Droits de douane américains : l'UE n'obtient pas d'exemption pour le vin et les spiritueux, mais espère un revirement
La bataille n'est peut-être pas terminée, car ni Bruxelles ni les États membres ne semblent disposés à abandonner ces secteurs clés. La France a notamment exprimé l'espoir que l'exemption puisse encore être négociée.
La Commission européenne n’a pas réussi à obtenir d’exemption pour le vin et les spiritueux du tarif de 15 % imposé par les États-Unis sur les exportations du bloc, mais le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a assuré que les négociations sont toujours en cours.
En 2024, les exportations transatlantiques de vins et de spiritueux ont totalisé environ 9 milliards d’euros, dont 4,9 milliards d’euros pour le seul vin — faisant des États-Unis le premier marché pour les boissons alcoolisées de l’UE. Les deux secteurs ont longtemps fait pression pour être exclus des nouveaux droits introduits dans l’accord UE-États-Unis conclu en juillet.
Lors de la présentation de la déclaration commune, le commissaire européen au Commerce a reconnu que les négociateurs n’avaient pas réussi à obtenir une exemption.
« Je voudrais simplement ajouter un mot très important : « encore » », a déclaré le commissaire, soulignant que son équipe « examinera différentes manières de résoudre ce problème », laissant entendre que les discussions se poursuivront.
« Je ne veux pas dire que ce sera facile, et je ne veux pas faire de fausses promesses », a-t-il toutefois ajouté avec prudence.
La France a également exprimé l’espoir que l’exemption puisse encore être négociée.
« L’accord laisse ouverte la possibilité d’exemptions additionnelles, nous y travaillerons », a indiqué le ministre du Commerce, Laurent Saint-Martin, sur X.
Les producteurs anticipent les conséquences
Entre-temps, les producteurs de l’UE se préparent à subir des pertes importantes.
« C’est un coup dur pour le secteur qui compte parmi les dix premières catégories de produits italiens destinés aux États-Unis, soit 24 % du total des exportations mondiales, pour une valeur d’environ 2 milliards d’euros par an », a chiffré l’Union des vins italiens dans un communiqué.
« Nous sommes extrêmement déçus », a réagi Gabriel Picard, président de la Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux. Le secteur européen des spiritueux s’est fait l’écho de cette déception par l’intermédiaire de son groupe industriel, SpiritsEUROPE.
Ce résultat représente une « occasion manquée » de démontrer l’engagement de l’UE en faveur d’un commerce équitable et réciproque, a fait savoir Hervé Dumesny, directeur général de SpiritsEUROPE.
Le secteur exhorte à présent les négociateurs à poursuivre les discussions.
Quel avenir pour l’agriculture ?
Comme annoncé, la déclaration commune indique que l’UE « accordera un accès préférentiel au marché pour un large éventail de produits de la mer et de produits agricoles américains ».
Toutefois, de hauts fonctionnaires de l’UE ont expliqué à la presse jeudi 21 août que l’Union n’accorderait aucun accès préférentiel aux produits américains dans des « secteurs sensibles » tels que la volaille, le bœuf, le sucre et l’éthanol.
« Pour l’instant, la Commission n’a pas réussi à défendre les intérêts offensifs de l’UE en matière d’agroalimentaire », a déclaré le groupe de réflexion agricole Farm Europe, concluant que « s’il s’agit du point de départ de futures négociations plus raisonnables, l’agriculture de l’UE commence à prendre beaucoup de retard ».
Angelo Di Mambro a contribué à la rédaction de cet article.
(sn)