COP15 : pression sur l'UE et la France pour maintenir les ambitions en matière de biodiversité
Les eurodéputés et la société civile demandent à l’UE de soutenir un accord ambitieux sur la protection de la nature lors de la COP15, car ils craignent que l’Union ne défende pas un texte suffisamment solide et que la France fasse obstruction.
Les eurodéputés et la société civile demandent à l’UE de soutenir un accord ambitieux sur la protection de la nature lors de la conférence internationale sur la biodiversité COP15, car ils craignent que l’Union ne défende pas un texte suffisamment solide et que la France fasse obstruction.
Les gouvernements internationaux se réunissent à Montréal, au Canada, du 7 au 19 décembre, afin de trouver un accord sur un cadre mondial pour la biodiversité, qui pourrait devenir l’équivalent de l’accord de Paris pour la protection de la nature.
Beaucoup attendent de l’Europe qu’elle fasse preuve d’ambition, mais certains craignent que la Commission européenne ne soutienne pas les objectifs du texte et que la France bloque activement le processus.
10 élus au front
Mardi (13 décembre), un groupe de 10 eurodéputés, issus des Verts, de Renew Europe, des S&D et de la Gauche, a appelé le commissaire à l’Environnement Virginijus Sinkevičius à « faire preuve d’un véritable leadership et à défendre le texte le plus solide possible ».
« Malgré l’intention déclarée de défendre l’adoption d’un Cadre mondial pour la biodiversité ambitieux et transformateur, nous comprenons que l’UE ne soutient pas activement les efforts visant à garantir des références à la qualité des zones protégées dans le texte de négociation », ont-ils écrit dans une lettre, vue par EURACTIV.
Pendant ce temps, à son arrivée à Montréal mercredi, M. Sinkevičius a tweeté qu’il voulait obtenir un accord ambitieux pour la nature.
« Nous sommes prêts à écouter et à négocier avec tous les pays et les dirigeants afin d’aboutir à un accord ambitieux pour la nature. Dans les jours à venir, nous mettrons tout en œuvre pour y parvenir », a-t-il écrit.
Cependant, l’UE a été accusée de ne pas défendre un discours ambitieux lors des négociations. Par exemple, dans le projet de texte relatif à l’objectif « 30×30 », qui vise à protéger 30 % des terres et 30 % des mers d’ici à 2030, elle n’aurait pas défendu le passage selon lequel les zones concernées doivent être « fortement et entièrement » protégées.
Elle n’aurait pas non plus défendu le passage qui « interdirait les activités nuisibles à l’environnement » dans ces zones, ce qui laisse craindre que certaines activités extractives y soient autorisées.
Pour l’instant, la Commission européenne n’a pas encore répondu aux questions d’EURACTIV sur le sujet.
Dans leur lettre, les eurodéputés demandent à l’UE de veiller à ce que les activités industrielles nuisibles à l’environnement soient interdites dans les zones de l’objectif 30×30.
« 30×30 n’est pas seulement un symbole. C’est un plan de développement durable qui doit être suivi d’un abandon progressif des activités nuisibles et d’un investissement dans des solutions naturelles », a déclaré à EURACTIV Martin Hojsík, signataire de la lettre et député de Renew Europe.
Par ailleurs, les eurodéputés ont également demandé à la Commission européenne de veiller à ce que les droits des populations autochtones soient protégés et qu’elles puissent continuer à gérer leurs terres. Cette demande fait suite aux inquiétudes suscitées par le fait que l’inclusion de ces terres dans l’accord sans protection adéquate risque d’entraîner l’expulsion des populations autochtones.
« L’accaparement des terres et l’expulsion des peuples autochtones et des communautés locales de leurs terres ancestrales ne doivent pas être encouragés par un accord mondial », a déclaré à EURACTIV Jutta Paulus, l’une des signataires.
Le financement de la protection
Les négociations progressent lentement et de nombreux éléments doivent encore être convenus, notamment les objectifs de restauration et la mise en œuvre, pour garantir que l’accord devienne une réalité, a indiqué M. Lambrechts jeudi (15 décembre).
L’une des principales entraves est le financement, qui doit permettre de combler le déficit de 700 milliards de dollars en matière de biodiversité. Au début de la COP15, le Canada s’est engagé à verser 257 millions de dollars américains. Le Royaume-Uni a maintenant annoncé qu’il donnerait près de 30 millions de livres sterling et l’UE avait déclaré il y a quelques mois qu’elle doublerait le financement mondial de la biodiversité pour le porter à 7 milliards d’euros entre 2021 et 2027.
La demande d’une mobilisation des ressources plus sérieuse est logique étant donné qu’il n’existe pas de fonds spécifique de l’ONU pour la biodiversité, alors que l’action climatique en compte plusieurs, selon Ville Niinistö, vice-président de la délégation du Parlement européen à la COP15.
L’UE a également une « grande responsabilité » à cet égard en raison de son impact sur la perte de biodiversité mondiale, a-t-il déclaré à EURACTIV.
La France accusée de bloquer les discussions
Jeudi, le directeur de campagne d’Avaaz, Oscar Sario, a tweeté au sujet d’une lettre du président français à la Commission européenne, où Emmanuel Macron affirme que la création d’un nouveau fonds pour la biodiversité est une « ligne rouge » à ne pas dépasser.
Il a ensuite accusé la présidence française de « bloquer les compromis, et d’empêcher à lui seul l’Union européenne de construire des ponts avec les pays en développement ».
Cependant, une source à l’Élysée assure que cette lettre n’existe pas. Mais pour l’heure, la France n’a toujours pas démenti officiellement son existence.
Elle a tout du moins assuré qu’elle défendait clairement la solidarité avec les pays en développement. Qu’elle souhaite, pour cela, doubler les fonds mondiaux.
Ce n’est donc pas tant le montant des fonds que leur multiplication qui agace la France. « Il existe déjà de nombreux fonds, alors quel est l’intérêt de créer de nouveaux fonds ? », déclare l’Élysée, craignant que les réflexions sur la forme ne fassent que disperser le temps et les moyens mis à disposition des objectifs de financement.
Entre-temps, M. Sinkevičius a exclu la création d’un nouveau fonds dans le cadre de l’accord.
En revanche, si cette lettre existe vraiment, la situation est très préoccupante, selon M. Niinistö.
« Afin d’éviter que cette COP ne se transforme en échec, l’UE doit être prête à travailler à des solutions constructives, reconnaître la nécessité d’une mobilisation immédiate des ressources et ne pas faire marche arrière dans les négociations en ce moment crucial pour la protection de la nature », a-t-il déclaré à EURACTIV.
EURACTIV a sollicité un commentaire supplémentaire du gouvernement français concernant les affirmations d’Avaaz, mais n’a pas reçu de réponse. La Commission européenne n’a pas non plus répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.
[Cet article a été rédigé avec la collaboration et édité par Paul Messad].