Émissions : retarder l’application du SEQE 2 n’est pas une solution, selon l’eurodéputé Peter Liese

Retarder l’application du système d’échange de quotas d’émission de l’UE pour les carburants routiers et de chauffage (SEQE 2) — prévue pour 2027 — risque d’exacerber les impacts négatifs sur la société, a déclaré à Euractiv l’eurodéputé Peter Liese.

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Pour Peter Liese, un report entraînerait deux scénarios : un où « la hausse des prix dans les années suivantes est encore plus importante parce que l’objectif doit en fait être atteint d’ici 2030, ou un où l’objectif de 2030 serait abandonné ». [EP/Alain Rolland]

Retarder de plusieurs années l’application du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne (UE) pour les carburants routiers et de chauffage (SEQE 2) risque d’exacerber les impacts négatifs sur la société, a déclaré à Euractiv l’eurodéputé Peter Liese (Parti populaire européen,  PPE).

Les systèmes d’échange de quotas d’émissions (SEQE), également connus sous le nom de « marchés du carbone », sont des outils règlementaires adoptés par l’UE pour atteindre ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES). Depuis 2005, l’Union européenne a mis en place un marché du carbone, le SEQE 1, qui couvre les émissions de la grande industrie, les secteurs énergétiques, l’aviation et le maritime.

Adopté en 2023, le SEQE 2 est un nouveau marché carbone qui devrait entrer en vigueur en 2027 et qui couvrira les émissions de CO2 des énergies fossiles utilisées dans le transport routier, le bâtiment, la construction et la petite industrie.

Cependant, les Tchèques craignent, entre autres, que le SEQE 2 ne fasse grimper les prix à la pompe de plusieurs dizaines de centimes du jour au lendemain, ce qui affecterait l’ensemble de l’économie européenne.

La République tchèque cherche donc des alliés pour retarder son application et diminuer le prix du CO2 dans le cadre de ce système.

Plus tôt cette semaine, le ministre de l’Environement du pays, Petr Hladik (PPE), a envoyé un document dans lequel il appelle ses homologues à soutenir cette initiative.

Citant de potentielles répercussions négatives sur la société, Prague veut retarder l’introduction des combustibles de chauffage dans le système d’un an et maintenir les carburants de transport à l’écart plus longtemps.

Cependant, l’eurodéputé de centre-droit Peter Liese, qui a pris part aux négociations sur le SEQE, considère l’ambition du gouvernement tchèque « avec beaucoup d’inquiétude ».

Premièrement, il dit ne pas comprendre « l’affirmation selon laquelle les problèmes sociaux liés au diesel et à l’essence sont plus importants que ceux liés au chauffage des bâtiments ».

Ensuite, pour lui, un report pourrait entraîner deux scénarios : un où la hausse des prix dans les années suivantes serait « encore plus importante » parce que l’objectif de réduction des émissions doit en réalité être atteint d’ici 2030, soit un où « l’objectif de 2030 serait abandonné ».

« Au lieu de parler d’un report, les États membres de l’UE devraient enfin se mettre au travail et offrir à leurs citoyens un soutien ciblé », estime l’eurodéputé allemand.

Pour contrebalancer l’impact social du SEQE 2 sur les citoyens européens les plus pauvres, le système sera complété par un « Fonds social pour le climat » qui sera lancé en 2026. Le fonds sera doté d’un budget de 85 milliards d’euros jusqu’en 2032.

Ce fonds, combiné aux efforts nationaux, devrait aider les personnes dont « les revenus sont inférieurs à la moyenne […] en leur permettant d’acheter des voitures respectueuses de l’environnement ou d’assurer la protection du climat dans le secteur du bâtiment », a-t-il ajouté.

Peter Liese n’est pas le seul à vouloir maintenir le calendrier actuel du SEQE 2.

Mardi 17 décembre, le commissaire chargé du Climat, Wopke Hoekstra, a déclaré aux journalistes que « maintenir le cap [sur] un compromis dans lequel l’ensemble de l’Union a investi beaucoup de temps a une grande valeur ».

Le commissaire et Peter Liese ont tous deux souligné le travail précédemment effectué par la République tchèque pour faire avancer la législation.

« Je suis particulièrement surpris que le gouvernement tchèque, qui, lors de sa présidence du Conseil a mené les négociations sur l’introduction du SEQE 2, propose des changements avant même qu’il n’entre en vigueur », a commenté Peter Liese.

S’adressant aux journalistes mardi, Woepke Hoekstra a pour sa part déclaré qu’il avait remercié le ministre tchèque qui avait fait pression pour retarder l’adoption de la directive et « pour l’excellent travail réalisé par la présidence tchèque afin que [le SEQE 2] soit mis sur la table et introduit dans la législation » de l’UE.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]