eurodéputés le mois dernier, l’homme politique italien avait soigneusement éludé les références au parti de Giorgia Meloni, soulignant plutôt ses racines centristes et ses liens avec Democrazia Cristiana — un mouvement centriste disparu en 1994, mais dont Raffele Fitto dit partager la « vocation européenne ».
D’une manière générale, le commissaire désigné italien devra répondre aux questions de la commission du Développement régional (REGI) concernant sa position sur l’introduction de conditionnalités pour la distribution des fonds de cohésion, le second programme le plus important du budget de l’UE.
Cette discussion s’inscrit dans le cadre d’un débat plus large sur la réforme du budget commun de l’Union, qui propose que les allocations de fonds de l’UE soient liées à la réalisation par les gouvernements nationaux d’objectifs spécifiques en matière de réformes structurelles.
Dans ses réponses écrites, l’Italien a exprimé son soutien à l’idée de lier les fonds de cohésion à des « jalons » de réforme, à l’instar du modèle utilisé dans le cadre de la FRR.
Pour passer le vote de confirmation à huis clos de la commission REGI, Raffaele Fitto aura besoin d’une majorité des deux tiers des coordinateurs.
Sofia Sanchez Manzanaro et Alessia Peretti ont contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Laurent Geslin]