Élections européennes : le pari électoral de Charles Michel lance la course aux « top jobs » de l’UE
La décision du président du Conseil européen, Charles Michel, de quitter prématurément ses fonctions pour se présenter aux élections européennes de juin devrait accélérer les négociations autour des postes les plus importants — les « top jobs » — au sein des institutions de l’UE.
La décision du président du Conseil européen, Charles Michel, de quitter prématurément ses fonctions pour se présenter aux élections européennes de juin devrait accélérer les négociations autour des candidats qui pourraient occuper les postes les plus importants — les « top jobs » — au sein des institutions de l’UE.
Charles Michel a annoncé ce week-end qu’il quitterait son poste dès juillet s’il devait être élu en tant que député au Parlement européen. Il avait été révélé plus tôt qu’il serait la tête de liste de son parti national, le Mouvement Réformateur belge (MR, Renew Europe) pour les élections européennes de juin prochain.
À l’issue de ces élections, de nouvelles personnes devraient être désignées à la tête des principales institutions de l’UE. Toutefois, la décision de Charles Michel d’abandonner prématurément son poste pourrait hâter les discussions autour du futur président du Conseil européen.
Viktor Orbán comme successeur ?
Le poste de président du Conseil européen — l’institution qui réunit les chefs d’État et de gouvernement de l’UE — pourrait, temporairement du moins, être attribué au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, dont le pays assurera la présidence tournante du Conseil de l’UE au second semestre de l’année.
En effet, conformément aux procédures en vigueur dans l’Union, le dirigeant du pays assurant la présidence tournante du Conseil de l’UE devrait prendre la tête du Conseil européen jusqu’à ce que le poste soit officiellement pourvu, ce qui ne devrait être le cas qu’en novembre.
L’une des principales tâches de M. Michel à la tête du Conseil européen a été de superviser les sommets des dirigeants de l’UE, des réunions qui sont devenues essentielles pour trouver des réponses communes et cohérentes à diverses crises, notamment la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Peu de dirigeants européens seraient satisfaits de voir Viktor Orbán (président du parti nationaliste hongrois Fidesz) diriger ces réunions cruciales. En effet, l’homme fort de la Hongrie, qui cultive des liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine et qui est largement accusé d’avoir sapé la démocratie et l’État de droit dans son pays, a également été accusé au fil des années d’avoir pris en otage l’UE dans certaines décisions.
« Je ne veux pas anticiper la décision qui sera prise par le Conseil européen en juin […] mais il y a plusieurs alternatives et si le Conseil européen veut éviter Viktor Orbán, il peut le faire très facilement », a expliqué M. Michel à la presse dimanche (7 janvier).
Annonce surprise
Charles Michel a annoncé samedi (6 janvier) qu’il serait tête de liste pour le MR, dont il a été président à deux reprises, lors des élections du Parlement européen qui se tiendront entre le 6 et le 9 juin 2024.
« Je pense qu’il est extrêmement important de [soutenir] une vision démocratique » de l’UE, a-t-il indiqué aux journalistes, expliquant que sa campagne se baserait également sur la nécessité de renforcer la position de l’Union européenne sur la scène internationale et les pouvoirs de celle-ci en matière de défense.
Face à la pression exercée sur les valeurs démocratiques et à la montée des partis extrémistes dans le bloc, M. Michel a déclaré estimer qu’il était de sa responsabilité, en tant qu’homme politique libéral, « d’être actif, de s’engager et de défendre » ces valeurs.
S’il venait à être élu, il devrait quitter son poste de président du Conseil avant de prêter serment en tant que membre du Parlement européen le 16 juillet, alors que son mandat en tant devait initialement s’achever le 30 novembre.
Interrogé dimanche par les journalistes sur ses ambitions politiques, M. Michel n’a pas précisé s’il était intéressé par un autre poste de haut niveau au sein de l’Union européenne.
Cependant, certains observateurs estiment qu’il n’est pas improbable qu’il ambitionne la présidence du Parlement européen. Un pari risqué, car les libéraux pourraient ne pas être en mesure de prétendre à un rôle de premier plan au sein de l’hémicycle.
De même, Charles Michel n’a pas précisé s’il souhaitait être le candidat tête de liste des libéraux européens, le troisième plus grand groupe politique de l’Union européenne.
