Emmanuel Macron réunit Européens et Africains dans l'optique d'un redéploiement au Sahel

Le président français a accueilli ses homologues européens et africains pour revisiter les actions menées pour combattre le terrorisme au Sahel, confirmant que le redéploiement des troupes françaises dans la région ne saurait tarder.

Euractiv France
French President Macron attends a conference on European investment in Africa at Station F startup campus in Paris
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors de la conférence "Investir ensemble, pour une nouvelle alliance entre l'Afrique et l'Europe" organisée par l'Agence française de développement (AFD). [ SARAH MEYSSONNIER/EPA]

Le président français a accueilli ses homologues européens et africains pour revisiter les actions menées pour combattre le terrorisme au Sahel, confirmant que le redéploiement des troupes françaises dans la région ne saurait tarder.

L’annonce du retrait des forces armées françaises et européennes du Mali, sous leur configuration actuelle, se fait encore attendre, mais semble inévitable.

Emmanuel Macron a réuni mercredi soir (16 février) les partenaires européens et africains engagés dans la lutte contre le terrorisme au Sahel dans le cadre d’un dîner de travail. Le Tchad, la Mauritanie et le Niger étaient présents tandis que les responsables du Mali et du Burkina Faso, qui ont connu récemment un coup d’État, n’ont pas été conviés.

Le président du Conseil européen Charles Michel et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont également fait le déplacement.

La veille, l’Élysée a indiqué qu’il s’agirait de « s’interroger sur la possibilité de continuer à agir efficacement et collectivement au Mali » et de « revoir le modèle de partenariat militaire pour mieux pour refléter les opinions publiques africaines ».

Le statu quo n’est « pas possible dans un contexte très dégradé au Mali, avec la prise de pouvoir par une junte, le refus d’appliquer un calendrier de retour à l’ordre démocratique, qui avait pourtant été annoncé, et le recours à une milice privée russe », a également fait savoir le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

Sans le nommer, il a fait référence au groupe Wagner, une entité paramilitaire russe prétendument privée qui a promu les intérêts russes en Afrique ces dernières années et dont l’un des objectifs non déclarés serait de chasser la France du Mali.

Près de 25 000 hommes sont actuellement déployés dans la région du Sahel, dont près de 4 300 Français, incluant 2 400 au Mali dans le cadre de l’opération antiterroriste « Barkhane », selon les chiffres de l’Élysée.

La Task Force Takuba, qui réunit les forces spéciales de plusieurs pays de l’Union européenne, serait également en passe de prendre fin.

Dans la foulée du dîner informel, une conférence de presse sera tenue jeudi matin pour rendre compte de ces échanges et éventuellement annoncer un redéploiement de ces troupes.

Car tout porte à croire que les jours de ces opérations, en l’état, sont comptés.

Si la présidence française a précisé en amont de cette réunion qu’il s’agirait d’une « conversation ouverte » et que toute décision serait prise dans « un cadre collectif », elle a également indiqué que les « partenaires sont plutôt sur la pente de considérer que les conditions d’un succès de nos missions au Mali ne sont plus remplies ».

La France, semble-t-il, ne compte pas pour autant abandonner la lutte contre le terrorisme au Sahel mais plutôt revisiter les formats de son intervention.

Une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe

Ce dîner intervient à la veille du sommet entre les dirigeants européens et africains, organisé sous l’autorité de la France en sa qualité de présidente du Conseil de l’UE et censé poser les bases de la nouvelle alliance entre les deux continents.

« Le lien entre [l’Afrique et l’Europe] est le grand projet politique et géopolitique des décennies à venir », avait déclaré le président français au moment de dévoiler les priorités de son mandant à la tête de l’UE, affichant sa volonté de lancer un nouveau New Deal économique et financier avec l’Afrique.

Les enjeux de sécurité ne devaient donc, en théorie, occuper qu’une petite partie des discussions à Bruxelles de jeudi et vendredi.

Un peu plus tôt dans la journée de mercredi, Emmanuel Macron est intervenu à la conférence pilotée par l’Agence française de développement (AFD) consacrée aux investissements durables à destination de l’Afrique.

Le chef de l’État y a réaffirmé sa volonté d’une « nouvelle alliance » entre l’UE et l’Afrique sur la base d’« un partenariat d’égal à égal ».

Il a indiqué que, dans les prochaines semaines, l’AFD changerait de nom pour refléter ce nouveau départ car l’expression « aide au développement, ça ne passe plus ». Une des tables rondes de l’événement était justement consacrée à la sémantique autour du développement.

« Le mot de développement n’est pas un problème. En revanche, ça l’est en termes de perception », a expliqué Bertrand Walckenaer, directeur général adjoint de l’AFD, à EURACTIV.

Le mot développement « est associé à un modèle dans lequel, historiquement, il s’agit d’aides avec une posture que certains qualifieront de paternalistes et qui ne correspond plus à ce que souhaite aujourd’hui les représentants du continent africain », a-t-il ajouté.

« L’idée est bien de changer le logiciel profond de notre relation » et de « sortir de la logique structurée par des représentations passées, pour le meilleur ou pour le pire », a résumé le chef de l’État.

Emmanuel Macron a également présenté les deux grands défis, selon lui, sur lesquels cette nouvelle alliance devra travailler : les infrastructures durables et l’entrepreneuriat, parmi la jeunesse africaine notamment.