EDF doit augmenter la production de ses réacteurs nucléaires existants, selon un fournisseur d'électricité alternatif
Lundi (2 octobre), le président-directeur général d’E-Pango, fournisseur d’électricité et de gaz, a appelé à améliorer le facteur de charge des réacteurs nucléaires, lors d’un évènement organisé par Euractiv sur le mix énergétique français.
Lundi (2 octobre), le président-directeur général d’E-Pango, fournisseur d’électricité et de gaz, a appelé à améliorer le facteur de charge des réacteurs nucléaires, lors d’un évènement organisé par Euractiv sur le mix énergétique français.
Dans ses dernières perspectives sur le mix énergétique français d’ici à 2030 et 2035, le gestionnaire de réseau français RTE vise une production nucléaire de 360 TWh par an, voire 400 TWh.
Une aubaine pour l’Hexagone et pour l’UE, après une année 2022 chaotique, placée sous le signe de la crise énergétique et de l’arrêt d’une partie des réacteurs français pour des problèmes de sûreté (corrosions sur circuits de refroidissement).
Conséquence : la production sur l’année s’est élevée à environ 280 TWh, loin de la moyenne de 415 TWh entre 2005 et 2015.
En réponse à la crise énergétique, la France a tout de même annoncé l’augmentation à venir de ses capacités nucléaires avec six, voire 14 nouveaux réacteurs d’ici à 2050.
Sauf que la France pourrait agir beaucoup plus rapidement en augmentant la production des réacteurs existants, plaide Philippe Girard, expert des marchés électriques et président-directeur général de E-Pango, fournisseur alternatif d’électricité et de gaz, lors d’un évènement Euractiv.
Pour cela, il faudrait améliorer le facteur de charge du nucléaire.
Le facteur de charge correspond au ratio entre l’énergie effectivement produite sur une période comparativement aux capacités réelles de production.
En France, le facteur de charge est passé de 78 % en 2005 (environ 415 TWh de production annuelle) à 52 % (environ 280 TWh de production annuelle) en 2022.
Une situation circonstancielle, mais aussi liée à des facteurs plus anciens, comme une modulation de la production en fonction de la demande engagée dans les années 1980. Sans compter que les problèmes de corrosion étaient connus depuis cette époque, explique M. Girard.
À cela s’ajoute une augmentation des temps d’arrêt pour maintenance et recharge du combustible.
« Les responsables auraient dû comprendre que le problème qui a vraiment éclaté en 2022 résulte d’une longue dégradation des performances du nucléaire français depuis des années », fustige en ce sens M. Girard.
Est-ce une situation proprement française ? Pour le vieillissement prématuré des réacteurs, non, mais pour la longueur des rechargements de combustibles et de maintenance, oui, souligne M. Girard. La moyenne mondiale étant de 2 à 4 semaines.
Comparativement, le facteur de charge du parc nucléaire aux États-Unis est en moyenne de 91 %.
Si la France atteignait un tel facteur de charge, sa production pourrait atteindre environ 480 TWh, soit théoriquement autant que 13 réacteurs supplémentaires avec un facteur de charge tel que celui de 2005 (78 %). À un réacteur près, cela correspond aux ambitions du gouvernement français.
Comment faire ? Baisser les temps d’arrêt, augmenter la quantité d’énergie extraite du combustible ? Oui, mais seulement si les démarches s’accompagnent d’une pacification des relations entre EDF et l’autorité de sûreté nucléaire (ASN), plaide M Girard.
Aux États-Unis, les opérateurs et la Commission de régulation de l’énergie nucléaire (NRC) ont engagé il y a plusieurs années un dialogue pour normaliser leurs relations, explique Elina Teplinsky, avocate et associée au cabinet de dimension international Pillsubry, spécialisé dans l’énergie, lors de l’évènement. Résultat : le facteur de charge a largement augmenté.
Conséquence sur les prix ?
En outre, une meilleure gestion de la production du nucléaire permettrait de baisser les prix de l’électricité.
Sur le marché européen de l’électricité, le principe du « merit-order » postule en effet que le prix de gros pour l’ensemble de l’électricité est défini par la centrale thermique appelée à fonctionner dont les coûts sont les plus élevés.
Par conséquent, moins le système comprend d’électricité bas-carbone, plus les prix sont élevés.
Ce n’est donc pas la tarification de l’électricité sur le marché européen qu’il faut incriminé, « comme certains ont pu le faire », mais bien les mécanismes de production, avance Etienne Beeker, consultant Énergie pour France Stratégie lors de l’évènement d’Euractiv.
En outre, puisqu’un facteur de charge bas dégrade la rentabilité du nucléaire, la confiance des banques en est impactée pour le financement de nouveaux réacteurs, explique M. Girard.
Avec de meilleurs facteurs de charge, la situation serait donc plus acceptable à plusieurs égards pour les populations européennes confrontées à des prix de l’électricité élevés.
En Bulgarie par exemple, pays nucléarisé, « le peuple n’est peut-être pas prêt à voter une dépense supplémentaire pour le développement du parc nucléaire si les prix de l’électricité se maintiennent », explique l’eurodéputé conservateur Radan Kanev (Parti populaire européen, PPE), lors de l’évènement.
Autrement dit, les prix de l’électricité actuels pourraient donc avoir un effet démotivant pour la construction de nouvelles sources d’énergie, qui plus est demandant des investissements tels que ceux nécessaires pour une centrale nucléaire.
Dans une tribune récemment publiée sur Euractiv, M. Girard expose sa solution : libéraliser le marché de la production d’électricité issue du nucléaire en France.