Des eurodéputés souhaitent piloter les discussions sur l’usage thérapeutique des psychédéliques
Sept eurodéputés ont décidé de former un nouveau groupe pour orienter les discussions institutionnelles sur l’usage thérapeutique des psychédéliques.
Sept eurodéputés ont décidé de former un nouveau groupe pour orienter les discussions institutionnelles sur l’usage thérapeutique des psychédéliques.
Mercredi (24 mai), un groupe d’action composé d’eurodéputés et consacré à l’usage médical des psychédéliques a été lancé en collaboration avec PAREA et PsychedelicsEUROPE. Ce groupe vise à promouvoir le développement de politiques et de règlementations européennes relatives aux traitements assistés par psychédéliques dans l’UE.
Malgré le nombre réduit d’eurodéputés, il s’agit d’un « évènement historique », a déclaré le coprésident du groupe et eurodéputé socialiste maltais Alex Agius Saliba (S&D), lors du lancement au Parlement européen.
Ces dernières années, le nombre d’essais cliniques portant sur les psychédéliques tels que la psilocybine, la MDMA et le LSD pour traiter des troubles psychiatriques, comme la dépression, la toxicomanie et l’anorexie a augmenté de façon spectaculaire.
Les résultats de la recherche semblent prometteurs, tandis que la sonnette d’alarme a été tirée concernant la détérioration de la santé mentale dans l’UE, une tendance déjà observée avant la pandémie de Covid-19, mais exacerbée par les confinements successifs.
Les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour 2021 montrent que plus de 150 millions de personnes de la Région européenne de l’OMS vivent avec un trouble de santé mentale et que seule une personne sur trois souffrant de dépression reçoit les soins dont elle a besoin.
Publié en décembre 2022 par la Commission européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le rapport annuel « Health at a Glance » a mis en évidence la nécessité de mettre en place des traitements plus efficaces pour les jeunes souffrant de dépression en particulier. La moitié des jeunes Européens déclarent avoir des besoins non satisfaits en matière de santé mentale.
« Les thérapies psychédéliques sont prometteuses pour plusieurs maladies neurologiques », a déclaré M. Saliba lors de l’évènement de lancement, tandis que David Nutt, professeur de neuropsychopharmacologie à l’Imperial College de Londres et président de PAREA, a acquiescé d’un signe de tête.
Selon David Nutt, les psychédéliques « perturbent les circuits de pensée en cours, fréquents et destructeurs et qui, à bien des égards, constituent les processus sous-jacents de troubles tels que la dépression, le trouble de stress post-traumatique et l’addiction ».
« En perturbant l’activité corticale [dans le cerveau], nous perturbons les processus de pensée, et les gens peuvent en quelque sorte échapper aux contrôles cognitifs qui les retiennent dans ces maladies », a expliqué le professeur.
M. Saliba a souligné que « ces thérapies nécessitent des politiques et des infrastructures réfléchies et coordonnées pour garantir un déploiement sûr, équitable et efficace ».
« C’est là que le Parlement européen intervient », a déclaré M. Saliba.
Les objectifs
Le but du groupe est d’orienter le discours politique sur le sujet, en plaidant pour une utilisation sûre et règlementée des psychédéliques.
« Nous cherchons à construire ensemble des protocoles et des lignes directrices fondés sur des preuves solides pour les thérapies psychédéliques », a déclaré l’eurodéputé maltais, qui a également mentionné des partenariats stratégiques.
« Nous nous efforçons de transformer les soins de santé mentale et de donner de l’espoir, de soulager des millions de nos citoyens », a-t-il ajouté.
Toutefois, les réticences liées à l’utilisation thérapeutique des psychédéliques restent un obstacle.
Mikuláš Peksa, eurodéputé tchèque (Verts/ALE) et co-président du groupe d’eurodéputés travaillant sur les psychédéliques, a confié à EURACTIV que certaines « personnes […] ne sont pas au courant des données scientifiques et agissent tout naturellement souvent sur la base de préjugés, se méfiant même parfois de ce qui pourrait constituer ma motivation ».
Cependant, il a ajouté que les résultats positifs des essais cliniques commençaient à faire bouger les lignes.
« Il s’agit plutôt de savoir jusqu’où nous pourrons faire passer le message afin d’être en mesure de tenir nos promesses », a-t-il déclaré.
L’exécutif européen devrait bientôt présenter sa stratégie en matière de santé mentale, comme l’a annoncé sa présidente Ursula von der Leyen dans son discours annuel sur l’état de l’Union en septembre dernier.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]