Covid-19 : en Afrique, les campagnes de communication sur le vaccin portent leurs fruits

En Afrique, si le taux de vaccination contre le Covid-19 est loin derrière celui de l’UE ou des Etats-Unis, la sensibilisation au vaccin sur le terrain auprès des populations présente des résultats encourageants. 

Euractiv.com
This article is part of our special report "Covid-19 : résultats et défis de la vaccination en Afrique"
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En janvier 2023, 29 % de la population du continent africain présentait un schéma vaccinal complet, soit deux doses de vaccin, contre 7 % en janvier 2022. [Media Lens King/Shutterstock]

En Afrique, si le taux de vaccination contre le Covid-19 est loin derrière celui de l’UE ou des États-Unis, la sensibilisation au vaccin sur le terrain auprès des populations présente des résultats encourageants. 

En janvier 2023, 29 % de la population du continent africain présentait un schéma vaccinal complet, soit deux doses de vaccin, contre 7 % en janvier 2022, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

Même si ce chiffre reste très en dessous des recommandations de l’OMS, qui vise une couverture vaccinale de 70% de la population africaine, le taux de vaccination progresse. 

Cela est notamment dû à des campagnes de communication très actives, menées par les bureaux régionaux de l’OMS, sur le terrain auprès des populations locales. 

Ces campagnes de communication ont notamment pour but de sensibiliser à la vaccination, de lutter contre les fake news et de contrecarrer des gouvernements parfois opposés au vaccin. 

« Au début de la pandémie de Covid, presque tous les pays étaient réticents à la vaccination », a déclaré Arsene Enyegue lors d’un colloque organisé par l’OMS AFRO à Dar Es Salam en Tanzanie les 16 et 17 mai 2023. 

Ces campagnes de communication ont été rendues possibles notamment grâce au programme ECHO, un projet humanitaire de l’UE qui vient en aide à seize pays africains et à leurs populations affectées par une catastrophe naturelle ou une urgence sanitaire par exemple. Ici, la pandémie de Covid-19. 

 Au total, près de 17 millions d’euros ont été distribués aux différents pays, dont le Cameroun, le Liberia, Madagascar, le Soudan du Sud, le Mali ou encore la Tanzanie. 

Au Cameroun, une communication « agressive » a été mise en place sur le terrain, a déclaré le Dr Mohamed Kaba, lors du colloque. Cela s’est traduit par des annonces « au mégaphone », ou le déploiement de « caravanes mobiles » dans les marchés, les mosquées, les églises, ou les universités. 

Avant, « les étudiants n’arrivaient pas à trouver des informations claires sur le vaccin », a expliqué le Dr Kaba. 

Une communication active qui avait également pour but de lutter contre la propagation des fake news, fléau mondial auquel le Cameroun n’a pas échappé.

Sur place, les équipes sanitaires ont fait appel à des chanteurs et des comédiens, mais aussi des community manager pour modérer et traquer les fausses informations sur le vaccin contre le Covid. 

Depuis, la vaccination dans le pays a plus que doublé, passant de 5 à 12%. 

70% de la population vaccinée au Liberia

Au Liberia, le manque de volonté politique a d’abord été un obstacle au début de la campagne de vaccination. « Le gouvernement était timide au début. Il a fallu une série de plaidoyers de haut niveau en faveur de la vaccination », a déclaré le Dr Sule Abdullahi. 

Mais aujourd’hui, le pays affiche l’un des taux de vaccination les plus élevés d’Afrique : plus de 70 % de la population bénéficie d’une couverture vaccinale complète. 

Selon l’OMS, seules l’île Maurice et les Seychelles présentent des chiffres similaires.

À titre de comparaison, les Pays-Bas, la Lituanie et l’Estonie affichent respectivement des taux de vaccination complets de 68,1%, 68,4% et 65%, selon les dernières données publiées par EuroVaccination. 

Pour atteindre cet objectif, le Liberia a mis en place une stratégie couvrant plusieurs fronts, à commencer par des campagnes de communication et de sensibilisation à la vaccination auprès de la population. 

Les équipes sanitaires ont été à la rencontre de figures influentes de certaines communautés, des groupes les plus vulnérables, comme les personnes âgées, les personnes avec un faible système immunitaire et les réfugiés. Entre 2020 et 2021, le Liberia a accueilli plus de 25 000 réfugiés fuyant l’instabilité politique de pays voisins. 

Au total, près de 90% des personnes à risque ont participé à une campagne de sensibilisation.

Les équipes se sont également rendues dans des écoles du primaire et du secondaire pour expliquer aux parents et aux professeurs l’utilité et l’importance de la vaccination contre le virus du Covid. 

À ce jour, le Liberia a enregistré 8 090 cas de Covid, l’un des chiffres les plus bas de la région. 

À Madagascar, le Covid n’est pas une priorité

Les fonds alloués aux pays bénéficiaires du projet ECHO ont également servi à financer la vaccination des personnels de santé et à leur offrir des formations complètes sur la vaccination et la lutte contre la pandémie. 

Ainsi, en Tanzanie, plus de 12 000 professionnels de santé ont été formés. Au Nigeria, 74,3 % des soignants ont appris à administrer des vaccins Covid-19.

Mais parfois, ni la qualité des soins dispensés par les soignants, ni les campagnes de communication ne suffisent. Dans certains pays, la vaccination n’a pas rencontré le succès escompté. 

À Madagascar par exemple, seulement 8,4% de la population est vaccinée, malgré des sessions de questions/réponses pour convaincre les populations locales de l’utilité de la vaccination. 

 Le pays est également confronté à un taux de criminalité de plus en plus élevé, ce qui peut entraîner des problèmes d’accès aux soins pour certaines communautés.

« Il faut renforcer la coordination civilo-militaire », a déclaré la docteure Patricia Martin Rasoamihanta, responsable du bureau de l’OMS à Madagascar, lors du colloque à Dar Es Salam. 

Le pays souffre aussi d’un système de santé précaire, avec des ressources humaines limitées, ce qui limite les possibilités de vaccination à grande échelle, malgré les ressources du projet ECHO.

En outre, la priorité pour les Malgaches est ailleurs. Avec un revenu moyen par habitant de 2 dollars par jour, « la population pense en priorité à sa survie », a conclu la docteure Rasoamihanta. 

[Édité par Giedrė Peseckytė/Alice Taylor]