Déchets textiles et alimentaires : la position du Parlement jugée insuffisante par les ONG

Le Parlement européen a adopté sa position mercredi (13 mars) sur une série d’objectifs visant à mieux prévenir et à réduire les déchets alimentaires et textiles dans l’ensemble de l’Union européenne. Cependant, les ONG environnementales ont critiqué le manque d’ambition de la proposition.

Euractiv.com
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Selon le Parlement européen, un consommateur moyen produit, chaque année, environ 11 kg de déchets textiles, dont la plupart (87%) sont incinérés ou mis en décharge. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/recycle-clothes-concept-recycling-box-full-2147180803" target="_blank" rel="noopener">Photo credit: Mariia Korneeva/shutterstock.com</a>]

Le Parlement européen a adopté sa position mercredi (13 mars) sur une série d’objectifs visant à mieux prévenir et à réduire les déchets alimentaires et textiles dans l’ensemble de l’Union européenne. Cependant, les ONG environnementales ont critiqué le manque d’ambition de la proposition.

Le rapport de l’eurodéputée polonaise Anna Zalewska (Consrvateurs et Réformistes européens) sur la proposition de révision de la directive-cadre sur les déchets a été approuvé par 514 voix pour, 20 contre et 91 abstentions. Il se concentrant sur deux grands secteurs les plus pollueurs : le textile et l’alimentaire.

« Le Parlement a mis au point des solutions ciblées pour réduire le gaspillage alimentaire, en mettant en valeur les fruits et légumes “moches”, et en gardant un œil sur les pratiques déloyales du marché, en clarifiant l’étiquetage des dates et en donnant les invendus encore consommables. En ce qui concerne les textiles, nous souhaitons également inclure les produits non ménagers, les tapis et les matelas, ainsi que les ventes via les plateformes en ligne », a déclaré l’eurodéputée dans un communiqué.

Le textile, premier coupable

Selon les données du Parlement européen, un Européen moyen produit environ 11 kg de déchets textiles, qui finiront pour la plupart (87%) incinérés ou mis en décharge.

En 2022, la Commission a publié sa stratégie pour des textiles durables et circulaires, qui comprend des mesures sur la conception, l’étiquetage, les exigences en matière d’information, la chaîne d’approvisionnement, la réutilisation et la responsabilité élargie du producteur (REP).

Le texte adopté par le Parlement reprend cette idée en demandant aux États membres de mettre en place des systèmes dans lequels les opérateurs économiques qui commercialisent des textiles dans l’UE devront couvrir les coûts de leur collecte séparée, de leur tri et de leur recyclage.

La Confédération européenne de l’habillement et du textile (EURATEX) a confié à Euractiv que « l’harmonisation européenne sur la REP textile est essentielle pour résoudre le problème des déchets, atteindre la circularité du textile et faciliter la mise en conformité des entreprises ».

Les systèmes de responsabilité élargie du producteur devront être mis en place 18 mois après l’entrée en vigueur de la directive révisée.

De plus, d’ici le 1er janvier 2025, les États membres devront garantir la collecte séparée des textiles en vue de leur réutilisation, de leur préparation à la réutilisation et de leur recyclage.

Cependant, pour EURATEX, « le court délai de mise en œuvre est jugé insuffisant pour mettre en place des systèmes nationaux de REP efficaces ».

L’ONG Zero Waste Europe a en revanche pointé du doigt « l’absence totale d’objectifs pour la gestion et la prévention des déchets textiles », malgré l’engagement du Parlement d’introduire des objectifs de prévention pour les textiles dans le cadre de sa stratégie textile européenne de 2023.

Pour l’organisation, qui œuvre à l’élimination des déchets, l’objectif de prévention des déchets textiles pour 2030 devrait être fixé à 10-15 %, pour atteindre 33 % en 2040, sur la base des volumes mis sur le marché en 2020.

Stratégies contre le gaspillage alimentaire

La proposition du Parlement invite les pays de l’UE à prendre des mesures appropriées pour éviter le gaspillage alimentaire, au niveau de la production, de la transformation, de la fabrication, du commerce et de la distribution. Cela concerne également les restaurants, les services de restauration et les ménages.

Parmi ces mesures figurent la promotion des fruits et légumes présentant des défauts extérieurs, des emballages plus intelligents pour prolonger la durée de conservation, un étiquetage plus clair des dates limites de consommation et la possibilité de faire don des denrées alimentaires invendues mais toujours propres à la consommation.

Selon Zero Waste Europe, « prendre des mesures plus décisives pour réduire le gaspillage alimentaire contribuerait à libérer des terres pour la biodiversité et les puits de carbone ».

Déjà adoptés en commission de l’Environnement (ENVI) le 14 février dernier, l’ensemble du Parlement a désormais validé les objectifs contraignants de réduction des déchets alimentaires d’ici le 31 décembre 2030, à savoir au moins 20 % dans la transformation et la fabrication des aliments (au lieu de 10 %) et 40 % par habitant dans la vente au détail, la restauration, les services alimentaires et les ménages (au lieu de 30 %).

La Commission évalue la possibilité d’introduire des objectifs plus élevés pour 2035, à savoir au moins 30 % et 50 % respectivement.

Cependant, la coalition Prevent Waste est déçue que le Parlement européen ne tienne pas ses engagements vis-à-vis de l’objectif de développement durable des Nations Unies.

À l’horizon 2030, l’objectif des Nations Unies est de « réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial par habitant au niveau des commerçants et des consommateurs, mais aussi les pertes alimentaires tout au long des chaînes de production et d’approvisionnement, y compris les pertes post-récolte ».

La coalition, membre d’un plus grand groupe de 65 organisations issues de 22 pays différents, a signé une déclaration commune appelant les décideurs politiques de l’UE à soutenir l’objectif de réduction de 50 %.

Lors de la prochaine phase, les États membres devront se mettre d’accord sur leur approche générale du texte, ensuite les positions seront discutées en trilogues après les élections européennes de juin.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]