Dissolution, JO, viols de Mazan : les événements marquants de 2024 en France
Dissolution surprise de l’Assemblée nationale, parenthèse enchantée des JO, déflagration du procès des viols de Mazan : retour sur les événements marquants de l’année 2024 en France.
Dissolution surprise de l’Assemblée nationale, parenthèse enchantée des JO, déflagration du procès des viols de Mazan : retour sur les événements marquants de l’année 2024 en France.
Colères agricoles
Le 29 janvier, des centaines d’agriculteurs convergent vers Paris pour en bloquer les accès. Aux premiers rangs du malaise paysan figurent la faiblesse des prix agricoles et la lourdeur de normes environnementales.
Fraîchement nommé pour remplacer Elisabeth Borne, Gabriel Attal, plus jeune Premier ministre français, tente d’éteindre l’incendie en multipliant les annonces.
Mais le mouvement fait tache d’huile en Europe. La Commission européenne finit par proposer d’alléger drastiquement les règles environnementales de la Politique agricole commune (PAC). Proposition adoptée le 26 mars.
À l’automne, la colère agricole ressurgit : les protestations se concentrent cette fois sur le futur accord de libre-échange entre l’UE et les cinq pays latino-américains du Mercosur. Les négociations sont bouclées le 6 décembre par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen mais l’accord doit encore être ratifié par les pays membres de l’UE.
#MeToo cinéma
Après avoir accusé publiquement le cinéaste Benoît Jacquot de viols puis Jacques Doillon d’agression sexuelle pour des faits remontant à son adolescence, l’actrice Judith Godrèche réclame, le 29 février devant le Sénat, la mise en place d’une commission d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes dans le cinéma.
Devenue l’incarnation d’un #MeToo cinéma, elle décrit le 7e art comme « une famille où on ne peut pas dénoncer, où on ne sait pas à qui parler ». Deux commissions d’enquête, l’une sur les violences sexuelles dans le cinéma et l’audiovisuel, l’autre sur la protection de l’enfance, sont créées en mai à l’Assemblée nationale.
Accusé d’agressions sexuelles sur le tournage des « Volets verts » en 2021, Gérard Depardieu est placé en garde à vue en avril. Son procès prévu en octobre est renvoyé en mars 2025 pour raison de santé.
Le réalisateur Christophe Ruggia, accusé par l’actrice Adèle Haenel, autre figure du #Metoo français, d’agressions sexuelles alors qu’elle avait entre 12 et 14 ans, est jugé en décembre à Paris. Cinq ans de prison dont deux ferme sont requis contre lui. Le tribunal rendra sa décision le 3 février.
L’IVG gravée dans la constitution
Le 4 mars, la France devient le premier pays à inscrire explicitement dans sa Constitution l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Députés et sénateurs, réunis en Congrès au château de Versailles, approuvent à 92 % la modification de l’article 34 qui stipule désormais : « La loi détermine les conditions dans lesquelles s’exerce la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ».
Violences en Nouvelle-Calédonie et Martinique
Véhicules incendiés, commerces pillés, barrages routiers érigés : la nuit du 13 au 14 mai marque le début de plusieurs mois de violences en Nouvelle-Calédonie contre un projet de réforme électorale, rejeté par les indépendantistes, qui feront 14 morts et au moins deux milliards d’euros de dégâts. Ce projet, d’abord suspendu en juin, est abandonné le 1er octobre par le nouveau Premier ministre Michel Barnier.
En Martinique, une mobilisation contre la vie chère entraîne également des violences à partir de septembre. Le 16 octobre, l’État signe un accord pour baisser de 20 % les prix de 6 000 produits alimentaires. Mais cet accord est « suspendu » en décembre en raison de la censure du gouvernement de Michel Barnier.
Dissolution surprise
Au soir du 9 juin, alors que le Rassemblement national (RN) sort largement en tête des élections européennes, Emmanuel Macron prend le pays de court en annonçant la dissolution de l’Assemblée nationale.
Après une campagne express marquée par le regroupement inattendu de la gauche sous la bannière Nouveau Front populaire (NFP) et par une violente crise interne chez Les Républicains (LR, droite), l’extrême droite reste aux portes du pouvoir, freinée par des désistements électoraux entre gauche et camp présidentiel pour faire barrage au RN. Le paysage politique apparaît plus fragmenté que jamais avec trois blocs politiques et aucune majorité.
Il faut attendre près de deux mois pour qu’Emmanuel Macron désigne l’ex-commissaire européen Michel Barnier au poste de Premier ministre.
Fruit d’un attelage fragile entre macronistes et LR, son gouvernement ne résiste pas, le 4 décembre, à une motion de censure déposée par la gauche et bénéficiant des voix du Rassemblement national. Trois mois seulement après sa nomination, Michel Barnier doit quitter Matignon.
Le 13 décembre, Emmanuel Macron nomme comme Premier ministre le président du Modem, François Bayrou, avec la lourde tâche de former un exécutif susceptible de résister à la censure tandis qu’est adoptée une « loi spéciale » permettant à l’État de lever l’impôt en attendant le vote du budget 2025, stoppé par la chute du gouvernement Barnier.
Abbé Pierre, icône déchue
Défenseur inlassable des sans-abris, l’Abbé Pierre est accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles, selon un rapport dévoilé le 17 juillet par les associations qui perpétuent son œuvre.
Nouvelle salve de révélations en septembre : au moins 17 autres femmes, parfois mineures au moment des faits, accusent de violences à caractère sexuel celui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français.
