Crise alimentaire : Ursula Von der Leyen appelle à la solidarité et à poursuivre les échanges commerciaux

Ursula von der Leyen, a appelé à la solidarité mondiale pour faire face à l’insécurité alimentaire provoquée par l’invasion russe en Ukraine. Elle a exhorté les États à continuer à commercer tout en promettant que l’Union européenne soutiendrait les pays les plus vulnérables.

Euractiv.com
European Parliament session in Strasbourg
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononce un discours sur les conclusions de la dernière réunion du Conseil européen spécial de mai 2022, au Parlement européen à Strasbourg, France, le 8 juin 2022. [[EPA-EFE]]

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à la solidarité mondiale pour faire face à l’insécurité alimentaire provoquée par l’invasion russe en Ukraine. Elle a exhorté les États à continuer à commercer tout en promettant que l’Union européenne soutiendrait les pays les plus vulnérables.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine le 24 février, la chaîne d’approvisionnement mondiale est en proie à l’incertitude, en particulier pour ce qui est du blé, des céréales et des huiles alimentaires.

Le conflit, ainsi que la combinaison redoutable des retombées de la pandémie de Covid-19 et de l’impact croissant du changement climatique, devrait plonger quelque 275 millions de personnes dans un risque élevé d’insécurité alimentaire à travers le monde.

« Et dans un monde inflationniste, ce risque et ces chiffres peuvent rapidement devenir incontrôlables », a averti Mme von der Leyen lors d’une allocution devant l’assemblée plénière européenne mercredi (8 juin), ajoutant que nous ne devrions nous faire « aucune illusion sur le défi qui nous attend ».

Selon elle, les partenaires mondiaux attendent de l’UE et des autres grandes économies qu’elles fassent preuve de la « même détermination et de la même solidarité que celles dont nous avons fait preuve envers l’Ukraine, lorsqu’il s’agit de faire face à la crise de la sécurité alimentaire ».

« Et c’est exactement ce que nous ferons par notre propre réponse et par notre travail au sein du G7 et avec d’autres partenaires », a-t-elle promis.

Pour ce faire, Mme von der Leyen a présenté un plan d’action en quatre points, le premier consistant à maintenir les marchés ouverts, sans restrictions ni contrôles à l’exportation, afin que le commerce puisse continuer.

« L’Union européenne maintient ses exportations de produits alimentaires, et tout le monde devrait en faire de même », a-t-elle expliqué.

Il s’agit également d’intensifier les travaux sur les « couloirs de solidarité », c’est-à-dire la mise en place d’itinéraires logistiques alternatifs utilisant tous les modes de transport adéquats pour garantir que les céréales bloquées en Ukraine arrivent sur le marché le plus rapidement possible.

La présidente a toutefois admis que ces mesures n’auraient qu’un impact limité sans l’accès aux ports ukrainiens de la mer Noire.

« Nous avons besoin que [ces ports] soient à nouveau opérationnels, car la majorité des céréales ukrainiennes ne peuvent être exportées à temps que par la route de la mer Noire », a-t-elle souligné.

 

Solidarité et soutien

La présidente de la Commission a également réitéré l’importance de la solidarité et du soutien aux pays les plus vulnérables.

« L’unité et le soutien sont les messages les plus forts que nous puissions envoyer face à l’agression russe et à la désinformation de la Russie », a-t-elle poursuivi, évoquant les projets de l’UE de fournir 225 millions d’euros supplémentaires à ses partenaires du voisinage méridional.

Selon un récent rapport sur les perspectives d’avenir établi par les principales organisations alimentaires mondiales, l’insécurité alimentaire aiguë devrait encore s’aggraver dans 20 pays, appelés « foyers de famine », au cours des prochains mois.

Mme von der Leyen a également insisté sur la nécessité d’investir pour rendre la production locale plus durable et plus résiliente. Cela comprend notamment une initiative visant à stimuler la capacité de production autonome de l’Afrique, qui, selon elle, sera « essentielle pour renforcer la résilience de la région ».

Entre-temps, le budget de l’UE a déjà affecté 3 milliards d’euros à des investissements dans des programmes d’agriculture et de nutrition, d’eau et d’assainissement, et étudie actuellement la possibilité de mobiliser 600 millions d’euros supplémentaires au titre du Fonds européen de développement (FED).

Les sanctions de l’UE « n’ont pas d’impact sur l’alimentation »

Mme von der Leyen a également profité de l’occasion pour souligner que la situation actuelle est le résultat de la seule action de la Russie, ajoutant que la nourriture est devenue « une partie de l’arsenal de terreur du Kremlin ».

« Soyons clairs : alors que la Russie fait de la faim une arme, les sanctions de l’UE sont minutieusement élaborées pour éviter tout impact négatif », a-t-elle déclaré, soulignant que les sanctions de l’UE « n’affectent pas le commerce des céréales, ou d’autres denrées alimentaires, entre la Russie et les pays tiers ».

Ses commentaires s’inscrivent dans le cadre d’un discours soutenu par la Russie selon lequel ce sont les sanctions occidentales qui sont responsables de la perturbation de l’approvisionnement mondial en céréales et en engrais.

Ce discours gagne déjà du terrain en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Dans le cadre des efforts déployés pour lutter contre ce phénomène, les dirigeants de l’UE ont récemment rencontré Macky Sall, président de l’Union africaine (UA) et du Sénégal, afin de convenir d’une position commune qui attribue la responsabilité des perturbations de l’approvisionnement alimentaire au président russe Vladimir Poutine.

Toutefois, M. Sall a depuis lors rencontré le président russe, après quoi il a appelé à la suspension des sanctions contre les céréales et d’autres produits essentiels.

« Tenons-nous-en donc à la vérité : cette crise alimentaire est alimentée par la guerre d’agression de M. Poutine », a insisté Mme von der Leyen, ajoutant qu’il est « de notre devoir de contrer la désinformation russe ».