Crise du gaz : l'UE dévoile son plan pour faire face à l'hiver prochain

La crise du gaz pousse la Commission européenne à proposer ce mercredi (20 juillet) d’introduire un nouvel objectif de réduction temporaire de 15% de la consommation de gaz des États membres, avec la possibilité de rendre cet objectif contraignant.

/ EURACTIV.com
On 20 July 2022, Ursula von der Leyen, President of the European Commission, Frans Timmermans, Executive Vice-President of the European Commission in charge of the European Green Deal, and Commissioner for Climate Action Policy, Thierry Breton, European
Ursula von der Leyen, Frans Timmermans, Kadri Simson et Thierry Breton annonçant le plan d’économie d’énergie « Economiser du gaz pour un hiver sûr », le 20 juillet 2022. [[Lukasz Kobus / European Commission]]

La crise du gaz pousse la Commission européenne à proposer ce mercredi (20 juillet) d’introduire un nouvel objectif de réduction temporaire de 15% de la consommation de gaz des États membres, avec la possibilité de rendre cet objectif contraignant en cas d’urgence.

«  Nous devons être proactifs. Nous devons nous préparer à une éventuelle interruption totale de l’approvisionnement en gaz russe — et c’est un scénario probable  », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Dans une communication révélée la semaine dernière par EURACTIV intitulée «  Économiser l’énergie pour un hiver sûr  » et présentée ce mercredi (20 juillet) aux États membres, l’Union européenne (UE) prévoit des mesures d’urgence pour réduire la demande en énergie.

Le plan propose un objectif volontaire de réduction de la demande de gaz de 15%, du 1er août 2022 au 31 mars 2023. L’objectif deviendrait contraignant si la situation se détériorait. D’ici à la fin du mois de septembre, les pays de l’UE devraient avoir actualisé leurs plans d’urgence nationaux avec des mesures permettant d’atteindre l’objectif.

Le niveau de remplissage des stocks de gaz en Europe se situe actuellement juste en dessous de 65%, selon la commissaire à l’Énergie, Kadri Simson. Elle a toutefois averti que les coupures de gaz russe pourraient compromettre les chances de l’UE d’atteindre son objectif de stockage de 80% d’ici novembre.

«  Si notre objectif de réduction de la demande n’est pas assez ambitieux, nous risquons de finir l’hiver avec des stocks vides, qu’il serait impossible de remplir à nouveau à temps pour la prochaine saison de chauffage  », a-t-elle déclaré, ajoutant que l’objectif de réduction de 15% «  réduira considérablement les risques pour la sécurité  ».

Plans de réduction et de limitation

Selon l’exécutif européen, «  l’énergie économisée en été est une énergie disponible pour l’hiver  ». Les mesures qu’il suggère reprennent celles de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et comprennent des mesures telles que le réglage des systèmes de climatisation à une température plus élevée en été.

Au début de la saison de chauffage, en octobre, les gouvernements nationaux devront également économiser du gaz en demandant aux ménages de baisser leur thermostat de 1°C et en imposant une réduction du chauffage des bâtiments publics, des bureaux et des immeubles à usage commercial.

En cas de grave pénurie de gaz, l’industrie sera la première touchée. En revanche, les services essentiels, tels que la production d’électricité, seront probablement privilégiés et préservés.

Les ménages et les services publics essentiels, tels que les écoles et les hôpitaux, seront les derniers à subir des coupures, car ils sont des «  consommateurs protégés  » en vertu de la législation européenne.

«  Les ménages sont des consommateurs protégés et il ne devrait y avoir aucun risque de coupure pour qui que ce soit. Le chauffage, [pour] les foyers approvisionnés en gaz, est préservé, mais tout le monde peut et doit économiser du gaz.  » a déclaré Mme Simson.

«  Nous continuerons à promouvoir les idées énoncées dans le plan d’économie d’énergie de l’UE et demanderons à tous les États membres de lancer des campagnes de sensibilisation pour encourager les comportements en matière de gaz  ».