Par ailleurs, il a déclaré qu’il avait « informé tous les dirigeants de l’UE [de sa décision] et que la plupart d’entre eux avaient réagi positivement ». Les réactions publiques ont toutefois été rares jusqu’à présent.
Le choix d’un nouveau président précipité
Après les élections européennes, les dirigeants de l’UE doivent se réunir le 17 juin, puis les 27 et 28 juin à l’occasion d’un sommet ordinaire, et « à ce moment-là, il faudra décider quand mon successeur prendra ses fonctions », a indiqué M. Michel aux journalistes.
Cette procédure devrait normalement durer des mois, mais les dirigeants européens disposeront désormais de beaucoup moins de temps.
Évoquant un « contexte particulier », compte tenu des défis géopolitiques auxquels l’UE est confrontée, M. Michel a laissé entendre que s’il avait été « très difficile de prendre cette décision la dernière fois », aujourd’hui, « il y aura probablement une plus grande préparation préalable ».
« Dans tous les cas, en juin, la décision doit être prise sur mon successeur et la première session du Parlement européen n’aura lieu qu’à la mi-juillet, il est donc facile pour le Conseil [européen] de décider, d’anticiper l’entrée en fonction de mon successeur », a déclaré M. Michel à la presse.
« De nombreux outils existent s’il y a une volonté politique d’éviter [que le poste revienne à] Viktor Orbán […] il y a plusieurs options possibles pour éviter une telle situation », a-t-il ajouté, affirmant que les règles existantes pourraient être « modifiées par une majorité simple ».
En théorie, les dirigeants de l’UE pourraient également désigner un « président intérimaire » jusqu’à ce que le successeur officiel de Charles Michel soit choisi.
Le poste de président du Conseil européen faisait habituellement l’objet d’un marchandage pour les top jobs au sein de l’UE entre les principaux groupes politiques du Parlement européen.
Après les élections européennes de 2019, le plus grand groupe du Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE), a pu nommer la présidente de la Commission européenne, la démocrate-chrétienne allemande Ursula von der Leyen (CDU, PPE), laissant le choix du président du Conseil — traditionnellement désigné parmi les anciens dirigeants nationaux — à des États membres plus petits.
Et c’est le Belge Charles Michel, du MR, parti membre du groupe libéral Renew — troisième plus grand parti au Parlement européen — qui a finalement été choisi pour assurer cette fonction.
Cependant, selon les dernières projections d’Europe Elects, le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID) pourrait remplacer Renew en tant que troisième force du Parlement européen, ce qui lui permettrait de jouer un rôle dans les négociations pour désigner le président du Conseil, et d’évincer les libéraux du président français Emmanuel Macron des décisions clés.
Par ailleurs, l’annonce de M. Michel devrait accroître la pression sur la présidente de la Commission européenne pour qu’elle se porte officiellement candidate à un second mandat.
Une décision controversée
Selon un responsable politique européen, il n’y aurait pas « d’obstacle juridique ou autre à ce que le président [du Conseil européen] se présente aux prochaines élections du Parlement européen ».
À Bruxelles, les analystes se demandent toutefois si cette décision a été coordonnée dans du camp libéral, étant donné que Charles Michel n’a reçu aucun soutien public de son camp jusqu’à présent.
L’annonce de M. Michel a suscité de vives critiques, même au niveau de sa propre famille politique, l’eurodéputée néerlandaise Sophie in ‘t Veld (Renew Europe) l’accusant d’abandonner le navire.
« Le capitaine quitte le navire en pleine tempête. Si c’est le peu de détermination que vous montrez à l’égard du destin de l’Union européenne, quelle est votre crédibilité en tant que candidat [aux élections européennes] ? », a commenté Mme in ‘t Veld sur X.
L’annonce de M. Michel pourrait jouer en faveur de sa rivale politique, Ursula von der Leyen, si celle-ci devait faire campagne. Bien qu’elle n’ait à ce jour pas officiellement annoncé qu’elle briguerait un second mandat à la tête de la Commission, elle pourrait affirmer qu’elle restera à son poste jusqu’au bout et qu’elle n’abandonnera pas le navire, contrairement à Charles Michel.
La rivalité de longue date entre Charles Michel et Ursula von der Leyen, qui s’est illustrée à de nombreuses reprises, pourrait donc continuer durant la prochaine campagne électorale et sous la prochaine législature.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]