Crise énergétique : la Commission européenne appelle à des aides gouvernementales plus ciblées

Les États membres de l’UE, ont déboursé des milliards pour aider les citoyens à surmonter la crise énergétique, mais les mesures n’ont pas ciblé les groupes les plus vulnérables de la société, a déclaré la Commission.

EURACTIV Allemagne
11126204
Dans son nouveau rapport, l’exécutif européen a examiné les conséquences macroéconomiques de cette mesure. Elle a ainsi exhorté les pays de la zone euro à ne pas augmenter les dépenses sans créer de nouveaux moyens de financement, car cela pourrait accentuer la pression sur les prix. Les ministres des Finances de l’UE ont également approuvé cette recommandation, a souligné le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, lors de la présentation du rapport mardi. [<a href="https://epaimages.com/" target="_blank" rel="noopener">[EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]</a>]

Les États membres de l’Union européenne, notamment l’Allemagne, ont déboursé des milliards pour aider les citoyens à surmonter la crise énergétique, mais les mesures n’ont pas ciblé les groupes les plus vulnérables de la société, a déclaré la Commission européenne mardi (22 novembre).

Malgré certaines critiques liées à leur envergure, des programmes d’aide de plusieurs milliards ont été mis en place par les gouvernements de l’UE pour faire face à la crise énergétique. L’Allemagne, par exemple, a annoncé un plan d’aide massif de 200 milliards d’euros.

Toutefois, deux tiers des mesures gouvernementales visant à aider les ménages et les entreprises n’ont pas ciblé les personnes les plus vulnérables au sein de la société, peut-on lire dans un rapport sur la situation budgétaire de la zone euro présenté par la Commission à Strasbourg mardi.

Ces mesures ont plutôt servi à subventionner les prix pour les consommateurs en général. La Commission estime que cela pourrait réduire les incitations à économiser l’énergie et alimenter davantage l’inflation.

Les mesures non ciblées représentent environ 0,9 % de la production économique totale de la zone euro, selon le rapport. Les mesures ciblées, quant à elles, ne représenteraient que 0,4 % du PIB des pays de la zone euro.

Le rapport se penche également sur la manière dont l’admission de réfugiés en provenance d’Ukraine affecte la situation budgétaire des États membres du bloc. Le coût de cette mesure s’élève à 0,1 % de la production économique.

L’Allemagne sous le feu des critiques

La Commission a également pointé du doigt l’Allemagne, le plus grand État membre de l’Union européenne.

Dès son annonce, le plan d’aide allemand de 200 milliards d’euros a été vivement critiqué. Ses détracteurs estimaient en effet qu’il désavantagerait les autres pays de l’UE en matière de concurrence, car ceux-ci ne seraient pas en mesure d’aider les entreprises à une échelle similaire.

Dans son nouveau rapport, l’exécutif européen a examiné les conséquences macroéconomiques de cette mesure. Elle a ainsi exhorté les pays de la zone euro à ne pas augmenter les dépenses sans créer de nouveaux moyens de financement, en augmentant les impôts par exemple, car cela pourrait accentuer la pression sur les prix. Les ministres des Finances de l’UE ont également approuvé cette recommandation, a souligné le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, lors de la présentation du rapport mardi.

Pourtant, le rapport indique que l’expansion budgétaire se produit manifestement en Allemagne.

« Nous invitons l’Allemagne, comme d’autres pays où nous constatons cette forte augmentation des dépenses, à prendre les mesures nécessaires dans le cadre du processus budgétaire national pour faire en sorte que le budget 2023 soit conforme à la recommandation du Conseil », a déclaré Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission, lors d’une conférence de presse à Strasbourg.

Parmi les autres mesures proposées par M. Gentiloni lors de la présentation du rapport, on retrouve le maintien des gros investissements publics, notamment dans les infrastructures énergétiques, ainsi que des aides ciblées pour les ménages confrontés au risque de pauvreté. Les aides aux entreprises devraient également être « temporaires et ciblées », a-t-il précisé.

En outre, la Commission a souligné la nécessité d’augmenter les salaires.

« L’évolution des salaires devrait protéger le pouvoir d’achat, en particulier pour les bas salaires, tout en reflétant l’évolution de la productivité à moyen terme et en limitant les effets de second tour sur l’inflation », a affirmé M. Gentiloni.

L’« effet de second tour » correspond à la répercussion de l’augmentation des coûts salariaux sur les consommateurs, ce qui peut entraîner une nouvelle série de hausses de prix.

Des augmentations d’impôts pour financer la hausse des dépenses ?

Dans son rapport annuel, le Conseil allemand des experts économiques, qui conseille le gouvernement en matière de politique économique, a souligné que les mesures annoncées ou déjà mises en œuvre pour lutter contre la crise énergétique dépassent nettement celles des autres pays de l’Union.

L’Allemagne consacre plus de 7 % de sa production économique annuelle aux dépenses de transferts, aux réductions d’impôts et aux mesures de soutien aux entreprises dans le cadre de la crise énergétique. Cela place le pays, tout comme Malte, dans une position de leader par rapport aux autres États membres de l’UE, indique également le rapport.

Dans ce même rapport, le Conseil des experts économiques suggère également de recourir à une augmentation des impôts à titre temporaire. Le ministre allemand libéral des Finances, Christian Lindner, a toutefois rejeté cette idée.

Les augmentations d’impôts ne pourraient éventuellement apporter qu’une faible contribution, « et ce serait dangereux », a déclaré M. Lindner à la chaîne de télévision publique ARD mardi matin.

« Nous connaissons une récession, donc un ralentissement des performances économiques, et, dans les prochaines années, nous avons d’énormes besoins d’investissement, dans les technologies propres par exemple », a-t-il indiqué avant d’ajouter que « nous sommes confrontés à une grande incertitude concernant la situation économique ».

Au vu de la situation, les augmentations d’impôts constitueraient un risque économique majeur et « finiraient par avoir lieu au détriment des emplois et des investissements », a ajouté M. Lindner.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]