Émeutes : l'extrême droite espagnole dénonce la responsabilité des « anti-européens »
Le président du parti espagnol d’extrême droite Vox, Santiago Abascal, a indirectement accusé les musulmans radicaux vivant dans l’Union européenne d’être à l’origine des émeutes et des pillages qui ont eu lieu récemment en France.
Le président du parti espagnol d’extrême droite Vox, Santiago Abascal, a indirectement accusé les musulmans radicaux vivant dans l’Union européenne d’être à l’origine des émeutes et des pillages qui ont eu lieu récemment en France.
Les autorités françaises sont toujours en état d’alerte à Paris, bien que la sixième nuit ait été comparativement beaucoup plus calme. Le gouvernement a exhorté les réseaux sociaux à prendre des mesures contre les discours de haine dans la mesure où les jeunes utilisent des plateformes en ligne pour coordonner leurs attaques.
EURACTIV s’est rendu sur le terrain à Nanterre, où le jeune Nahel de 17 ans a été tué par un policier français mardi (27 juin).
« Il existe une Europe menacée par des foules d’anti-Européens qui cassent des commissariats, brûlent des bibliothèques et poignardent pour voler un téléphone portable, qui ne veulent pas s’adapter à notre mode de vie et à nos lois et qui pensent que c’est à nous de nous adapter », a déclaré M. Abascal samedi (1er juillet), en pointant du doigt de manière peu subtile la population maghrébine et musulmane.
Le président français Emmanuel Macron a dénoncé vendredi (30 juin) ce qu’il a qualifié d’« inacceptable », à savoir les tentatives d’utiliser la mort récente d’un adolescent aux mains de la police pour déclencher des émeutes dans tout le pays.
Depuis le 27 juin, date du meurtre d’un jeune homme lors d’un contrôle de police, les émeutes se sont multipliées dans toute la France et ont gagné en intensité.
La pauvreté n’est pas une excuse
M. Abascal a rejeté l’idée voulant que la pauvreté et la marginalisation, comme le suggèrent certains analystes, constituent la cause profonde des émeutes en France.
La pauvreté et la marginalisation « n’ont jamais conduit les Européens à poignarder des bébés dans le sud de la France, à égorger des enseignants dans la banlieue de Paris, à faire irruption dans des concerts avec des armes à feu comme au Bataclan [novembre 2015], à pénétrer dans une paroisse avec des machettes comme à Algésiras [janvier 2013] ou à écraser des piétons avec des camionnettes comme […] à Barcelone [août 2017] », a déclaré M. Abascal, un ami proche du Hongrois Viktor Orbán, de l’Italienne Giorgia Meloni et de la Française Marine Le Pen.
« L’Europe ne peut pas continuer à importer plus d’immigration des pays musulmans », a-t-il déclaré lors d’un discours à Barcelone, a rapporté Vox sur Twitter.
VOX constitue actuellement la troisième force politique d’Espagne et gouverne avec le Partido Popular (PP) de centre droit en Castille-et-León, la plus grande région d’Europe. À la suite des élections régionales et municipales de mai en Espagne, Vox a également conclu plusieurs accords avec le PP pour gouverner de concert dans de nombreux conseils municipaux et régions d’Espagne.
Les derniers sondages annoncent une victoire du PP aux élections générales espagnoles du 23 juillet. Toutefois, si le parti de droite n’obtient pas une majorité nette, il devra compter sur le soutien de Vox pour former un exécutif stable à Madrid.
Cependant, M. Abascal a clairement indiqué à plusieurs reprises que son parti aspirait à détenir des portefeuilles clés au sein d’un futur gouvernement entre le PP et Vox et qu’il ne se contenterait pas de servir de soutien parlementaire à la formation politique de centre droit.
Macron rencontre les maires
Pendant ce temps, en France, la sixième nuit d’émeutes depuis l’assassinat du jeune homme de 17 ans a été beaucoup plus calme. Aucun incident majeur n’avait été signalé à 1 h 30 du matin, heure à laquelle la police avait procédé à 78 arrestations dans tout le pays.
Le président Emmanuel Macron a tenu une réunion extraordinaire avec la Première ministre et les ministres de la Justice et de l’Intérieur dimanche (2 juillet).
Selon les médias français, M. Macron a demandé à ses ministres de « continuer à tout mettre en œuvre pour rétablir l’ordre et assurer un retour au calme ».
Mardi (4 juillet), M. Macron devrait recevoir à l’Élysée plus de 220 maires de communes touchées par les émeutes. Lundi (3 juillet), il rencontrera le président du Sénat, Gérard Larcher, et Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale.
L’opinion publique française a été choquée par l’attaque à la voiture bélier perpétrée dans la nuit de samedi à dimanche contre la résidence du maire de L’Haÿ-les-Roses, au sud de Paris.

