Drones : Bruxelles cherche de nouveaux financements pour stimuler la production dans l’UE

La Commission européenne examine les budgets actuels de l’UE et les cadres juridiques existants afin de trouver davantage de fonds pour la fabrication de drones, auxquels elle accordera la priorité par rapport à d’autres équipements de défense.

/ EURACTIV.com
[Getty Images/Oxana Chorna_Global Images Ukraine]

Alors que plusieurs dirigeants du sud de l’Europe se sont montrés réticents à l’égard des propositions concernant un « mur anti-drones », la Commission cherche des moyens de soutenir l’industrie émergente des drones en Europe.

Selon nos informations, l’exécutif européen étudie comment les États de l’UE pourraient mieux utiliser les fonds et les programmes actuels afin de stimuler l’industrie des drones.

Parmi les idées explorées figure la création d’un fonds pour les drones similaire à l’Action de soutien à la production de munitions (ASAP), selon plusieurs sources. L’une de ces sources a précisé que l’idée en était encore à un stade embryonnaire.

L’ASAP est un fonds européen destiné à aider les industries de fabrication de munitions et de missiles à surmonter les goulets d’étranglement. Il a reçu 500 millions d’euros du budget de l’UE et a été établi en réponse à une grave pénurie de munitions en Ukraine et dans les États membres du bloc en 2023. Il vise à porter la production à un million d’obus par an.

Un fonds similaire pour les drones pourrait augmenter leur production, mais nécessiterait un tout nouveau processus législatif — de la proposition de la Commission à l’adoption par les États membres et le Parlement, et l’identification de sources de financement. La Commission aurait également sondé l’opinion de l’industrie des drones pour évaluer l’intérêt d’un tel programme.

Sans action, l’industrie des drones pourrait être confrontée au même problème que les fabricants de munitions après le début de la guerre en Ukraine : une demande accrue dépassant de loin la capacité de production.

La nouvelle marchandise en vogue

Les drones sont de plus en plus considérés comme l’équipement indispensable aux armées européennes, et le marché des systèmes de lutte contre les drones se développe rapidement.

Ces derniers mois ont été marqués par une série d’incidents impliquant des drones étrangers, notamment russes et biélorusses, qui ont pénétré dans l’espace aérien européen. Des incursions en Pologne et en Estonie ont notamment donné lieu à des consultations avec les alliés militaires de l’OTAN.

Mais même si des start-up et des petites usines de drones voient le jour sur le continent, des goulets d’étranglement et des problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement apparaissent. Le marché est peuplé d’entreprises qui en sont pour la plupart au stade de la recherche et du développement, selon le magazine Sifted.

Nouvel acteur sur le marché, STARK, qui n’a que 18 mois d’existence, ne sera par exemple en mesure d’augmenter considérablement sa production qu’à partir de l’année prochaine, selon son directeur-général Philip Lockwood.

« Passer d’une capacité de production nulle à des milliers de systèmes par an prendra un peu de temps », a-t-il confié à Euractiv. La chaîne d’approvisionnement est le point de rupture dans ce processus, a-t-il ajouté.

Trouver des fonds

Le mode de financement d’une initiative type ASAP pour les drones n’est pas encore clair. Les sources n’ont pas été en mesure de dire si le financement proviendrait du budget actuel de l’UE ou d’instruments existants.

Les instruments existants qui pourraient contribuer sont les fonds de cohésion, les prêts SAFE, les fonds de lutte contre les pandémies qui doivent être ouverts à des fins de défense, et le programme pour l’industrie européenne de la défense (EDIP) qui sera bientôt adopté.

Les responsables de l’OTAN ont également demandé aux Alliés d’investir dans les drones et les équipements de lutte contre les drones, et pas seulement dans les armes traditionnelles telles que les systèmes sophistiqués de défense aérienne Patriot basés au sol ou les avions de chasse.

« Il n’est pas viable d’abattre des drones coûtant plusieurs milliers d’euros avec des missiles coûtant entre un demi-million d’euros et plusieurs millions d’euros », déclarait le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, en septembre. « Vous avez besoin de vos intercepteurs de drones », expliquait-il dans le cadre du déploiement anti-drones de l’Alliance sur son flanc oriental.

La Commission européenne avait proposé de prolonger le programme ASAP initial, avec la participation des pays, bien que le règlement ait officiellement expiré en juin dernier.

(asg)