Crise énergétique : l’Allemagne va recourir à la biomasse, une source d’énergie controversée
Le gouvernement allemand prévoit d’utiliser la biomasse pour répondre à la demande énergétique particulièrement élevée. Les matières premières agricoles seront ainsi utilisées pour la production d’énergie en réaction à la guerre en Ukraine.
Dans son « Paquet de Pâques », le gouvernement allemand prévoit d’utiliser la biomasse pour répondre à la demande énergétique particulièrement élevée. Les matières premières agricoles seront ainsi utilisées pour la production d’énergie en réaction à la guerre en Ukraine.
Le Paquet de Pâques pour le développement des énergies renouvelables stipule que la promotion de la biomasse doit être « plus fortement axée sur les centrales électriques hautement flexibles lors des pics de consommation ».
Les nouvelles mesures ont été présentées par le ministre allemand de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, mercredi (6 avril).
En modifiant la loi sur les sources d’énergie renouvelables, connue sous le nom d’EEG, le gouvernement allemand veut s’assurer que la bioénergie est utilisée là où la demande d’énergie est particulièrement élevée, afin de pouvoir compléter, à court terme, les approvisionnements fondamentaux provenant de sources d’énergie moins flexibles.
Le paquet indique également que « la bioénergie devrait de plus en plus jouer de ses atouts en tant que source d’énergie stockable au service du système ». Cependant, la difficulté de stocker l’énergie solaire et éolienne constitue un obstacle majeur au développement des énergies renouvelables.
Si cela signifie que la biomasse jouera un rôle important à l’avenir pour compenser les lacunes des autres sources d’énergie, une utilisation plus ciblée est probablement aussi destinée à limiter la quantité totale de biomasse brûlée.
Ainsi, le gouvernement allemand souhaite, à l’avenir, utiliser « la ressource limitée qu’est la biomasse » spécifiquement « dans les domaines difficiles à décarboner, comme les transports et l’industrie ».
Indépendance énergétique versus sécurité alimentaire
« De cette manière, il est possible d’utiliser au mieux la biomasse précieuse et rare pour l’ensemble du système », a indiqué le ministre allemand de l’Agriculture Cem Özdemir dans un communiqué.
Les plans constituent une solution de compromis à l’utilisation de la biomasse, un sujet longtemps controversé mais rendu de plus en plus nécessaire par les pénuries d’énergie causées par la guerre en Ukraine.
Les partisans de l’utilisation de la biomasse comme source d’énergie affirment qu’il faut maintenant augmenter la production pour éviter de dépendre des importations de gaz russe.
La Commission européenne, par exemple, a doublé ses objectifs de développement de la production nationale de biogaz dans le cadre du plan « REPowerEU » publié début mars pour rendre le système énergétique européen plus résilient.
L’association des agriculteurs allemands, la DBV, est également favorable à un tel développement mais estime que les mesures prévues par le Paquet de Pâques ne vont pas assez loin.
« Bien que le biogaz soit plus que jamais nécessaire à la sécurité de l’approvisionnement, la proposition de l’EEG ralentit la production agricole de biogaz », a déclaré Bernhard Krüsken, secrétaire général de la DBV.
Selon une déclaration de l’Association allemande de bioénergie, le projet du gouvernement laisse « inexploité le potentiel de la bioénergie […] pour réduire le besoin d’importations de combustibles fossiles ».
Cependant, ceux qui sont habituellement critiques à l’égard de la biomasse reviennent sur leurs principes et demandent que cette source d’énergie soit désormais principalement utilisée pour la production alimentaire, et non pour les biocarburants. C’est la baisse des approvisionnements en provenance d’Ukraine et de Russie et la diminution des terres arables qui les ont poussés à faire preuve de plus de souplesse.
La biomasse, un produit précieux
Johann Rathke, de l’organisation environnementale WWF, a confié à EURACTIV Allemagne que la production alimentaire et la protection des terres en jachère – favorables à la biodiversité et respectueuses du climat – doivent avoir la priorité sur la production de biocarburants.
Au vu des éventuelles pénuries alimentaires dans certaines parties du monde en raison de la guerre en Ukraine, la production alimentaire doit être consolidée, a ajouté M. Rathke.
Au lieu de reconvertir les terres biologiques actuellement en jachère en terres arables, les terres arables existantes devraient être utilisées davantage pour la production alimentaire plutôt que pour l’alimentation animale et le biogaz, a expliqué l’expert du WWF. Une proposition similaire est actuellement en cours de discussion au niveau de l’UE.
Selon lui, il n’y a toutefois pas de problème lorsque le biogaz est utilisé sans que cela nécessite d’utiliser des terres supplémentaires, par exemple en utilisant des déchets qui sont de toute façon produits.
La dichotomie autour de la production de biogaz se reflète également dans la position du ministre de l’Agriculture, M. Özdemir.
« Le biogaz peut apporter une contribution importante à l’accélération du renforcement, nécessaire et urgent, de notre autosuffisance énergétique et faciliter la transition énergétique dans les zones rurales », a-t-il indiqué dans une déclaration sur la réforme de l’EEG.
Lors d’une conférence de presse tenue à la fin de la semaine dernière, M. Özdemir a toutefois souligné qu’au lieu d’être utilisée pour le fourrage ou la production d’énergie, la biomasse disponible doit être utilisée principalement pour l’alimentation humaine.
Opportunités financières
Outre les questions de politique énergétique, le Paquet de Pâques contribue également à maintenir et à renforcer la création de valeur dans les zones rurales, a déclaré M. Özdemir, qui s’est jusqu’à présent efforcé de garantir un financement complémentaire pour les installations de biogaz existantes afin d’assurer leur maintien.
Le train de mesures encourage également les systèmes dits « agri-PV », c’est-à-dire les systèmes photovoltaïques installés sur les terres arables. Ces systèmes peuvent créer des sources de revenus supplémentaires dans les zones rurales, a affirmé M. Özdemir.
L’association des agriculteurs s’est toutefois montrée moins optimiste à ce sujet, critiquant le manque de perspectives financières pour la poursuite de l’exploitation des installations de biogaz. Le photovoltaïque devrait « être installé principalement sur les toits afin de préserver au maximum les terres agricoles », a également déclaré l’association.