Déficit public : Bruxelles réprimande l’Autriche
La Commission a décidé d’ouvrir une procédure de déficit excessif contre l’Autriche. Une décision qui complique davantage la tâche du nouveau gouvernement conservateur à Vienne, déjà confronté à un net ralentissement économique.
La Commission européenne a décidé, mercredi 4 juin, d’ouvrir une procédure de déficit excessif contre l’Autriche. Une décision qui complique davantage la tâche du nouveau gouvernement conservateur à Vienne, déjà confronté à un net ralentissement économique.
L’ouverture de cette procédure fait suite à la révision par Bruxelles des prévisions budgétaires autrichiennes pour 2025. Le déficit public devrait atteindre 4,4 % du PIB annuel, contre 3,7 % prévus initialement — bien au-delà de la limite des 3 % fixée par les règles européennes.
Un haut responsable de la Commission a qualifié l’Autriche de « cas particulier », soulignant que le pays devrait aussi enregistrer un déficit supérieur à 4 % en 2026, ce qui en fait un dossier préoccupant.
Cette révision à la baisse est en grande partie due à une croissance économique plus faible que prévu ces derniers mois, qui a réduit les recettes fiscales et les rentrées d’impôts sur les sociétés. Face à cette situation, le gouvernement a fini par renoncer, de fait, à respecter les règles budgétaires européennes pour cette année.
« Il y a clairement lieu d’ouvrir une procédure pour déficit excessif », a déclaré mercredi le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, en annonçant cette décision.
Le ministre autrichien des Finances, Markus Marterbauer, a reconnu qu’il n’était « pas possible » pour le pays de ramener son déficit sous la barre des 3 % « à court terme sans causer de dommages importants à l’économie et à l’emploi ».
La situation est d’autant plus préoccupante que la Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’Autriche en 2025, les faisant passer de +1 % à -0,3 %. Le pays se dirige ainsi vers une troisième année consécutive de contraction économique, en partie à cause d’investissements faibles et d’une demande extérieure toujours en berne, notamment en provenance de l’Allemagne voisine.
Ces difficultés économiques sont aggravées par une instabilité politique prolongée. Ce n’est qu’en mars qu’un nouveau gouvernement de coalition, conduit par le Parti populaire autrichien (ÖVP) de Christian Stocker, est parvenu à se mettre en place, après des mois d’impasse.
Vienne avait déjà frôlé une procédure de déficit en janvier, lorsqu’un gouvernement provisoire dirigé par l’extrême droite (FPÖ) avait promis de ramener le déficit sous les 3 % d’ici fin 2025.
Par la suite, les discussions entre le FPÖ et l’ÖVP en vue de former une coalition ont échoué. L’ÖVP, qui n’avait pas réussi à former une coalition centriste après la victoire du FPÖ aux élections législatives de septembre, s’est alors tourné vers une coalition avec les sociaux-démocrates (SPÖ) et les libéraux (Neos).
L’Autriche n’est pas seule dans cette situation. Depuis la réactivation des règles budgétaires européennes, suspendues pendant la pandémie de Covid-19 et la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, plusieurs pays peinent à s’y conformer.
La Roumanie, en particulier, est dans une position critique. La Commission a signalé mercredi que les mesures prises par Bucarest pour réduire son déficit — qui a atteint 9,3 % l’an dernier — sont inefficaces.
Si la situation ne s’améliore pas pour Bucarest, des sanctions financières pourraient être imposées dès cet automne. La Commission anticipe un déficit roumain de 8,4 % en 2025, soit deux points de pourcentage de plus que les prévisions du gouvernement du pays.
Un haut fonctionnaire européen a décrit la situation comme « très préoccupante », appelant les États membres à agir pour forcer la Roumanie à adopter une politique budgétaire plus responsable.
« Cela fait trop longtemps que la Roumanie affiche des déficits excessifs sans engager de vraies réformes », a insisté Valdis Dombrovskis.
Outre l’Autriche, la Commission avait épinglé l’année dernière la France, la Belgique, l’Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Slovaquie et la Roumanie et ouvert des procédures de déficit excessif.
La Commission européenne a jugé mercredi que six pays, dont la France, progressaient dans la bonne direction. Elle estime que les efforts déjà engagés par ces États sont suffisants pour le moment. Cela ne signifie pas pour autant que les procédures à l’encontre de ces pays sont terminées.
« Aucune mesure supplémentaire n’est requise à ce stade pour la France, l’Italie, la Hongrie, Malte, la Pologne et la Slovaquie », a précisé l’exécutif.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]