Crise migratoire aux Canaries : le droite espagnole accuse le gouvernement de refuser l'aide de Bruxelles

Les questions migratoires sont un véritable enjeu politique en Espagne, alors que les arrivées irrégulières sont toujours nombreuses dans les îles Canaries. Dernier épisode en date, le Partido Popular de centre-droit accuse le gouvernement de ne pas avoir accepté l’aide de l’UE.

EFE avec EURACTIV.com
80 immigrants arrive to San Miguel de Abona harbor in Tenerife island
Selon les chiffres officiels, les arrivées de personnes en situation irrégulière en provenance d’Afrique ont atteint des niveaux record en Espagne durant les deux premières semaines d’août, avec des augmentations de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % dans l’enclave espagnole de Ceuta. [EPA-EFE/ALBERTO VALDES]

Les questions migratoires sont un véritable enjeu politique en Espagne, alors que les arrivées irrégulières sont toujours nombreuses dans les îles Canaries. Dernier épisode en date dans cette saga, le Partido Popular espagnol (PP, Parti populaire européen/PPE) accuse le gouvernement de ne pas avoir accepté l’aide de l’Union européenne (UE).

Samedi 5 octobre, le Partido Popular a suspendu ses négociations avec le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE, Docialistes et Démocrates européens/S&D) sur les mesures à entreprendre pour répondre à la crise migratoire qui touche les Canaries. Le parti de centre-droit accuse l’exécutif de ne pas accepter l’aide de l’UE et de la Commission.

« L’exécutif du [Premier ministre] Pedro Sánchez ne peut pas refuser le soutien européen pour résoudre un problème qui ne concerne pas seulement les Canaries et l’Espagne », a commenté sur X le porte-parole du PP au parlement, Miguel Tellado. « [Pedro Sánchez] a refusé de demander l’aide de Frontex, et maintenant il refuse la main tendue de l’Europe. »

Miguel Tellado devait rencontrer le ministre de la Politique territoriale Ángel Víctor Torres (PSOE) ce lundi 7 octobre, mais le PP a annulé la réunion en raison notamment des récentes déclarations du directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens, qui a exhorté Madrid à demander officiellement l’aide de l’agence des gardes-frontières et gardes-côtes de l’UE.

Le PP cite aussi une lettre du 25 septembre d’Ursula von der Leyen adressée à Dolors Montserrat, vice-présidente du PPE, dans laquelle la présidente de la Commission laisse entendre que le gouvernement espagnol a renoncé à demander une aide de l’UE pour faire face à la crise, selon le média Canarias7.

Dans sa lettre, la présidente de l’exécutif européen souligne que des États de l’UE seraient prêts à accueillir des mineurs arrivant aux Canaries et explique que « la Commission est prête à continuer à soutenir l’Espagne dans ses efforts pour gérer cette situation difficile ».

Samedi, Miguel Tellado a qualifié d’« inacceptable » le rejet présumé de l’aide européenne par le gouvernement espagnol « pour des raisons purement politiques, en raison de son obsession à torpiller le gouvernement des îles Canaries — une coalition de centre droit composée du PP et d’autres forces régionales dirigées par Coalición Canaria — et de sa tentative de blâmer uniquement les régions gouvernées par le PP ».

La formation de centre-droit a exhorté le gouvernement de Pedro Sánchez à déclarer un « état d’urgence migratoire » dans le pays, et le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijóo, a demandé à Madrid d’accepter l’aide de Bruxelles.

Selon les chiffres officiels, les arrivées de personnes en situation irrégulière en provenance d’Afrique ont atteint des niveaux record en Espagne durant les deux premières semaines d’août, avec des augmentations de 126 % dans les îles Canaries et de 143 % dans l’enclave espagnole de Ceuta.

La crise migratoire, véritable champ de bataille politique

 

Les autorités des Canaries sont notamment confrontées à la saturation de leurs centres pour mineurs, qui arrivent sur des embarcations précaires principalement en provenance d’Afrique de l’Ouest.

Mais au-delà de cette situation humanitaire préoccupante, la crise migratoire est au centre d’une lutte politique entre le gouvernement espagnol, le PP et les partis d’extrême droite Vox (Patriotres pour l’Europe), troisième force du Parlement de Madrid, et Se Acabó La Fiesta (SALF).

Pour le socialiste Ángel Víctor Torres, les accusations de la droite sont « fausses » et il souligne que le gouvernement « travaille avec la Commission européenne et l’Union européenne sur le phénomène migratoire depuis de nombreuses années ».

Des sources du ministère espagnol de l’Intérieur ont rappelé que la Commission avait alloué 117,5 millions d’euros entre 2020 et 2024 pour résoudre la crise qui sévit dans les îles Canaries et que d’autres sommes ont été débloquées dans le cadre financier pluriannuel 2021-2027.

Lors d’une visite aux Canaries fin septembre, le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a promis que Bruxelles allait envoyer 14 millions d’euros supplémentaires pour soulager la pression migratoire dans la région.

« Le PP devrait reprendre le chemin des institutions, rechercher des solutions et ne pas être impliqué en permanence dans le bruit et les querelles », a écrit le ministre de la Politique territoriale sur X dimanche 6 octobre.

[Édité par Anne-Sophie Gayet & Laurent Geslin]