Les mesures de marché, telles que les ventes aux enchères ou les appels d’offres pour les consommateurs industriels, peuvent également permettre de réduire la consommation de gaz en offrant une compensation en échange d’une réduction de la demande.

Ainsi, les groupes de distribution français Auchan, E.Leclerc, Carrefour et d’autres se sont engagés lundi à réduire leur consommation d’électricité en cas de pic de demande en éteignant les lumières après la fermeture et en baissant l’intensité de l’éclairage dans leurs entrepôts et magasins de distribution.

Retour au charbon ?

Par ailleurs, la Commission européenne préconise également que les pays passent plus rapidement aux énergies renouvelables et utilisent d’autres sources d’énergie pour la production d’électricité, y compris le charbon à court terme.

Les mesures de remplacement des combustibles doivent toutefois être conçues de manière à ne pas compromettre les objectifs de décarbonation de l’UE pour 2030. La Commission européenne estime que le passage au charbon, au pétrole ou au nucléaire est une mesure temporaire, «  pour autant qu’elle évite le verrouillage du carbone à long terme  ».

Malgré la priorité accordée par la Commission aux énergies renouvelables, certains craignent que le plan ne fasse dérailler l’Europe dans la réalisation de ses objectifs climatiques.

Selon Adeline Rochet, du think tank environnementaliste E3G, «  à force de se précipiter sur les réductions de gaz, on finit par ralentir la transition dans son ensemble.  »

«  Ces mesures ponctuelles sont nettement insuffisantes pour les ménages, qui se retrouvent surtout avec des campagnes d’information. Il n’y a aucune mesure pour amortir les conséquences sociales des risques élevés d’augmentation de la pauvreté énergétique, aucun plan pour accélérer la rénovation ou surmonter les goulets d’étranglement des chaînes d’approvisionnement, etc.  », a-t-elle ajouté.

Certains sont toutefois plus favorables à ce projet. Le plan de la Commission européenne va dans la bonne direction, selon Simone Tagliapietra, chargé de recherche au think tank Bruegel. Cependant, le plan nécessite une communication sérieuse et directe avec le public, ajoute-t-il.

«  En outre, les pays doivent veiller à ce que tous les consommateurs soient bien incités à réduire leur consommation. Les dirigeants européens devraient convenir de cesser de subventionner directement la consommation d’énergie et de plutôt subventionner la réduction de la consommation d’énergie  », a déclaré M.Tagliapietra.

«  Les dispositifs réglementaires tels que les limitations de vitesse ou la modification des règles de température minimale dans les bâtiments doivent être envisagés. En débloquant politiquement le potentiel encore inexploité de réduction de la demande d’énergie en Europe, on atténuera considérablement les pressions sur le marché de l’énergie  », a-t-il poursuivi.

La solidarité est indispensable

La coordination et la solidarité de l’UE seront également essentielles pour se préparer à des perturbations potentiellement graves cet hiver, a déclaré Mme von der Leyen. Le règlement de 2017 de l’UE sur la sécurité de l’approvisionnement exige que les pays de l’UE «  mettent en place les dispositions techniques, juridiques et financières nécessaires pour que la fourniture de gaz de solidarité soit possible dans la pratique  ».

Pourtant, seuls six accords bilatéraux de solidarité en matière de gaz ont été signés entre les pays de l’UE jusqu’à présent, a indiqué la Commission, ajoutant que les accords bilatéraux sont destinés à fournir du gaz aux clients des pays voisins protégés par la loi en cas de crise.

«  Certains États membres sont plus directement exposés que d’autres au gaz russe et ils sont bien sûr plus vulnérables que d’autres aux risques de perturbation, mais tous les États membres subiront les conséquences d’une telle perturbation au travers du marché unique  », a déclaré Mme von der Leyen.

«  C’est pourquoi il est important que tous les États membres contribuent désormais à l’économie, au stockage et soient prêts à partager le gaz avec leurs voisins en cas de solidarité énergétique  », a-t-elle ajouté.