Élections législatives à Monaco : deux listes aux différences surtout « philosophiques »
Deuxième plus petit État du monde, derrière le Vatican, Monaco est une monarchie constitutionnelle, et les sujets monégasques vont voter dimanche, pour renouveler le Conseil national, leur parlement. Mais pas de révolution à attendre, les deux listes revendiquant à peine « des différences philosophiques ».
Deuxième plus petit État du monde, derrière le Vatican, Monaco est une monarchie constitutionnelle, et les sujets monégasques vont voter dimanche, pour renouveler le Conseil national, leur parlement. Mais pas de révolution à attendre, les deux listes revendiquant à peine « des différences philosophiques ».
Sur les quelque 38 000 habitants de cette minuscule Principauté de 2,02 km carrés, enclavée entre Nice et l’Italie, mais qui n’est pas membre de l’Union européenne, seuls 7 596 ont le droit de vote : double condition en effet, avoir au moins 25 ans, et la nationalité monégasque.
En jeu dimanche : le renouvellement du Conseil national, le parlement monocaméral de la Principauté, composé de 24 membres élus pour 5 ans. Si ces conseillers votent les lois et le budget, ils ne peuvent mettre en cause la responsabilité politique du gouvernement et, le cas échéant, le renverser, celui-ci étant uniquement responsable devant Albert II, le Prince souverain.
Nommé par le Prince, ce gouvernement est composé de 5 membres, sous l’autorité du ministre d’État. Ce « Premier ministre » officieux est actuellement le Français Pierre Dartout, ex-préfet de la région Paca, même si, depuis 2005, la Principauté n’a plus obligation de nommer à ce poste un fonctionnaire français.
Le Conseil national est lui élu selon un scrutin mixte à un tour qui offre 16 sièges à la liste majoritaire, les 8 sièges restants étant attribués au scrutin proportionnel. Mais le choix n’est pas vaste, avec seulement deux listes en compétition, contre trois en 2018.
Dans le rôle de favorite, l’Union nationale monégasque (UNM) et ses 13 députés sortants, menée par Brigitte Boccone-Pagès, une ancienne enseignante de 63 ans, première femme élue à la présidence du Conseil national depuis sa création en 1911.
En face, Nouvelles idées pour Monaco (NIM), conduite par le doyen actuel du Conseil, Daniel Boéri, 78 ans, ex-membre de la majorité.
Avec 14 candidats seulement, M. Boéri reconnaît avoir eu « du mal » à constituer sa liste, en raison « de pressions fantastiques ». Mais il espère se distinguer par « la vision » proposée, même si, entre ces deux listes, « on ne peut pas dire qu’il y ait des distinctions idéologiques, mais plutôt philosophiques ».
Avortement et environnement
Nouvelles idées pour Monaco entend « lancer des débats, notamment sur le droit des femmes et sur comment aller plus loin sur l’IVG dans le cadre de la Constitution ». Si l’interruption volontaire de grossesse a été dépénalisée à Monaco en 2019 et si les femmes subissant un avortement ne risquent plus la prison, pratiquer un avortement reste interdit sur le Rocher.
M. Boéri demande aussi au gouvernement monégasque que soit systématiquement évalué « l’impact écologique des décisions prises ».
Optimiste sur les chances de victoire de sa liste de l’Union nationale, « l’autre étant incomplète », Thierry Brezzo minimise lui aussi la fracture entre les deux camps : à Monaco « il y a plus des débats d’idées que de vraies divergences d’opinions ».
Pour l’avocat de 43 ans, les enjeux majeurs de cette prochaine mandature sont « la signature d’un éventuel accord d’association avec l’Union européenne » et « la préservation du modèle et des spécificités monégasques ».
« Si la priorité à l’embauche, au logement, les conditions d’accès aux marchés publics ou encore à certaines professions réglementées ne sont pas préservées, c’est tout le pacte social monégasque qui serait remis en cause », craint-il.
Mais la tension entre les deux listes est bien réelle.
M. Boéri a ainsi dénoncé des manœuvres « choquantes » avec l’attribution, le 25 janvier, « à 11 jours du scrutin », de 300 logements à des Monégasques, par une commission dans laquelle siègent quatre membres sortants du Conseil national.
De même, pour la première fois, après un débat à la radio en 2018, un débat télévisé devait avoir lieu, sur la chaîne publique monégasque. Mais celui-ci a été annulé, les deux listes n’ayant pu s’entendre sur qui devait y prendre part.