Emmanuel Macron à la recherche d'une improbable « trêve olympique »

Le président français a annoncé mardi (23 juillet) que le gouvernement démissionnaire resterait en place au moins « jusqu’à la mi-août », et qu'aucun nouveau Premier ministre ne serait nommé avant la fin des Jeux olympiques. Les oppositions de gauche dénoncent un « déni de démocratie ».

Euractiv France
Emmanuel Macron en visite au Stade Tour Eiffel, le 24 juillet 2024
Emmanuel Macron entend maîtriser la calendrier. Dans une allocution télévisée diffusée mardi soir, le président français a réaffirmé sa volonté d'attendre la fin des Jeux olympiques, qui se tiendront à Paris du 26 juillet au 11 août, pour désigner un nouveau Premier ministre. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Le président français a annoncé mardi (23 juillet) que le gouvernement démissionnaire resterait en place au moins « jusqu’à la mi-août », et qu’aucun nouveau Premier ministre ne serait nommé avant la fin des Jeux olympiques. Les oppositions de gauche dénoncent un « déni de démocratie ».

Emmanuel Macron entend maîtriser la calendrier. Dans une allocution télévisée diffusée mardi soir, le président français a réaffirmé sa volonté d’attendre la fin des Jeux olympiques, qui se tiendront à Paris du 26 juillet au 11 août, pour désigner un nouveau Premier ministre.

« J’ai fait le choix de la stabilité », estime-t-il. « Il est clair que, jusqu’à la mi-août, nous ne sommes pas en situation de pouvoir changer les choses parce qu’on créerait un désordre ».

Lors de l’interview, sa première depuis le second tour des élections législatives du 7 juillet, le chef de l’État a reconnu la défaite de la majorité présidentielle sortante, tout en soulignant qu’aucun parti ni aucune coalition ne possédait à l’heure actuelle de majorité suffisante pour former un gouvernement.

Les réactions ne se sont bien sûr pas fait attendre de la part des dirigeants des gauches, réunis au sein du Nouveau Front populaire (NFP), arrivé en tête lors du dernier scrutin, et qui ont tous condamné « la dérive autoritaire » du président, sa « politique du pire » et qui ont appelé le chef de l’État à « respecter le vote des Français ».

Les gauches s’accordent

Après presque trois semaines de négociations infructueuses, la France Insoumise (LFI), le Parti communiste (PC), les Verts et le Parti socialiste (PS) s’étaient mis d’accord une heure avant l’allocution présidentielle pour proposer Lucie Castets au poste de Première ministre.

Inconnue du grand public et âgée de 37 ans, cette dernière est une haute fonctionnaire spécialiste de « la répression de la fraude fiscale et de la criminalité financière », précise un communiqué du NFP, et recouvre par ailleurs le poste de directrice des finances et des achats au sein de l’administration de la Ville de Paris, dirigée par la maire socialiste Anne Hidalgo.

Interrogée sur France Inter le 24 juillet, Lucie Castets a expliqué vouloir « aller chercher des coalitions », mais sans pour autant s’allier avec le camps présidentiel, qu’elle accuse de réduire les moyens des services publics et d’alléger les impôts des plus riches. « On construira des accords [à l’Assemblée nationale] sujet après sujet », a-t-elle encore souligné.

Reste qu’Emmanuel Macron ne semble pour l’heure pas décidé à abandonner son rêve d’une grande coalition des partis ayant participé au « front républicain » contre l’extrême droite et le Rassemblement national (RN) au second tour des législatives, de la gauche à la droite modérée et dont la coalition présidentielle constituerait bien entendu le pivot.

Un premier pas semble déjà avoir été franchi dans cette direction, avec la présentation il y a quelques jours par Laurent Wauquiez, le président du groupe de la Droite républicaine à l’Assemblée nationale (DR, ex-Les Républicains) d’un « pacte législatif d’urgence » détaillant les lois que le parti pourrait soutenir, mais sans pour autant participer à un gouvernement mené par la coalition présidentielle.

La Droite républicaine compte 47 députés sur les 577 de l’Assemblée nationale, les troupes d’Emmanuel Macron en recensent 168, et une alliance des deux serait donc encore incapable d’atteindre la majorité absolue des 289 sièges.

Pour gouverner et sortir de l’impasse politique dans laquelle est plongée la France, Emmanuel Macron va donc devoir poursuivre son offensive pour démanteler le NFP, et pousser certains de ses membres à rompre l’alliance des gauches créée après la dissolution du 9 juin 2024.

Cependant, il y a peu de chances que ces appels séduisent à gauche, à trois ans de l’élection présidentielle de 2027 et alors la pression va s’accentuer pour que le chef de l’État finisse par nommer un Premier ministre. C’est donc en pleine crise politique que s’ouvriront vendredi 26 juillet les Jeux olympiques de Paris.

[Édité par Anna Martino]