Élevage pour la fourrure : l’EFSA ouvre la voie à une interdiction à l’échelle de l’UE

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) estime qu’il est pratiquement impossible d’améliorer les conditions de bien-être dans les élevages de visons, renards, chiens viverrins et chinchillas, ce qui pourrait inciter la Commission à proposer des restrictions, voire une interdiction, de l’élevage pour la fourrure dans l’UE.

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Dans un rapport publié mercredi 30 juillet, l’EFSA affirme que le système actuel d’élevage en cages rend très difficile la satisfaction des besoins physiques et comportementaux des animaux. « Ni la prévention ni l’atténuation substantielle des [conditions de bien-être] identifiées ne sont possibles dans le système actuel », peut-on lire dans le rapport.

L’EFSA a rassemblé des études sur cinq espèces (vison, renard roux et polaire, chien viverrin, chinchilla), effectué des visites de terrain, auditions et appels à contributions pour identifier les points qui nuisent au bien-être de ces animaux ainsi que les moyens pour y remédier.

L’autorité souligne également le manque d’information sur les alternatives aux cages puisque ce système est généralisé dans la production d’animaux à fourrure.

En 2022, 1,5 million de citoyens ont appelé Bruxelles à interdire l’élevage pour la fourrure dans le cadre de l’initiative « Fur Free Europe ». La Commission européenne a alors chargé l’EFSA d’évaluer les conditions de bien-être dans les élevages pour la fourrure, ce qui a donné lieu au rapport publié cette semaine.

Si cette pratique est en net recul dans l’Union européenne — plus de la moitié des États membres l’ont déjà interdite —, elle reste bien implantée dans certains pays comme la Finlande et la Pologne.

La Commission donnera suite au rapport de l’EFSA d’ici mars 2026, mais elle a déjà franchi une étape importante vers l’interdiction de l’élevage pour la fourrure.

La semaine dernière, elle a inscrit le vison américain, introduit en Europe pour la production de fourrure, sur la liste des espèces envahissantes, ce qui signifie que les gouvernements nationaux devront interdire son élevage et sa vente.

Mark Oaten, PDG de la Fédération internationale de la fourrure, a confié à Euractiv que l’organisation n’était pas d’accord avec certaines des questions soulevées par l’EFSA dans son rapport, ajoutant que « des recherches supplémentaires sont nécessaires sur certaines mesures de bien-être ».

« Le bien-être animal est une priorité pour l’ensemble de la communauté de la fourrure, et je suis convaincu que nous disposons déjà des normes les plus strictes », a-t-il déclaré.

Les défenseurs du bien-être animal appellent à une interdiction totale

Les défenseurs du bien-être animal n’ont quant à eux pas été surpris par les conclusions de l’EFSA.

Reineke Hameleers, PDG d’Eurogroup for Animals, a déclaré que le fait de confiner « des animaux sauvages par nature dans des cages pour un produit de luxe » constitue en soi une violation du bien-être animal. « À la lumière de cette nouvelle évaluation de l’EFSA […], nous demandons instamment à la Commission européenne d’interdire l’élevage pour la fourrure dans toute l’UE, conformément aux demandes des citoyens européens. »

Les ONG estiment qu’une interdiction générale est nécessaire pour empêcher les États membres d’exploiter les lacunes de la règlementation européenne sur les espèces envahissantes.

« Lorsque le chien viverrin a été ajouté à la liste [des espèces envahissantes] en 2019, la Finlande et la Pologne ont exploité la dérogation et ont obtenu une autorisation pour 30 ans », a déclaré l’ONG Humane World for Animals.

Au-delà des préoccupations liées au bien-être animal, les militants ont également appelé à la fermeture de l’industrie de la fourrure dans l’UE pour des raisons de santé publique.

En 2020, le Danemark, qui était autrefois le plus grand producteur mondial de fourrure de vison, a fait la une des journaux lorsqu’il a abattu toute sa population de visons, soit jusqu’à 17 millions d’animaux, par crainte de la propagation de mutations de la Covid détectées dans les élevages d’animaux à fourrure.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]