La Fondation Abbé-Pierre décide de changer de nom et Emmaüs de fermer un lieu de mémoire dédié au prêtre, mort en 2007.
JO, la parenthèse enchantée
Une parade déjantée sur la Seine, close en apothéose par la star Céline Dion chantant l’Hymne à l’amour depuis la Tour Eiffel, donne, le 26 juillet, le top départ à deux semaines radieuses de compétitions olympiques à Paris.
Des sites aux allures de cartes postales, comme le beach-volley sous la tour Eiffel, l’équitation au château de Versailles ou le cyclisme à travers Montmartre, et une organisation sans couac qui s’attire les louanges de la presse mondiale agissent pour les Français comme une parenthèse enchantée dans une période politique et économique trouble et incertaine.
La magie se poursuivra jusqu’au 8 septembre et la fin des Jeux paralympiques, qui connaîtront aussi un engouement rare.
Choc du procès des viols de Mazan
Le 2 septembre, s’ouvre à Avignon (Vaucluse) le procès des viols de Mazan : Dominique Pelicot et 50 hommes accusés d’avoir violé, sur une dizaine d’années, son ex-femme qu’il droguait à son insu.
La victime, Gisèle Pelicot, insiste pour que le procès ne se tienne pas à huis clos : « La honte, ce n’est pas à nous de l’avoir, c’est à eux », lance-t-elle devant la cour.
Elle devient une héroïne féministe, est accueillie par des haies d’honneur et des bouquets de fleurs à son arrivée au tribunal, est célébrée à l’étranger comme « la nouvelle icône de la France ».
Le procès, suivi par des dizaines de médias hors de France, a un retentissement mondial. L’affaire suscite un important débat de société sur les notions de consentement, « culture du viol » et « soumission chimique »
Dominique Pelicot est condamné, le 19 décembre, à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle et l’ensemble de ses coaccusés sont déclarés coupables par la cour criminelle du Vaucluse. Le principal accusé n’exclut pas de faire appel.
Démarrage de l’EPR
Avec 12 ans de retard sur le calendrier initial et une facture quatre fois plus élevée que prévu, l’EPR de Flamanville (Manche) commence à fonctionner le 3 septembre avec la réalisation de la première fission nucléaire dans son cœur.
Cette centrale de nouvelle génération est le premier réacteur nucléaire construit en France depuis 22 ans. L’État prévoit de construire six autres EPR.
Inondations en série
L’année 2024 est marquée par une kyrielle de crues et d’inondations, phénomènes naturels accentués par le réchauffement climatique.
En janvier et février, des pluies diluviennes font très longuement déborder les cours d’eau du Pas-de-Calais et Nord. En avril et mai, c’est au tour du bassin de l’Yonne puis de rivières en Moselle, Bas-Rhin, Mayenne, Maine-et-Loire de sortir de leur lit.
En septembre, le sanctuaire de Lourdes (Hautes-Pyrénées) et la vallée d’Aspe (Pyrénées-Atlantiques) sont frappés par des crues express.
En octobre, la dépression Kirk puis un épisode cévenol provoquent de nombreuses inondations. Le département de l’Ardèche est particulièrement touché par ce dernier épisode dont le coût est évalué entre 350 et 420 millions d’euros par la Caisse centrale de réassurance (CCR).
Plans sociaux en rafale
En perte de vitesse et surendetté, le groupe de grande distribution Casino se déleste de la quasi-totalité de ses magasins grand format et présente en avril un important plan social prévoyant jusqu’à 3 200 suppressions de postes.
Également dans une passe délicate, son concurrent Auchan annonce, le 5 novembre, une cure d’amaigrissement et un plan social qui menace 2 400 postes en France tandis que le géant du pneu Michelin annonce la fermeture de deux usines, à Cholet (Maine-et-Loire) et Vannes (Morbihan), comptant au total 1 254 salariés.
La CGT dénombrait en décembre plus de 300 plans sociaux en France et 300 000 emplois menacés ou déjà supprimés. Dans la liste des entreprises concernées, la branche satellite d’Airbus, Canal+ ou encore le Crédit commercial de France (CCF).
Réouverture de Notre-Dame
Cinq ans et huit mois après un incendie ravageur qui avait médusé des millions de personnes à travers le monde, la cathédrale Notre-Dame rouvre ses portes le 7 décembre, lors d’une cérémonie en présence du président élu américain Donald Trump et du président ukrainien Volodymyr Zelensky. Une première messe y est célébrée le dimanche 8.
L’emblème gothique de Paris retrouve ses charpentes et sa flèche, reconstruites à l’identique, la blondeur d’origine de sa pierre et la sonorité unique de son grand orgue qui avait réchappé au brasier du 15 avril 2019. Financé exclusivement par des donations, ce « chantier du siècle » a coûté près de 700 millions d’euros et mobilisé 2 000 professionnels.
Mayotte dévastée
Un puissant cyclone, avec des rafales à plus de 220 km/h, dévaste le 14 décembre Mayotte, le plus pauvre des départements français, situé dans l’océan Indien.
Ce territoire ultramarin qui faisait déjà face à de nombreux maux, aux premiers rangs desquels la pauvreté, l’habitat précaire et l’insécurité, est entièrement ravagé. Les bidonvilles, où un tiers des 320 000 habitants de cet archipel vivaient, ont été pulvérisés. Emmanuel Macron promet de « rebâtir » Mayotte.
Un bilan provisoire faisait état le 19 décembre d’une trentaine de morts et de 1 400 blessés. Mais les autorités craignent un bilan beaucoup plus lourd, alors que 70 % des habitants ont été gravement touchés.