Un vélo appartenant à la famille du maire a été complètement détruit.
Les autorités ont déclaré que les auteurs de cette attaque avaient tenté d’incendier la maison de l’édile local avec une voiture en feu, une manœuvre au cours de laquelle l’épouse du maire a été grièvement blessée.

Une voiture en feu a failli provoquer une tragédie humaine dans la banlieue de L’Haÿ-les-Roses.
La Première ministre française, Elisabeth Borne, a déclaré que le gouvernement « ne laisserait passer aucune violence » et que « la plus grande fermeté » serait appliquée dans les sanctions.

« Nous ne laisserons rien passer […] Nous serons aux côtés des maires », a déclaré Mme Borne.
Une bombe à retardement à Nanterre
EURACTIV s’est rendu à Nanterre, la banlieue parisienne où Nahel a été tué.

« Il y a beaucoup de violence policière et elles ont des conséquences négatives sur notre vie quotidienne », a confié à EURACTIV un jeune.
La situation chaotique de la ville évoquait une « zone de guerre » : des voitures brûlées, des distributeurs de billets et des banques détruits ainsi que des restaurants endommagés.

Des centaines de voitures brûlées dans la banlieue de Nanterre.
La population locale hésitait à parler aux journalistes, tandis que sur tous les murs de la ville, on peut voir des graffitis appelant à la « vengeance » et à la « justice ».

« Justice pour Nahel »
« Il y a beaucoup de violence policière et elles ont des conséquences négatives sur notre vie quotidienne », a confié à EURACTIV un jeune qui a voulu rester anonyme, ajoutant que les émeutes ressemblaient au chaos de 2005.

Une résidence détruite.
Un autre jeune a expliqué que certains policiers traitaient les Français de troisième ou quatrième génération comme des personnes de « troisième catégorie ».
Dans toute la ville en journée, des réparations sont effectuées, dans l’attente d’un nouveau chaos après minuit.

L’espace extérieur d’un restaurant a été complètement détruit.
Les réseaux sociaux invités à modérer les contenus haineux
Plusieurs jeunes des banlieues ont confié à EURACTIV que tout était coordonné via les plateformes de médias sociaux et qu’ils organisaient des réunions après minuit pour lancer des attaques.
« Le lieu est décidé sur place assez rapidement », a déclaré un autre jeune.
Pour cette raison, les autorités françaises ont demandé aux plateformes de médias sociaux de se préparer à modérer et à supprimer la « haine en ligne ».
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et le ministre de la Transition numérique et des Télécommunications, Jean-Noël Barrot, ont rencontré les représentants des plateformes de médias sociaux vendredi (30 juin), notamment ceux de Meta, Snapchat, Twitter et TikTok, pour leur rappeler leur « responsabilité » dans la suppression des contenus violents dès que cela est humainement possible.
« Nombre de ces contenus ne sont pas supprimés ou le sont tardivement », ont déclaré les deux ministres, précisant qu’il est de la responsabilité des plateformes de signaler les contenus haineux et de travailler main dans la main avec les forces de l’ordre.
Les ministres ont déclaré que les messages et les vidéos diffusés sur les réseaux sociaux « contribuent à attiser la haine et à entretenir un climat de troubles à l’ordre public » dans le pays.
Les réseaux sociaux, en particulier Snapchat et TikTok, « jouent un rôle considérable » : ce sont des lieux de convergence pour « l’organisation de rassemblements violents », a averti M. Macron vendredi.
« Des appels à la mobilisation sont effectués en stories, par exemple, par des individus qui touchent leurs communautés, mais le message peut ensuite être très vite relayé à d’autres », a déclaré Yasmine Buono, spécialiste de l’éducation numérique, à la chaîne de télévision publique France 3 au cours du week-end.
Les tendances les plus fortes de la semaine dernière sur Twitter France sont #guerrecivile, #etatdurgence et #émeutes.
Contrairement aux précédentes grandes émeutes, dont les dernières remontent à 2005, avant l’avènement des réseaux sociaux, celles de 2023 reposent sur l’utilisation intensive des messages écrits et du partage de vidéos. Cette évolution modifie à la fois la nature des affrontements et l’âge des émeutiers, qui sont aujourd’hui plus jeunes que jamais.
« Les réseaux sociaux sont un miroir déformant de la réalité », a déclaré Leïla Mörch, experte en gouvernance numérique, à la radio France Inter, reconnaissant toutefois que c’est « un phénomène qui est finalement une crise sociale et démocratique ».
Meta a confirmé samedi être en contact permanent avec les autorités françaises et avoir mis en place une équipe de veille.
Les plateformes devraient renforcer leurs capacités de modération et de suppression dans le cadre d’un nouveau règlement sur les services numériques (DSA) à l’échelle de l’UE, qui entrera pleinement en vigueur en France le 25 août.