COP29 : l’UE satisfaite du volet financier, mais déçue concernant l’action climatique

À l’issue de la COP29 à Bakou dimanche 24 novembre, l’UE s’est félicitée de l’accord concernant le triplement du financement annuel de la lutte contre le changement climatique pour les pays en développement, mais a déploré l’absence d’accord sur des mesures concrètes en faveur du climat.

EURACTIV.com
UN Climate Change Conference COP29
« La COP29 restera dans les mémoires comme le début d’une nouvelle ère pour le financement de la lutte contre le changement climatique », a déclaré le commissaire au Climat Wopke Hoekstra lors de la clôture du sommet. [EPA-EFE/IGOR KOVALENKO]

À l’issue de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan, dimanche 24 novembre, l’Union européenne (UE) s’est félicitée de l’accord concernant le triplement du financement annuel de la lutte contre le changement climatique pour les pays en développement, mais a déploré l’absence d’accord sur des mesures concrètes en faveur du climat.

Lorsque la 29e conférence mondiale sur le climat (COP29) s’est achevée dimanche à 3 heures du matin (heure locale), elle avait déjà dépassé de plus de 30 heures la date de fin prévue. Après avoir craint dans un premier temps un échec des discussions, un accord a finalement été trouvé sur le montant minimal du financement mondial pour la lutte contre le changement climatique d’ici 2035 : 300 milliards de dollars (287 milliards d’euros) par an pour soutenir la transition énergétique et l’adaptation au changement climatique des pays en développement. Un objectif trois fois supérieur à celui de 100 milliards précédemment fixé.

L’accord conclu à la COP29 fait aussi mention d’un objectif global de financements climat, toutes sources confondues, de 1.300 milliards de dollars, rapporte l’AFP.

« La COP29 restera dans les mémoires comme le début d’une nouvelle ère pour le financement de la lutte contre le changement climatique », a déclaré le commissaire au Climat Wopke Hoekstra lors de la clôture du sommet.

Contribution des pays émergents

Lors de la COP15 de Copenhague en 2009, les pays développés s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 aux pays plus pauvres pour les aider à lutter contre le changement climatique. Ce montant avait été déterminé en s’appuyant sur un classement établi en 1993, qui considérait des pays comme la Chine ou les États du Golfe comme éligibles à recevoir des financements climatiques.

À l’approche de la COP29, l’UE s’est efforcée d’inciter ces pays émergents, qui ne contribuent pas au financement de l’action climatique au niveau mondial, à commencer à contribuer.

La Chine, premier pollueur au monde, refuse par exemple d’être soumise aux mêmes exigences que les pays développés en matière de contribution en raison de leur responsabilité historique.

Dans l’accord final, Pékin et d’autres sont donc « encouragés » à apporter des « contributions volontaires », notamment « par le biais de la coopération Sud-Sud ». Un compromis que les groupes de pression et les pays en développement jugent insuffisant.

L’objectif de 300 milliards par an est lui aussi jugé insuffisant par certains.

Cet objectif est loin des 1 300 milliards de dollars évoqués en amont de la COP par les experts et demandés par les pays en développement.

« L’objectif laisse encore un grand vide à combler », estime Rob Moore, directeur associé du think tank sur les énergies propres E3G. Pour l’ONG Climate Action Network Europe, il s’agit d’un « vide dangereux ».

Lors de l’assemblée de clôture de la COP, un représentant nigérian a qualifié les 300 milliards de dollars d’ici 2035 de « plaisanterie ».

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a pour sa part affirmé qu’il s’agissait d’une « approche qui ne promet pas des fonds importants, mais qui est réellement efficace pour les personnes les plus vulnérables » au changement climatique.

L’UE a « appris de ses erreurs passées », a-t-elle ajouté, et elle doit « assumer ses responsabilités, mais sans faire de promesses qu’elle ne peut pas tenir ».

En effet, l’objectif de la COP15 — 100 milliards par an d’ici 2020 — n’avait été atteint que deux ans après la date fixée, à savoir en 2022. Ce retard avait compliqué les négociations au Royaume-Uni lors de la COP26 en 2021.

« Nous pensons que cet objectif est ambitieux, nécessaire, réaliste et réalisable. Et nous sommes convaincus qu’il s’agira d’une histoire de résultats », a noté Wopke Hoekstra.

Côté français, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a jugé l’accord « décevant » et « pas à la hauteur des enjeux » actuels.

L’accord contient une clause de révision, pour 2030, visant à augmenter le chiffre de 300 milliards sur la base des rapports commandés pour 2026 et 2027 — qui sera connu sous le nom de dialogue « de Bakou à Belém », ville brésilienne où la COP30 se tiendra en 2025.

Pas d’avancées sur l’action climatique

Si l’accord sur le financement de la lutte contre le changement climatique s’est avéré controversé, l’accord sur la reformulation des mesures d’action climatique convenues l’année dernière lors de la COP28 — à savoir tripler les énergies renouvelables et doubler les améliorations en matière d’efficacité énergétique jusqu’en 2030 — a quant à lui été abandonné en dernière minute, peu avant la clôture de la COP29.

Le texte reste donc inchangé par rapport à l’année dernière, sans suivi concret. Cela signifie que l’engagement, dont l’UE était le fer de lance, « est sous assistance respiratoire », a analysé Natalie Jones, du groupe d’observateurs IISD.

« C’est moins que ce que nous aurions souhaité, mais c’est mieux que ce que nous craignions. Nous sommes tous mécontents d’avoir perdu une année. [Mais] nous sommes heureux de ne pas perdre ce combat. Et ce n’est pas fini », a pour sa part affirmé Wopke Hoekstra.

La ministre autrichienne du Climat, Leonore Gewessler, a souligné que le résultat ne signifiait aucun progrès, mais également aucune régression. « Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce qui était possible cette année », a-t-elle conclu.

Enfin un accord sur les marchés mondiaux du carbone

Une autre priorité de l’UE était de parvenir à un accord sur des normes communes pour la réduction des émissions de carbone et de permettre aux nations les plus riches de compenser leurs insuffisances en matière d’action climatique en achetant des crédits issus d’actions climatiques ambitieuses menées par d’autres pays, conformément à l’article 6 de l’Accord de Paris.

« Nous avons assisté à la conclusion historique du recueil de règles pour les marchés du carbone. Nous disposons désormais de normes approuvées par les Nations unies », a insisté Wopke Hoekstra. L’UE a longtemps défendu l’échange de droits d’émission de CO2, soulignant le succès de son système mis en place au niveau communautaire, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), qui a permis de réduire les émissions du bloc 15,5 % en 2023.

Cependant, tous les observateurs ne sont pas aussi optimistes.

« Malgré les efforts des activistes et de certains négociateurs climatiques, l’accord conclu sur les marchés du carbone […] lors de la COP29 risque de faciliter les marchés du carbone “cow-boys” [incontrôlées, NDLR] », a estimé l’Organisation non gouvernementale (ONG) Carbon Market Watch.

En raison du manque de transparence et de responsabilité, « il semble que les pays étaient plus enclins à adopter des règles insuffisantes et à en gérer les conséquences plus tard, plutôt que d’empêcher ces conséquences dès le départ », a expliqué le groupe.

Au lieu de prévoir des sanctions pour les pays fournissant de faux certificats de CO2, le texte prévoit seulement un mécanisme pour résoudre les « incohérences », sans date limite spécifique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]