Les « effets dominos » du Brexit se font toujours sentir sur la pêche française

Depuis quelques années, il n’est pas rare de croiser des pêcheurs bretons dans le golfe de Gascogne, alors  qu’une centaine de bateaux français ont été démantelés depuis le Brexit. Cette concurrence inquiète les professionnels de Vendée.

Euractiv France
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Quatre ans après la signature du Brexit, les pêcheurs français subissent toujours les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, et parfois bien loin des côtes anglaises. [Shutterstock/jef77]

Depuis quelques années, il n’est pas rare de croiser des pêcheurs bretons dans le golfe de Gascogne, alors même qu’une petite centaine de bateaux français ont été démantelés depuis le Brexit. Cette concurrence inquiète les professionnels de Vendée, et les débarquements de poissons sont en diminution.

Quatre ans après la signature du Brexit, les pêcheurs français subissent toujours les conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, et parfois bien loin des côtes anglaises. C’est le cas des pêcheurs de Saint-Gilles-Croix-de-vie, en Vendée, qui observent l’arrivée de navires bretons dans leurs zones de pêche.

C’est l’effet « domino » du Brexit, insiste un pêcheur à la retraite qui connait bien le phénomène. « On voit les bateaux bretons lors du passage des soles, en début d’année », poursuit-il.

Lors des négociations du Brexit, 1054 licences ont été attribuées aux pêcheurs français pour continuer à travailler dans les eaux britanniques. Pour les autres, le gouvernement a proposé en 2022, après la validation de la Commission européenne, un « plan d’accompagnement individuel » (PAI) pour mettre fin à leurs activités.

Ainsi, 90 navires ont été démantelés en France.

Un effondrement de la production

Parmi les bateaux envoyés à la casse, 40 viennent de Bretagne, 18 de Normandie, six des Haut-de-France, mais aussi 12 de Nouvelle-Aquitaine et sept des Pays de la Loire. Ces derniers n’ont pourtant jamais trainé le moindre chalut dans les eaux britanniques.

« Au départ, un plan de sortie de flotte (PSF) était prévu pour les navires qui ne pouvaient plus accéder à la ressource [dans les eaux britanniques], mais il s’est transformé en plan d’aide individuel (PAI), basé sur les stocks de poissons », explique à Euractiv José Juneau président des Organisations de producteurs (OP) de Vendée.

L’une des conditions pour toucher ce plan d’aide était de réaliser au moins 20 % de ses prises dans les eaux britanniques ou 20 % de certains stocks de poissons.

Les bateaux pêchant le merlu dans le golfe de Gascogne par exemple — un poisson dont les stocks sont partagés entre l’UE et le Royaume-Uni — ont ainsi pu obtenir des aides au démantèlement.

Pour le président des OP de Vendée, ce « bidouillage » provoque aujourd’hui un effondrement de la production française. Une étude d’impact de la région Bretagne, estime la baisse des débarquements à 8 %. Les conséquences restent plus marginales dans les autres régions, mais elles sont se font ressentir de façon indirecte.

Au-delà de la pêche, la baisse générale des débarquements accentue les problèmes d’approvisionnement en aval de la filière, pour les transformateurs de produits de la mer notamment. Des études sont en cours pour quantifier plus précisément « l’effet domino » du Brexit sur l’ensemble du secteur.

Un nouvel accord en 2026 avec les Britanniques

Certains navires ont donc pu conserver leurs licences pour pêcher dans les eaux britanniques, d’autres ont été démantelés, et d’autres encore ont dû « fatalement » se déporter vers le golfe de Gascogne, précise le président de l’OP Vendée.

À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, les pêcheurs se plaignent de cette cohabitation avec les bateaux bretons. Contacté par Euractiv, le représentant local des pêcheurs ne nie pas le phénomène, sans toutefois pouvoir le quantifier.

« Il est très difficile d’avoir une idée précise, car certains ports d’attache ne correspondent pas aux ports de gestion », admet de son côté José Juneau rappelant qu’il n’y a par ailleurs rien d’illégal. L’attribution des quotas donne en effet le droit de pêche à l’ensemble des eaux européennes pour les pêcheurs des pays membres.

Si le Brexit a « accentué » les problèmes de cohabitation dans les eaux françaises, José Juneau s’empresse de souligner que ces derniers ne font que s’ajouter aux crises qui touchent déjà le secteur — interdiction de la pêche au chalut dans le golfe de Gascogne, parcs éoliens en cours d’installation, restrictions de pêches dans les aires marines britanniques protégées.

Les impacts du Brexit devraient continuer d’être importants dans les années à venir, au dire des spécialistes. Les quotas français dans les eaux britanniques devront déjà baisser de 25 % d’ici à 2026, avant la signature d’un nouvel accord. Se dirige-t-on vers un resserrement des autorisations ?

« Le gros souci c’est qu’il n’y a rien de prévu pour 2026, aucune négociation. Cette superbe impréparation pourrait affaiblir la filière européenne de manière dramatique », ajoute le patron des pêcheurs vendéens, qui craint de nouvelles tensions dans le golfe de Gascogne, l’une des zones de pêche les plus fréquentées au monde.

« Il y a 30 ans, la flotte européenne disposait de trois fois plus de bateaux, et le golfe de Gascogne était bien plus peuplé. Il y avait pourtant moins de problèmes de cohabitation. La mer est un espace ouvert, il faut retrouver notre bon sens maritime », prévient-il.