COP27 : un accord en demi-teinte décevant pour l'Europe
La communauté internationale est parvenue dimanche (20 novembre), après 37 heures de prolongations, à parachever un accord comptant pour la COP27. Son accueil est plus que mitigé, même si des avancées, comme sur le financement des « pertes et dommages » des pays vulnérables, sont à signaler.
La communauté internationale est parvenue dimanche (20 novembre), après 37 heures de prolongations, à parachever l’accord final de la COP27. Son accueil est plus que mitigé, même si des avancées, comme sur le financement des « pertes et dommages » des pays vulnérables, sont à signaler.
Ce devait être la COP de la « mise en œuvre », promettait la présidence égyptienne de la COP27.
Mais, après deux semaines de négociations à Charm el-Cheikh, ce sont des observateurs déçus qui s’expriment sur un accord ne comportant aucune mention ni de la baisse du recours aux énergies fossiles, ni du rehaussement des ambitions climatiques.
« La COP27 marque un petit pas en avant, mais bien plus est nécessaire pour la planète. Nous avons traité certains des symptômes, mais nous n’avons pas guéri le patient de sa fièvre », regrette la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
L’un des « symptômes » à traiter, à savoir le financement des « pertes et dommages » des pays « vulnérables », n’était d’ailleurs pas à l’ordre du jour de la COP avant son début. Les États se sont finalement mis d’accord sur la reconnaissance de ce besoin.
« Je salue la décision de créer un fonds pour les pertes et dommages et de le rendre opérationnel dans la période à venir », a ainsi déclaré en vidéo le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.
Accord de principe sur les « pertes et dommages »
Les autorités européennes se félicitent d’avoir été à l’avant-garde des négociations sur ce mécanisme, alors qu’elles ont pourtant empêché son émergence lors de la dernière COP à Glasgow en 2021. Quelques heures à peine avant la fin des négociations, elles se montraient encore réticentes.
Pour se dédouaner, l’UE rappelait le 4 novembre dernier qu’elle était déjà, avec ses États membres, l’un des plus grands contributeurs au financement public international du climat.
Son de cloche similaire côté américain : « nous nous concentrons sur l’utilisation des outils dont nous disposons », déclarait Monica Medina, secrétaire adjointe américaine chargée des océans et des affaires environnementales et scientifiques internationales.
Finalement, les autorités européennes se sont accommodées d’un fonds et d’une « mosaïque » de solutions auxquelles participeront les pays riches, y compris les États-Unis et la Chine.
En signe de bonne foi, une quarantaine de pays se sont déjà engagés à mobilier plus de 350 millions de dollars, dont 170 millions rien que pour l’Allemagne.
Mais l’accord actuel « ne suffira pas » assume M. Guterres. La manière dont ce mécanisme sera financé n’a pas été actée, ni sa pérennité après 2025.
Qui plus est, les observateurs font remarquer que l’accord ne définit même pas le caractère « vulnérable » d’un pays, pourtant nécessaire pour recevoir de l’argent issu du fonds.
« Rétablir la confiance »
Malgré tout, « nous sommes en train de rétablir la confiance », déclare ainsi Mme von der Leyen, se souciant de la perte de crédibilité de l’UE dans les négociations mondiales, à l’heure où la guerre en Ukraine rappelle la nécessité d’un front uni contre l’agression russe.
D’autant que l’UE et les Occidentaux ne sont pas en position de force, coupables de ne pas avoir respecté leur promesse de 2009 lors de la COP15 à Copenhague de porter à 100 milliards de dollars par an le financement à destination des pays en développement pour leur adaptation au dérèglement climatique à partir de 2020.
Promesse à laquelle la France, par la voix de sa ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, a annoncé qu’elle contribuerait à hauteur de 6 milliards.
Dans le même sens, l’UE et les États africains se sont accordés sur un financement de 1 milliard d’euros par an de la part des premiers pour aider les seconds à s’adapter au changement climatique.
Une partie de cet argent sera fléchée vers les pertes et préjudices déjà subis par le continent, a rappelé Frans Timmermans, commissaire européen à l’Action pour le climat.
Maintien de l’objectif de 1,5 °C
Les parties à la COP ont réussi à maintenir l’objectif général de ne pas dépasser un réchauffement climatique de 1,5 °C avant la fin du siècle.
Avec son inscription noir sur blanc dans le texte final de la COP, « l’essentiel est préservé » déclare Mme Pannier-Runacher. En effet, un certain nombre d’États étaient prêts à revoir l’ambition à la hausse, à 2 °C par exemple – Arabie saoudite et Chine en tête.
Ces États ont toutefois obtenu qu’il ne soit pas fait référence, dans l’accord final, aux émissions de carbone.
« C’est un problème que cette COP n’a [même] pas abordé » déclare M. Guterres. Rien d’étonnant selon les associations écologistes qui ont recensé un nombre record de lobbyistes du secteur des énergies fossiles à cette COP.
Selon les comptages, ils seraient même plus nombreux encore que n’importe quelle délégation nationale, quand ils n’en font pas directement partie.
L’eurodéputée écologiste Marie Toussaint ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour rappeler sur Twitter qu’un certain nombre de ces lobbyistes étaient européens et représentaient des intérêts européens.
La #COP27 se termine en queue de poisson.
Les pays développés regrettent que les producteurs d'énergies fossiles ne s'engagent pas pour le #climat, tout en encourageant leurs entreprises et banques continuer à y investir, notamment dans le #gaz
— Marie Toussaint 🌍🌏 (@marietouss1) November 20, 2022
Des fins de négociations bousculées
Enfin, la COP27 n’a pas réussi à rehausser l’ambition des programmes nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Frans Timmermans s’en désolait lors de la dernière réunion plénière : « beaucoup de parties prenantes, beaucoup trop, ne sont pas prêtes à faire plus d’efforts aujourd’hui dans la lutte contre la crise climatique », rappelant que « le coût de l’inaction est bien plus élevé que le coût de l’action ».
Selon Mme Pannier-Runacher, l’organisation des débats serait l’une des raisons qui font que l’ambition climatique de l’accord n’est « pas au rendez-vous » alors que « le moment justifiait ce niveau d’ambition ».
La ministre fustige en effet un manque de transparence, ainsi qu’un temps réduit pour négocier.
« La présidence [égyptienne] a mis sur la table les premiers textes de compromis très tard dans la négociation », fustige-t-elle, ce qui n’aurait « peut-être » pas laissé « tous le temps nécessaire pour mener à bien cette négociation ».
En somme, cette COP27 « fait la démonstration que les COP sont à la fois indispensable en permettant aux pays les plus vulnérables d’obtenir ce qu’ils n’auraient jamais eu sans elles et structurellement désarmées pour obliger les Etats à engager une sortie rapide des énergies fossiles », constate sur Twitter l’économiste engagé dans les mouvements altermondialistes, Maxime Combes.
Prochaine étape : la communauté internationale se retrouvera à Montréal à partir du 7 décembre pour la COP15 Biodiversité.
L’évènement devrait pâtir des négociations décevantes de la COP27, mais aussi des « tensions » qui pèsent sur le modèle même du multilatéralisme.
Mathilde Bord-Laurens, responsable Climat et Nature à l’Agence française du développement (AFD), répondait pourtant à EURACTIV France début octobre que la géopolitique ne devait pas éclipser la question du vivant, en vue de la « dépendance de l’économie envers la biodiversité ».