Des vols écoresponsables ? Plainte contre 17 compagnies européennes pour « greenwashing »

Vingt-deux associations européennes, dont UFC-Que Choisir et la CLCV pour la France, vont déposer plainte jeudi auprès de la Commission européenne contre 17 compagnies aériennes qu’elles accusent de « greenwashing » et « pratiques commerciales trompeuses ».

/ Euractiv.com
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Ces associations de 19 pays, membres du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), reprochent aux compagnies visées de « sous-entendre que le transport aérien peut être “durable”, “écoresponsable” et “vert” », expliquent la CLCV et l’UFC-Que Choisir dans un communiqué. [SHUTTERSTOCK/Michael Derrer Fuchs]

Vingt-deux associations européennes, dont UFC-Que Choisir et la CLCV pour la France, vont déposer plainte jeudi (22 juin) auprès de la Commission européenne contre 17 compagnies aériennes qu’elles accusent de « greenwashing » et « pratiques commerciales trompeuses ».

Ces associations de 19 pays, membres du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), reprochent aux compagnies visées — Air Baltic, Air Dolomiti, Air France, Austrian, Brussels Airlines, Eurowings, Finnair, KLM, Lufthansa, Norwegian, Ryanair, SAS, SWISS, TAP, Volotea, Vueling, Wizz Air — de « sous-entendre que le transport aérien peut être “durable”, “écoresponsable” et “vert” », expliquent la CLCV et l’UFC-Que Choisir dans un communiqué.

« Aucune des stratégies déployées par le secteur de l’aviation n’est actuellement en mesure de limiter les émissions de gaz à effet de serre », indiquent-elles, estimant « essentiel de mettre fin à ces allégations, car si le trafic aérien poursuit son expansion, les émissions continueront d’augmenter dans les années à venir ».

Elles ont donc décidé de porter plainte auprès de la Commission européenne et des autorités chargées de la protection des consommateurs.

Dans leur viseur, deux pratiques commerciales qu’elles estiment trompeuses : inciter les voyageurs à payer « un supplément significatif » pour compenser les émissions de CO2 d’un vol — un mécanisme aux « avantages climatiques très critiqués, alors que les dommages causés par les émissions de CO2 des trajets aériens sont indiscutables » — ou pour contribuer au développement des carburants d’aviation durables (SAF), qui ne sont « pas prêts à être commercialisés » et « ne représenteront au mieux qu’une part mineure dans les réservoirs des avions ».

Air France-KLM propose ainsi « aux consommateurs de souscrire à des options onéreuses, pour supposément couvrir leur propre impact carbone, sur de futurs vols à horizon inconnu », regrettent les associations, indiquant que l’option relative aux SAF s’élève à « la coquette somme de 138 euros » pour un vol Paris-Copenhague.

« Il est inadmissible que les compagnies aériennes puissent se targuer d’œuvrer pour le climat », affirme Marie-Amandine Stévenin, présidente d’UFC-Que Choisir. « Ces allégations doivent cesser pour la protection des consommateurs », affirme son homologue à la CLCV Jean Yves Mano, appelant les pouvoirs publics à « agir avec fermeté ».

Ursula Pachl, directrice générale adjointe du BEUC, a pour sa part accusé les compagnies aériennes d’offrir aux consommateurs la possibilité de s’acheter « une fausse bonne conscience ».

« Alors qu’il est évident que le transport aérien est à l’origine d’une part importante et croissante des émissions de gaz à effet de serre, il est difficile de croire que les compagnies aériennes puissent attirer les consommateurs avec des messages écologistes tels que “compensé en CO2” ou “neutre en CO2” », a-t-elle déclaré.

« Nous demandons instamment aux autorités de prendre l’affaire en main et de sévir contre cette pratique de greenwashing qui induit gravement les consommateurs en erreur », a-t-elle ajouté.

Les 22 associations européennes ont saisi leurs autorités nationales de protection des consommateurs, mais déposent aussi via le BEUC une plainte pour pratiques commerciales trompeuses auprès de la Commission européenne, via le mécanisme d’alerte externe.

Elles espèrent une décision commune pour interdire « toute allégation visant à faire croire aux consommateurs que prendre l’avion est une pratique respectueuse de l’environnement », mais aussi « que soit lancée une enquête à l’échelle européenne sur les pratiques de ces compagnies » et que celles-ci remboursent les consommateurs ayant souscrit les options supplémentaires incriminées.

Des compensations « factuellement incorrectes »

Selon le BEUC, l’idée selon laquelle les consommateurs peuvent « neutraliser » l’impact de leur vol grâce à des systèmes de compensation climatique est « factuellement incorrecte ».

La compensation climatique permet aux clients de financer des initiatives de réduction des émissions de carbone dans d’autres régions, souvent en dehors de l’Europe, telles que le développement de parcs éoliens ou la plantation d’arbres, afin de compenser les émissions de leurs vols.

« Les bénéfices climatiques des activités de compensation sont très incertains, alors que les dommages causés par les émissions de CO2 du transport aérien sont certains », indique le BEUC dans un communiqué.

Les compagnies aériennes ne sont pas non plus transparentes sur le fait que le SAF ne représente qu’une petite fraction de l’utilisation totale de carburant, estiment les associations.

Le SAF est actuellement disponible en très petites quantités, les objectifs contraignants de l’UE exigeant seulement 2 % de SAF d’ici 2025, et 6 % d’ici 2030, à mélanger avec du kérosène fossile.

« Que vous payiez un “tarif vert” ou non, votre vol émettra toujours des gaz nocifs pour le climat. Les solutions technologiques pour décarboner l’aviation ne deviendront pas une réalité à grande échelle de sitôt, donc présenter l’avion comme un mode de transport durable est du greenwashing pur et dur », a déclaré Mme Pachl.

Le BEUC a appelé à la mise en place d’un réseau ferroviaire longue distance de haute qualité afin d’offrir aux consommateurs des options de voyage plus durables.

Les compagnies aériennes réagissent

Airlines for Europe (A4E), une association commerciale représentant les principales compagnies aériennes européennes, a réagi à ces accusations, affirmant que les compagnies aériennes « répondent toujours à la demande [des passagers] pour une grande transparence ».

« Les compagnies aériennes européennes reconnaissent pleinement l’importance d’une communication transparente sur la durabilité et l’ensemble de l’industrie travaille activement pour atteindre le zéro net d’ici 2050 », a indiqué un porte-parole d’A4E à EURACTIV.

Le porte-parole a abordé les plaintes entourant les compensations, affirmant que leur utilisation diminuera à mesure que les niveaux de SAF augmenteront et que des avions plus efficaces seront introduits.

« Des critères de durabilité solides pour les compensations ou les crédits carbone comme pour les SAF sont cruciaux pour la crédibilité du secteur et des initiatives comme CORSIA », a déclaré le porte-parole, faisant référence au système de compensation de l’ONU.

A4E se consacre à l’évaluation de ce qui peut être amélioré et rendu encore plus transparent, a ajouté le porte-parole.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]