Dérivé du cannabis HHC : les vendeurs anticipent l'interdiction
« Nous avons déjà écoulé nos stocks et renvoyé des lots aux fournisseurs ». Marc, vendeur à Paris de produits à base d'hexahydrocannabinol (HHC), s'est préparé à la probable interdiction de cette molécule dérivée du cannabis.
« Nous avons déjà écoulé nos stocks et renvoyé des lots aux fournisseurs ». Marc, vendeur à Paris de produits à base d’hexahydrocannabinol (HHC), s’est préparé à la probable interdiction de cette molécule dérivée du cannabis.
Le ministre de la Santé, François Braun, a jugé le 15 mai « anormal » que les produits à base de HHC soient en vente libre et prédit qu’ils seraient « rapidement » classés comme stupéfiants.
Confrontés à cette perspective, les commerçants se sont mis en ordre de bataille.
« On ne voulait pas se retrouver avec des saisies administratives le jour où la loi change », indique à l’AFP Marc, qui souhaite rester anonyme.
Sur le site internet Tealer Lab, l’heure est aux promotions : « moins 60% sur toute la gamme » et « 10 grammes offerts à partir de 99 euros dépensés », puisque « tout doit disparaître ».
Sous forme de fleurs séchées, d’huiles, de résines ou de e-liquides pour cigarettes électroniques, les produits à base de HHC ont suscité une demande croissante.
Téo Vejdovsky, directeur du grossiste M2J, constate qu’ils ont représenté « la moitié » de ses 5 millions de chiffre d’affaires en 2022.
« Le HHC nous a permis d’augmenter nos revenus » alors que « le CBD est devenu un marché hyper concurrentiel », explique-t-il. Les boutiques spécialisées dans la vente de produits à base de cannabidiol (CBD) sont en effet passées de 400 à 1 800 en un an en France, selon une étude en 2022 du poids lourd du secteur High Society.
« Risques sanitaires et sociaux »
Le HHC a des effets semblables à ceux du tétrahydrocannabinol (THC), la substance au coeur des effets psychoactifs du cannabis.
Son essor représente de « potentiels risques sanitaires et sociaux », a noté l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA) dans un rapport mi-avril. Certains pays européens (Finlande, Pologne ou Autriche) l’ont déjà interdit.
« Nous croyons fermement aux bienfaits potentiels des produits dérivés du cannabis, y compris le HHC », assure au contraire Alexandre Lacarré, fondateur du fournisseur Phytocann.
Elisa, 23 ans, sort d’une boutique parisienne où elle vient d’acheter des fleurs de HHC « pour la première fois ». Pour cette fumeuse de cannabis, obtenir du HHC en boutique est plus « rassurant » que de trouver « des produits à la sauvette ».
Nicolas, 27 ans, « gros fumeur », retrouve les mêmes effets psychotropes que ceux du cannabis, « le côté vaseux en moins ». Et « c’est moins stressant parce que c’est légal », ajoute cet informaticien, prêt à payer plus cher ces produits.
« Deux grammes de fleurs de HHC viennent de me coûter 28 euros, contre les 10 euros que je paye dans la rue habituellement », relève-t-il, même si « le fait que ce soit une molécule transformée (l)’inquiète un peu ».
Les détracteurs du HHC mettent justement en avant le processus de fabrication de cette molécule dite « semi-synthétique ».
« Le chanvre est bombardé de métaux comme le palladium ou le nickel, puis on envoie de l’hydrogène », explique le consultant spécialisé Xavier Desutter. « Il reste des traces de métaux lourds » dans le produit fini dont on « ignore la toxicité ».
Le Syndicat du chanvre, qui milite pour le développement d’une filière française du CBD, s’est positionné rapidement contre les produits à base de HHC pour ces raisons sanitaires.
« C’est une molécule de synthèse fabriquée en laboratoire sans régulation », prévient Léa Ruellan, sa porte-parole. Avec des prix équivalents à ceux des produits à base de CBD, le HHC vise « une clientèle jeune ». « C’est comme si vous donniez à des adolescents le choix entre une eau pétillante et une vodka pour le même prix », compare-t-elle.
Quoi qu’il en soit, le bannissement annoncé du HHC ne suscite pas de panique dans la filière.
« Il y aura des produits de substitution », relativise Guillaume Richard, patron de la société Weecl. Des substances à base d’autres molécules sont en cours de développement ou même déjà disponibles à la vente, comme le H4CBD, le CBG ou le CBN.
Pour Léa Ruellan, la possible interdiction du HHC a le mérite de « remettre sur la table le débat sur la légalisation du cannabis », qu’ont déjà consommé près de la moitié des adultes français (46%), selon Santé publique France.