Élections européennes 2024 : une alliance PPE-ECR est un « un non-sujet » pour la droite française
Alors que le PPE s’interroge sur la possibilité d’une alliance avec les conservateurs du groupe CRE pour les élections européennes, sa composante française semble encore loin d’avoir réellement tranché la question, préférant repousser le choix à après les élections.
Alors que la droite libérale du PPE s’interroge sur la possibilité d’une alliance avec les conservateurs du groupe CRE pour les élections européennes, sa composante française semble encore loin d’avoir réellement tranché la question, préférant repousser le choix à après les élections.
Les élections européennes, qui se tiendront en mai 2024, commencent déjà à agiter les arrière-boutiques de certains partis.
À droite, d’aucuns seraient en train de réfléchir à la possibilité d’une alliance entre la droite libérale du Parti populaire européen (PPE-EPP) et la droite plus conservatrice des Conservateurs et réformistes européens (CRE-ECR).
Comme EURACTIV le rapportait au début du mois de janvier, une rencontre a eu lieu entre Manfred Weber, chef du PPE, et Giorgia Meloni, Première ministre italienne et figure de pointe des CRE. En dépit des blocages de Donald Tusk pour la droite polonaise (PPE) ou d’une partie des élus de droite allemands, l’idée fait son chemin.
Les Français, cependant, ne semblent pas spécialement préoccupés par le sujet : aucun élu français n’est rattaché au groupe CRE et aucun parti d’envergure n’en revendique l’affiliation. La menace électorale, sur le territoire français, n’existe donc pas à ce stade.
Non seulement une telle alliance est « totalement exclue pour l’instant », mais elle n’aurait même pas été discutée en interne par les Français, indique une source du PPE à EURACTIV. Selon celle-ci, « la rencontre entre M. Weber et Mme Meloni a été surinterprétée ». L’alliance éventuelle avec les conservateurs et réformistes est donc « un non-sujet » pour la droite française du Parlement européen.
Qui plus est, « une telle alliance n’apporterait aucun bénéfice », explique un cadre national du parti Les Républicains (LR) rencontré par EURACTIV, avant d’ajouter que, pour le parti, c’est « la dimension nationale [de l’élection] qui importe ».
Évidemment, les LR excluent catégoriquement toute alliance à la fois avec Renaissance (groupe Renew) d’Emmanuel Macron et avec le Rassemblement national (groupe ID) de Marine Le Pen, nous indique la même source.
La seule éventuelle alternative d’alliance demeure donc bien avec le groupe CRE, absent du paysage politique français, « sauf si Éric Zemmour [ancien candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de 2022] décide de présenter une liste ».
En tout état de cause, les appels du pied de CRE vers le PPE se font de moins en moins discrets. Dans un entretien accordé à EURACTIV Italie, l’eurodéputé de Fratelli d’Italia (groupe CRE) Vincenzo Sofo indiquait que « l’électorat conservateur augmente partout en Europe et demande aux partis concernés de construire une majorité alternative à celle qui existait jusqu’à présent à Bruxelles ».
Pour 2024, M. Sofo appelle les élus du PPE à s’interroger et « décider s’ils veulent sortir d’une certaine ambiguïté », en continuant « à suivre les socialistes et rester attaché à la laisse de la gauche comme ces dernières années ou revenir défendre les valeurs du centre droit qu’ils ont abandonnées ».
Pour la droite française, la vraie question serait surtout celle de l’opportunité de sceller une telle alliance et de pouvoir l’expliquer sur le territoire national, où certains cadres de ECR – dont Giorgia Meloni elle-même – sont qualifiés comme étant des dirigeants d’extrême droite.
« La France ne connaît qu’une logique de pleine opposition », explique l’entourage de plusieurs élus du groupe PPE, bien loin de ce qui se passe dans les couloirs du Parlement de Bruxelles ou de Strasbourg. « Au Parlement européen, dans tous les groupes, tout le monde discute » : le fait d’avoir eu des votes ou des combats communs avec le groupe CRE – ou avec tout autre groupe – ne signifie donc en aucun cas qu’il y a une possibilité d’alliance.
En revanche, notre source chez LR avance que la question pourrait se poser « une fois l’élection passée », par exemple pour constituer une majorité alternative à celle avec la gauche, bien qu’il soit « trop tôt pour en parler ».
Enfin, la branche française de la droite libérale semble parfois prendre peu au sérieux certains de ses alliés – et notamment les Italiens. Interrogée sur l’alliance déjà existante entre Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia-CRE) et Silvio Berlusconi (Forza Italia-PPE), une figure éminente de LR déclarait à EURACTIV que « peu importe ce qu’il dit, je ne m’intéresse pas à ce vieux monsieur », laissant entendre qu’il n’était pas forcément une source d’inspiration ou un exemple à suivre pour le PPE.